Cinema

Au 40e Cinemed, « Sibel » et autres contes politiques, dans la section Compétition

Au 40e Cinemed, « Sibel » et autres contes politiques, dans la section Compétition

22 octobre 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Après la découverte de Petra, de l’espagnol Jaime Rosales (lire notre article ici), la section Compétition Internationale du Cinemed nous a confrontés à des états des lieux de pays ou de régions, avec des formes de fable. L’excellent Sibel (qui sortira dans les salles en 2019) s’est révélé très marquant. Le 40e Cinemed se poursuit jusqu’au 27 octobre.

Après l’Espagne, et Israël (avec Tel Aviv on fire, projeté une première fois le samedi 20 octobre), la Compétition Internationale du 40e Cinemed accueille la Bosnie. Pour le film Un bon jour pour le travail, signé par Martin Turk. Un long-métrage hélas un peu trop naïf et misérabiliste, qui recèle surtout un point fort : le fait de peindre son héros, père de famille ne parvenant pas à trouver un travail, comme un grand enfant. Las, malgré un peu d’émotion, pas mal de scènes apparaissent assez mal écrites.

Dans la même section, Sibel, film franco-turc de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, se pose au contraire comme une fable réaliste, sans concession et riche de thèmes. Il prend place dans un village de montagne turc, et suit une héroïne muette, qui ne s’exprime que par sifflements. Des sifflements qui constituent en fait une langue ancienne. Sa particularité la marginalise dans le lieu où elle vit, et la fait passer pour impure. Jusqu’à ce qu’elle fasse une rencontre inattendue…

Sibel dépayse, mais apparaît (heureusement) comme un film sec, grâce à sa mise en scène sans effets superflus, qui suit son héroïne (magnifique Damla Sönmez, hyper-expressive) dans ses courses à travers la forêt, ses séances de chasse au fusil, son travail « aux champs » accompagné de brimades… Et qui donne à sentir, avec maîtrise, à travers des silences et des plans rigoureux, l’atmosphère que le très dur père de Sibel (Emin Gürsoy, impressionnant d’humanité et de colère) fait peser à tour de rôle sur elle, et sur sa soeur Fatma (très sensible Elit Iscan). C’est un film physique et sanguin, qui en appelle à l’héritage ancien de cette région turque, mais aussi à l’époque actuelle, par l’intermédiaire du personnage que l’héroïne rencontre. Il se pose aussi, enfin, comme un long-métrage au croisement des genres, entre drame, aventure, thriller…

Avec ses thèmes très bien évoqués et son volet technique exceptionnel, Sibel se pose d’ores et déjà comme l’un des films marquants de la Compétition Internationale du 40e Festival du film méditerranéen de Montpellier. Un prétendant sérieux à l’Antigone d’or, récompense suprême qui sera remise par le jury présidé par Robert Guédiguian. En attendant, l’équipe de Pyramide Distribution a d’ores et déjà pris en charge ce long-métrage frappant, et programmé sa sortie en salles pour le 13 mars 2019. On les remercie grandement.

Le 40e Cinemed se poursuit jusqu’au 27 octobre.

Sibel fait l’objet d’une nouvelle projection, le 26 octobre à 16h.

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Visuels : © Pyramide Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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