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Cannes, Jour 5 : Gavras régale la Quinzaine, Diegues nous offre un cirque, Cotillard et Husson déçoivent

Cannes, Jour 5 : Gavras régale la Quinzaine, Diegues nous offre un cirque, Cotillard et Husson déçoivent

12 mai 2018 | PAR La Rédaction

Ce samedi a constitué une nouvelle journée riche de Compétition cannoise, qui nous a permis entre autres de rencontrer le réalisateur d’Arctic et de faire des débuts dans les rangs des femmes kurdes qui se battent contre l’organisation Etat islamique.

Premier film du jour côté Quinzaine des Réalisateurs et première grosse difficulté de concentration devant Teret de Ognjen Glavonic. Suivre les pérégrinations de Vlada, chauffeur de poids lourds pendant les bombardements de la Serbie par l’OTAN en 1999 n’a rien de très passionnant. On a donc subi cette 1h38 très lancinante…

Tout à coup, il est midi trente sur le ponton de la plage du Majestic. Le génial acteur danois Mads Mikkelsen est en interview avec une télévision pendant que celui qui l’a dirigé dans Arctic (notre critique ici), le Brésilien Joe Penna, répond à nos questions. L’ambiance est détendue, le jeune réalisateur plaisante avec les membres de l’équipe de tournage de l’Eicar. Il confie avoir d’abord pensé un survival movie sur Mars, jusqu’à ce que son producteur lui dise : « Tu as entendu parler du film Seul sur Mars ? » 

Sinon, la file d’attente est déjà très longue plus d’une heure avant la présentation de Le Monde est à toi de Romain Gavras qui a déjà fait parler de lui au moment de la révélation de son affiche et de son trailer. Avec son casting 5 étoiles, le film évite de tomber dans la complaisance et surprend agréablement. On en ressort le sourire aux lèvres et totalement conquis. Grâce à une réalisation soignée et une distribution parfaite, le second film du cinéaste français détient tous les ingrédients pour cartonner auprès d’un public varié. Notre premier coup de cœur de la Quinzaine qu’on a déjà hâte de revoir. Notre critique est dispo ici.

14 heures. Le public de la section Un Certain Regard découvre Marion Cotillard en cagoule, paumée, et blonde platine, tous seins dehors, tentant de se tenir droite avec sa fille de 8 ans dans un appartement… avec vue sur mer. Premier film très attendu de Vanessa Filho, Gueule d’ange déçoit énormément : chaque scène est attendue, composée d’éléments vus et revus (le beau tzigane, la séquence en boîte de nuit, l’humiliation au supermarché, les méchants camarades de classe…), et rien – même pas l’alcoolisme de la petite fille – n’est crédible. Quant au regard « social » sur le Sud, il met mal à l’aise tellement les ongles de Cotillard sont impeccables, les cheveux de la gueule d’ange parfaits et les camarades de classe proprets et sans accents comme une classe de CP en plein 16e parisien. Rajoutez à cela une BO de faux Philippe Glass avec notes de piano, et une chanson tire-larmes en générique… et vous obtenez un film proprement scandaleux, un clip vaseux que même au nom d’une certaine clémence pour les premiers longs-métrages, on ne peut défendre en rien.

Certains ont donc eu raison de se glisser en Corée du Nord, grâce au film de genre de la section Hors Compétition The Spy gone North, signé Yoon Jong-bin (réalisateur de Nameless gangster et de Kundo, tous deux sortis directement en DVD en France), et présenté la veille dans le cadre d’une Séance de minuit. Cette production d’espionnage, avec bien plus de scènes dialoguées que d’action à la Jason Bourne, vaut pour sa réalisation très soignée, mais surtout, au-delà, pour son acteur principal : le fantastique Hwang Jeong-min (ShiriUne femme coréenneA bittersweet lifeSuneungBattleship Island, sans oublier son rôle dans le magnifique, l’extraordinaire et triste Save the green planet !, adoré par Karim Debbache et tous ses fans). Toute l’histoire adopte son point de vue, et il arrive à fasciner plus de deux heures dans la peau de cet espion sud-coréen infiltré auprès des autorités du Nord dans les années 90, pour en apprendre plus sur le programme nucléaire de cette dictature. Un rôle qui lui permet de passer de l’insouciance feinte à la tension la plus noire, et d’éblouir.

