Cinema
[Hors compétition] « Mad Max : Fury Road » : de grands pics de folie dans des sentiers trop balisés

[Hors compétition] « Mad Max : Fury Road » : de grands pics de folie dans des sentiers trop balisés

15 mai 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Il arrivait chargé de promesses. Les tient-il, au final, ce Mad Max remis au goût du jour par le père de la saga, George Miller lui-même ? On y trouve, par moments, beaucoup de folie, une vraie de vraie, ultra exaltante. Surtout lors de scènes de poursuite, moins au sein du scénario…

[rating=3]

Le début de cette nouvelle version de Mad Max, classique du film de violence gratuite sorti en 1979, fait rêver. Pas de façon ordinaire : on plonge dans un univers tout en lézards bouffés vivants, en tatouages gravés à vif sur les peaux, en fers rouges, en hommes irradiés… Le tout filmé de façon nerveuse, et ludique. Mad Max n’est plus un flic assassin, mais un humain esclave, prisonnier d’un dictateur techno-primitif et de ses guerriers blanchâtres. Dans un futur où les conflits se règlent à bord de véhicules qui foncent dans le désert… On frémit : va-t-on se trouver face à un film de studio jusqu’au-boutiste ? Donc très original ? La course-poursuite qui suit l’ouverture et lance l’intrigue nous conforte dans cette impression. Les personnages semblent possédés par des démons techno-apocalyptiques…

Las, il faudra un peu déchanter. Une fois ce morceau de bravoure achevé, voici que l’enjeu narratif apparaît très déjà-vu. Et les ficelles du scénario, très classiques. Et voilà que notre Max (Tom Hardy), « ancien flic » devenu baroudeur fou, nous semble plutôt gentil. Et que du sentimentalisme s’invite… Le film original, aujourd’hui, peut apparaître comme un « nanar ». Il n’en demeure pas moins sec et amoral… Bizarre.

« Standardisé », dira-t-on plutôt. George Miller, réalisateur du Mad Max de 1979, et de ses deux suites, encore aux commandes ici, se serait-il fait avoir par les studios ?… Pas dans les scènes de poursuite, en tout cas. Car elles déploient tant de trésors d’imagination, et au final, tant de folie, qu’elles ne sauraient décevoir. Intelligent, donc, d’avoir résumé le scénario à une suite de poursuites dans le désert. Et l’univers visuel ? Immortan Joe le grand méchant (Hugh Keays-Byrne), Furiosa la rebelle (jouée par Charlize Theron) le Meunier, et les autres, frappent. Mais le film déploie, dans sa première demi-heure, une telle mythologie, et une telle suite de fulgurances, que l’heure et demie suivante apparaît plus attendue… Ce n’est pas encore aujourd’hui qu’Hollywood se laissera envahir par une folie salvatrice. Enfin, on s’amuse quand même. Et par intermittence, on s’éclate vraiment.

Mad Max : Fury Road, un film de George Miller. Avec Tom Hardy, Charlize Theron, Hugh Keays-Byrne, Nicholas Hoult, Nathan Jones. Science-fiction, Etats-Unis/Australie. Durée : 2h. En salles depuis mercredi 13 mai.

Retrouvez tous les films Hors compétition dans notre dossier Cannes

Visuels : © Village Roadshow Films (BVI) Limited

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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