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Cannes 2018 : « Cassandro the Exotico » : le portrait d’une drag-queen du catch mexicain à l’ACID

Cannes 2018 : « Cassandro the Exotico » : le portrait d’une drag-queen du catch mexicain à l’ACID

11 mai 2018 | PAR Aurore Garot

Dans son deuxième long-métrage, la cinéaste française Marie Losier nous emmène dans le monde flamboyant de la lucha libre à travers le portrait de Cassandro, le roi des drag-catcheurs. Présenté à l’ACID, Cassandro the Exotico est un film qui nous plonge dans l’intimité d’un homme extravagant, drôle et touchant qui a dynamité les préjugés machistes répandus dans son sport. 

Marie Losier a le don de filmer des êtres atypiques. A travers plusieurs courts-métrages, ce sont les portraits  d’Alan Vega, auteur-interprète du groupe de rock Suicide (2013), de Fernando, alias Deborah Krystal, performeur d’un club de travesti à Lisbonne (2015), du cinéaste expérimental et minimaliste Tony Conrad (2008) et de bien d’autres qu’elle dresse, toujours armée de sa caméra 16mm. Son premier long-métrage, The Ballad of Genesis and Lady Jaye (2011) retraçant l’histoire hors du commun du couple Genesis et Lady Jaye Breyer P’Orridge, a été présenté dans plus de 200 festivals dans lesquels elle a remporté une dizaine de prix (dont celui du festival du film de Berlin).

Aujourd’hui à Cannes, la cinéaste-portraitiste nous présente Saul Armendariz plus connu sous le nom de Cassandro the Exotico, le roi queer de la Lucha Libre (nom donné au catch mexicain) et ancien champion du monde de la National Wrestling Alliance. Un être singulier, ouvertement homosexuel, qui contrairement à ses compagnons catcheurs, combat sans masque et se travesti telle une drag-queen pour donner une raclée à ses adversaires.

Souriant, excentrique, drôle, chaleureux, Cassandro est aussi un homme touchant, d’une grande fragilité ; victime d’agressions sexuelles, ex-drogué (la date de sa sobriété, le 4 juin 2003, est tatouée sur son dos), ex-taulard et longtemps discriminé dans un sport très machiste, il doit aujourd’hui faire face à une nouvelle épreuve : la fin de sa carrière longue de 26 ans. Son corps est en effet en train de sonner l’alarme ; des traumatismes crâniens, deux crises cardiaques et de multiples blessures qu’il montre à la caméra.

La réalisatrice française filme ses sujets au plus près de leur intimité. Sur le ring, dans sa maison, dans sa voiture, avec sa famille, dans ses chambres d’hôtel… Le rapport distancié et professionnel avec lui n’existe plus. Marie Losier le suit comme son ombre ou comme son « Jimmy Cricket », explique-t-elle dans une interview. Ce qui déborde ainsi à l’écran, c’est son authenticité, son énergie de vie… et bien évidemment son univers théâtral qui ne peut être séparé de lui.

Un monde coloré, scintillant et tellement excessif, qu’on ne peut s’empêcher de rire en le voyant vider sa bombe de laque sur ses cheveux et son flacon de parfum, après avoir enfiler son justaucorps rose à paillettes. Sous l’oeil de Marie Losier, le catcheur devient presque un ami que l’on finit par connaître intimement, un être profondément humain qui, rongé par la peur de ne plus monter sur un ring, essaie de garder la tête haute, le sourire aux lèvres et sa chevelure blonde toujours soigneusement coiffée…

Retrouvez tous les articles de Toute La Culture sur le Festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2018

Visuels : ©Tamara Films

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Aurore Garot

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