A 16 heures, Girl de Lukas Dhont est apparu comme un film qui permet de suivre pas à pas un adolescent flamand se sentant femme : Lara veut non seulement devenir ballerine mais aussi changer de sexe. Son père et son frère l’accompagnent dans les premiers pas de la prise d’hormone et du chemin vers l’opération. Un film du Certain Regard réussi.

Au même moment, un membre de l’équipe est parti à la rencontre de Marie Losier, réalisatrice de Cassandro the Exotico (notre critique ici), long-métrage sélectionné dans la section ACID du Festival, pour parler de son cinéma, « d’amitié, d’amour et de liberté », de personnalités underground et « bigger than life ». Mais aussi de l’acharnement de Cassandro, ce catcheur ouvertement gay de la Lucha Libre qui a subi agressions sexuelles et humiliations mais qui est aujourd’hui respecté dans ce milieu machiste après avoir remporté trois fois le titre de champion de National Wrestling Alliance, et grâce à ce film qui retrace sa vie, et donne à voir son énergie et son humour décapant. A la projection officielle, « Cassandro a fondu en larmes en […] disant « C’est tellement beau, c’est tellement moi ! » » nous raconte Marie Losier, qui considère son film comme un hommage, après ses 26 ans de carrière, à cet homme fort, d’une volonté de fer et chaleureux. Et pour le catcheur, ce portrait est sa revanche contre le monde… Lire l’entretien ici.

A 18h, nous avions rendez-vous à l’Â.M.E., l’Atelier des merveilles éphémères, dans la magnifique suite qui jouxte la terrasse de l’hôtel five investie par les événements, les concerts, le bar et les équipes de ce lieu unique à Cannes. Ce jour-là c’était  la marque de comestique suisse La Vallée qui nous conviait à un soin et à une mise en beauté avant la montée des marches. A peine allogé, nous avons pu connaître un démaquillage en douceur avec un lait ultra-doux parfumé au citron et effet lift avec un sérum tenseur très hydratant (très important pour que le maquillage tienne). Nous avons eu le bonheur d’essayer pendant 25 minutes le masque au caviar et aux grains d’or. Travaillées à la main pendant tout ce temps, les petites perle d’or sont venues pulper et donner du brillant à la peau, tandis que les vitamies A et D des oeufs d’esturgeon ont transformé notre visage un peu fatigué par une semaine cannoise intense poue lui rendre elasticité et éclat. L’effet « bonne mine » a duré plus de 3 jours, malgré les courtes nuits cannoises et les trop longues heures en salle, tandis que le maquillage naturel posé sur cette peau réparée a duré jusqu’au bout de la nuit. Un moment de calme, de beauté et qui a vraiment restauré le corps de l’intérieur.

Vers les 19 heures, certains membres de l’équipe se sont aventurés à la rencontre des Filles du soleil, film de la Compétition signé Eva Husson, aux partis-pris annoncés d’emblée comme guère évidents à tenir sur la longueur, et consacré au récit d’un  bataillon de femmes kurdes, luttant contre l’Etat islamique.

