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Arras Film Festival 2018, dernier jour : l’Atlas d’or couronne « Jumpman », film russe percutant

Arras Film Festival 2018, dernier jour : l’Atlas d’or couronne « Jumpman », film russe percutant

12 novembre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Jumpman du réalisateur russe de Zoologie et Classe à part remporte cette année le Grand Prix de la compétition européenne de l’Arras Film Festival. One Step Behind The Seraphim, Take It or Leave It, ou le très beau The Eternal Road permettent aussi à la Roumanie, à l’Estonie et à la Finlande de repartir récompensées. En ce dernier jour de compétition, le public avait aussi rendez-vous avec Colette et Edmond Rostand.

A l’heure où le 19e Arras Film Festival se clôture, le public se presse pour découvrir Edmond, d’Alexis Michalik (excellent film qu’on a pu voir au Cinemed 2018, notre critique ici). Cette année, plus de 46 000 spectateurs ont répondu présent pour les projections. Avant la séance finale, les prix de la compétition européenne sont remis, et le jury de l’Atlas d’or, présidé par le réalisateur Emmanuel Finkiel (avec autour de lui Marilyne Canto, Grégoire Leprince-Ringuet, Jacques Fieschi et Lucia Sanchez) révèle son vainqueur : Jumpman, nouvelle réalisation du russe Ivan I. Tverdovsky (Zoologie, Classe à part).

Une récompense méritée : la finesse d’écriture du film sait lui donner pas mal d’ampleur, et la maîtrise technique suit. Jumpman marche sur les pas de Den, jeune homme abandonné bébé, qui s’enfuit de son orphelinat lorsque sa génitrice recommence à manifester de l’attention pour lui. Dehors, il découvre avec bonheur le nouvel appartement de sa mère, ses nouveaux amis, et un petit boulot – très violent – qu’elle lui confie. Le début d’une plongée dans un monde corrompu, qui ne le répugne pas au premier abord…

Porteur d’un ton triste et gris, quoiqu’un peu tiré vers l’humour, de scènes assez troublantes (Oksana, la mère de Den, étant très jeune), d’un scénario bien écrit sans trop d’effets appuyés, et surtout de beaucoup d’humanité, Jumpman est une réussite, qui se distingue aussi par ses acteurs, avec au premier plan le duo fils/mère formé par le jovial Denis Vlassenko et la charismatique Anna Sliou. Un film assez riche et émouvant, soutenu par une réalisation solide qui se permet quelques effets stylistiques, et lance au final un cri d’alerte qui résonne fort. L’Atlas d’or s’accompagne d’une dotation de 12 000 euros, offerts par la Communauté urbaine d’Arras à la société prenant en charge la distribution du film gagnant dans les salles françaises (Arizona Distribution, a priori).

Les autres prétendants sérieux pour ce Grand Prix auraient été le Polonais Panic Attack (énigmatique et intense) ou le très beau film finlandais The Eternal Road (notre article ici), qui remporte le Prix du Public (5 000 euros offerts par le Département du Pas-de-Calais à la société distributrice du film dans les salles françaises). Retrouvez l’interview vidéo réalisée au Festival d’Arras en partenariat avec Toute La Culture.

Le Prix de la mise en scène (ou Atlas d’argent) vient saluer, lui, l’ambitieux film roumain One Step Behind The Seraphim, de Daniel Sandu. Une production qui, au final, laisse plus sceptique : son sujet passionne – le film suit des jeunes hommes dans un séminaire pour devenir prêtre, au coeur des années 1990 – mais sa durée reste excessive, sa réalisation, un peu plate, et son scénario apparaît bizarrement écrit. Entre une longue partie en forme de chronique sans trop d’enjeu, qui déroule des scènes dignes de pas mal d’autres « films de lycée » déjà existants (bêtises lors de sorties nocturnes non-autorisées, rigueur excessive des enseignants…), et un mouvement final plus en nuances, mais pas très bien réalisé, le temps peut sembler long, et le potentiel gâché. Néanmoins, outre la dotation accompagnant l’Atlas d’argent (5 000 euros offerts par la région Hauts-de-France au réalisateur), One step behind the Seraphim repart en prime avec le Prix Regards jeunes / Région Hauts-de-France, remis par un jury de lycéens (2 000 euros offerts par BNP Paribas au réalisateur, également).

L’autre film très récompensé de la Compétition Européenne est Take it or leave it, de l’estonienne Liina Trishkina Vanhatalo. Ce récit attaché à un trentenaire se découvrant père par hasard, avec juste une petite période pour décider d’assumer ou non sa paternité, se distingue en recevant une Mention spéciale du jury pour l’Atlas d’argent, et le Prix de la Critique, remis par cinq journalistes, en partenariat avec le Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

Et les ArrasDays, rendez-vous pour les professionnels européens du cinéma lors desquels des scénarios de films en projet sont dévoilés, ont également attribué leurs dotations : la Bourse d’aide de 8 000 euros (offerte par le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée) va au prochain projet de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, réalisateurs du magnifique Sibel (film primé aussi au Cinemed 2018, notre critique ici), distingués parmi la dizaine de candidats présents. Quant aux 5 000 euros offerts par la Ville d’Arras, ils récompensent le projet Panopticon, du géorgien George Sikharulidze. Des réalisateurs présents cette année à l’Arras Film Festival, qu’on espère bien retrouver lors des éditions à venir, une fois leurs films menés à terme.

On retiendra en tout cas de cette édition 2018 un thème mis au centre de plusieurs films de la Compétition, et films présentés en avant-première : celui du rapport parents/enfants, en bas âge y compris. Ce dernier jour nous aura ainsi permis de découvrir, en Compétition Européenne, Duelles, thriller psychologique imparfait mais intéressant signé par le belge Olivier Masset-Depasse (réalisateur d’Illégal), qui oppose deux mères voisines (Veerle Baetens et Anne Coesens) après un drame, et déroule des rapports de suspicion plutôt bien pensés (jusqu’à un acte final en trop), entre elles.

Un thème aussi présent, de façon métaphorique, dans un blockbuster montré ce jour en avant-première : Colette, biopic de la célèbre écrivaine française, où celle-ci est incarnée par Keira Knightley. Une production avec un souffle et un rythme virevoltant, qui évite l’écueil du mélo, peint de façon plutôt inspirée les liaisons lesbiennes, le caractère alerte et les hésitations de l’auteure, et l’engage dans un face-à-face avec son mari, le célèbre Willy, joué par un Dominic West (la série The Wire) impérial et magnifiquement expressif. Un film biographique traversé par d’excellents seconds rôles (Eleanor Tomlinson, Denise Gough), qui reste dans les clous du genre, mais passionne sans en faire trop et appellerait bien une suite, vu qu’il ne suit la figure de Colette qu’entre les publications de Claudine et de La Vagabonde, et s’arrête ensuite. Un parfait amuse-gueule avant d’aller conclure le Festival avec Edmond, film plus riche en idées de mise en scène.

Visuel : Jumpman © New People Film Company / Tremora / Arizona Productions

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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