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Cannes 2019, Un certain regard : « Viendra le feu », portrait sobre et mystérieux d’un pyromane

Cannes 2019, Un certain regard : « Viendra le feu », portrait sobre et mystérieux d’un pyromane

27 mai 2019 | PAR Geoffrey Nabavian

Le réalisateur franco-espagnol Oliver Laxe s’attache au mystère d’un homme, dans ce film où les brumes de la Galice demeurent filmées dans toutes leurs beautés, et avec sobriété.

Dans le petit village de montagne espagnol où il fait son retour, après une peine de prison, Amador ne fait pas de vagues. Naturellement, il reprend sa place chez sa mère, et se remet à surveiller les quelques vaches qu’elle possède. Autour, les autres habitants parlent, mais pas trop : « Amador est un peu bizarre« , affirment-ils, sans trop s’avancer plus. C’est davantage la caméra du réalisateur Oliver Laxe – Grand Prix Nespresso de la Semaine de la Critique à Cannes 2016 pour Mimosas – la Voie de l’atlas, tourné au Maroc – qui observe, de loin, cet homme avec une grande curiosité. Patiemment et de façon sobre, elle paraît attendre de voir toute son humanité, et tout son mystère, surgir

Viendra le feu est un film où la réalisation embrasse un cadre naturel verdoyant, mais aussi assez sauvage, dans tous les sens du terme. Et ce lieu de l’action paraît autant intéresser la caméra du réalisateur que le personnage principal qui y évolue. Peu d’explications sur le contexte géographique, ou économique, de cette région sont données : et au final, par ses plans amples et dans la retenue, par ses images nimbées d’une couleur très naturelle et très cinématographique, par sa manière de capter si bien le silence, Olivier Laxe paraît inviter le spectateur dans le monde qu’il filme, à la fois réaliste et étrange. A ce visiteur curieux, dès lors, de côtoyer la figure d’Amador, homme massif et souriant, dont on sait qu’il a fait de la prison pour pyromanie

L’angoisse et la tension souterraine qu’il diffuse font de ce film un objet prenant, en même temps que méditatif et très réaliste. Malgré la dramaturgie qui couve, lorsqu’on ne connaît pas les conditions de réalisation on s’interroge : les interprètes sont-ils des acteurs ? où les vrais habitants du cadre décrit ? Ils demeurent remarquables (Amador Arias, qui incarne la figure centrale, fascine assez). Mystérieux, et pourvu d’un rythme qui laisse au spectateur le temps de venir habiter la région peinte, Viendra le feu apparaît comme un morceau de cinéma habité. A ce titre, ses plans les plus étudiés apparaissent extrêmement vivants, à l’image de l’assez long passage d’ouverture, où court déjà une impression très étrange…

Geoffrey Nabavian

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Visuels : © Pyramide Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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