D’autres ont préféré se diriger vers la section Hors Compétition, pour découvrir un film au programme très mystérieux : Le Grand Cirque mystique, signé par le célèbre réalisateur brésilien Carlos Diegues (Joanna Francesa avec Jeanne Moreau en 1973, Bye bye Brasil en 1980, Quilombo en 1984…). Un film de fiction qui conte, sur un siècle, l’histoire d’une dynastie brésilienne très en lien avec la France, aux membres fascinés par le cirque, le spectacle et le côté mystique qui sourd d’eux. Avec au casting, Rafael Lozano, Bruna Linzmeyer, Marina Provenzzano, Juliano Cazarré, le fantastique Jesuita Barbosa en guise de Monsieur Loyal, et même Vincent Cassel, qui fait merveille dans un rôle secondaire très marquant. Ce récit de l’existence d’un cirque familial sur cent ans a constitué une séance en apesanteur, vraiment très belle esthétiquement, et vraiment plaisante.

À 20h30, du côté du Théâtre Croisette de la Quinzaine, a eu lieu l’unique séance de Mandy, avec Nicolas Cage en tête d’affiche. Après lecture du synopsis, on s’attend à un film assez barré flirtant avec Mad Max. Mais autant dire qu’on a été plus que surpris. La première heure de film est une épreuve mentale pour laquelle nous n’étions pas préparés. Et le reste de la salle aussi, à en voir les nombreux sièges qui se sont libéré. Mandy nous plonge dans le monde barré d’une bande de créatures WTF afficionados de Dieu et prêtes à tout pour le servir, y compris brûler vive Mandy, la femme de Red Miller (Nicolas Cage). La deuxième heure part donc en véritable chemin de croix totalement fucked up, où Cage sort les griffes, s’attaque à cette bande de fumés, et donc passe en mode carnage. Un peu difficile à suivre dans son ensemble, le film démarre une fois que le côté série Z s’assume : le plaisir coupable prend le dessus et on se laisse bercer à coups de tronçonneuses et têtes qui explosent…

A 23h, enfin, l’équipe s’est rassemblée à la soirée ACID sise sur la plage de l’hôtel Gray d’Albion pour « danser comme jaja », sur les mixtes de DJ Hobbs, un artiste qui a su exciter en crescendo la salle-plage remplie de monde, grâce à du « Four to the Floor » de Starsailor, « Faith » de George Michael, « Shape of You » d’Ed Sheeran, ou encore « Video killed the radio star » des Buggles. Et bien sûr, c’était open bar ! L’ACID nous a un peu montré ce qu’est l’effervescence cannoise.

Du côté de la Villa Schweppes, la soirée du film Les Filles du soleil, film de la Compétition 2018, s’est tenue. Après le concert du groupe electro Head On Television, aux influences funk, soul et disco, ce sont Les 7 Salopards qui ont pris la main sur les platines. Cette équipe de DJs toujours entourés d’invités au fil de leurs prestations live a proposé un set extrêmement convivial. On n’avait jamais pu voir autant d’artistes réunis sur la scène de la Villa, à Cannes : l’équipe des 7 Salopards, les DJs résidents et d’autres encore s’en sont donné à coeur joie au niveau des rythmes et du mix, buvant même leurs verres et cocktails sur la scène même.

Le public a réagi avec la même énergie : une ambiance joyeuse et chaleureuse s’est installée sur le dancefloor de la Villa, soutenue tout de même par des rythmes et des beats frappants. Entre popfunk, et tubes electro, ces artistes ont envoyé dans les corps des énergies très variées, avec générosité. Avec pour conséquence une piste de danse qui n’a pas désempli. Occasion parfaite pour laisser ses jambes se reposer un peu, et pour aller commander auprès des héroïques bartenders un cocktail « Carribean Cooler » où le Schweppes Premium Mixer Ginger Ale se mélange au sirop d’agave et au citron vert, tellement bienvenu pendant la période du Festival de Cannes. Installé sur la terrasse, on a pu se rapprocher un peu des personnes liées au film Les Filles du soleil, avec parmi eux l’équipe de Wild Bunch Distribution.

La rédaction : Hugo Saadi, Yaël Hirsch, Geoffrey Nabavian, Aurore Garot et Alexis Duval

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Visuels : Joe Penna interviewé sur la Plage du Majestic, à Cannes © EICAR

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