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Mad Max Fury Road: George Miller propose sa version « Black and Chrome »

Mad Max Fury Road: George Miller propose sa version « Black and Chrome »

05 décembre 2016 | PAR Gregory Marouze

Toute La Culture revient sur Mad Max Fury Road. Le film de George Miller est sorti en salles en mai 2015 et a déjà connu une exploitation vidéo. Pourquoi alors en reparler ? Tout simplement parce que Warner édite en différents coffrets une nouvelle vision du film par son cinéaste. Mad Max Fury Road est proposé aujourd’hui dans une version intitulée Black and Chrome. A savoir le même film, mais avec un traitement de l’image particulier en noir et blanc. Alors, simple gadget ou véritable révolution visuelle et artistique ? La réponse par Toute La Culture !

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George Miller explique dans la courte introduction de 1 minute et 30 secondes qui précède Black and Chrome, qu’en 1982 il a un véritable électrochoc lorsqu’il découvre Brian May (aucun rapport avec le guitariste de Queen) composant sur une mauvaise copie de travail en noir et blanc de Mad Max 2: The Road Warrior. Miller rêve alors de proposer un Mad Max dénué de la moindre couleur, souhaitant même se passer de tout dialogue pour revenir à un cinéma des origines. Il a déjà réalisé en partie son projet : les deux premiers Mad Max sont quasi dépourvus de dialogues (ce qui n’est pas le cas du troisième : Au-Delà du Dôme du Tonnerre, film le plus faible de la saga).

Lorsque Mad Max Fury Road sort, une poignée de critiques s’extasient devant la prouesse visuelle et technique que représente le film, tout en déplorant une supposée faiblesse du scénario.

Supposée car il n’en rien ! Mad Max Fury Road, s’il adopte la structure de nombreux westerns – une poursuite partant d’un point A vers un point B, pour ensuite revenir au point A -, est un film d’une grande richesse thématique : avec ce chef-d’œuvre époustouflant du cinéma d’action  (chef-d’œuvre tout court), Miller fustige Daesh, la haine envers les femmes – celle qu’elles suscitent auprès d’intégristes de toutes confessions -, une civilisation de l’hyper-consommation, un monde divisé en deux catégories: des pauvres de plus en plus pauvres et des riches de plus en plus riches, …

Que certains arrêtent de traiter les films d’action et de genre avec dédain pour, enfin, s’y intéresser un peu plus sérieusement ! Ils verront alors – comme dans Fury Road – que ce cinéma est un véhicule d’une grande puissance pour évoquer les maux de notre société.

S’il est vrai que MMFR* n’a pas été écrit de manière « orthodoxe » avec un script rédigé de manière classique – le film fut dès le départ entièrement dessiné -, ce n’est certes pas une raison pour n’y voir qu’une débauche de technologie. D’ailleurs, MMFR* utilise peu de fonds verts et ses cascades ont pour la plupart été réalisées sur le tournage, en direct live.

Ce que cherche George Miller, c’est proposer avant tout un cinéma de sensations. Il y parvient ! De cette volonté d’offrir aux spectateurs un cinéma de sensations découle certainement la version Black and Chrome que propose aujourd’hui le cinéaste australien.

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« J’ai toujours rêvé de faire un Mad Max en noir et blanc (…) Lui enlever la couleur instille quelque chose de plus abstrait dans le film… quelque chose de plus iconique » dit George Miller dans l’introduction qui précède cette nouvelle version.

Toujours dans l’introduction de Black and Chrome, George Miller dit avec beaucoup de franchise que cette vision du film permet de mieux voir certains détails alors que d’autres, dépourvus de la couleur originelle sont peut-être moins visibles. Mais le cinéaste estime qu’il s’agit de la meilleure version du film, et que c’est au spectateur désormais d’en décider.

On peut alors tranquillement s’enfoncer dans son fauteuil et juger sur pièces ! Une fois les premières secondes d’étonnement que suscitent les images en noir et blanc, on est sidérés par la richesse visuelle du film. Si le script de MMFR* est le même, le montage identique (aucune scène n’a été écourtée, ou ajoutée, du moins à notre connaissance) on a véritablement l’impression de découvrir une œuvre différente.

En proposant cette version en noir et blanc aux images souvent saturées, le spectateur se focalise sur des points du film sans doute passés inaperçus (tout du moins par ceux qui ne l’ont qu’une seule fois).

On découvre à quel point la profondeur de champ de la photographie de John Seale est impressionnante. Elle rappelle celle des classiques du cinéma muet – revoyez The Kid (1921) de Chaplin: vous aurez un bon exemple de la netteté des profondeurs de champ de l’époque -.

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On est impressionné par le regard sombre et les yeux charbonneux de Impératrice Furiosa (Charlize Theron dans son plus grand rôle). Les allusions au cinéma muet nous sautent au visage : Theron rappelle la Renée Falconetti de La Passion de Jeanne d’Arc (1927) de Dreyer, les scènes dans lesquelles le funeste Immortan Joe assoiffe son peuple atteignent la puissance de Metropolis (1927) (rendant plus terrifiante encore cette vision d’Apocalypse imaginée par Miller). Immortan Joe – terrifiant Hugh Keays-Byrne, déjà présent dans le premier Mad Max (1979) – apparait comme un digne descendant du vampire Nosferatu (1921) de Murnau. Mais on regarde également les scènes d’action et cascades d’un autre œil. Avec « Black and Chrome », elles confinent à l’œuvre contemporaine abstraite.

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Loin d’être une lubie de cinéaste mégalomane, ou une réécriture stérile à la George Lucas, MMFR* Black and Chrome offre une nouvelle façon de regarder, découvrir, appréhender et analyser le chef-d’œuvre de George Miller. La noirceur de MMFR* n’en est que renforcée. On rêve désormais d’une projection de Black and Chrome en salle…

Si vous ne l’avez jamais vu, nous vous conseillons évidemment de découvrir MMFR* dans sa version « couleurs ». Et de vous plonger ensuite dans l’expérience sensorielle (c’en est une) que propose Black and Chrome. Histoire de vérifier qu’un grand film ne délivre pas tous ses secrets en une seule vision, et suscite de nouvelles interrogations à chaque nouvelle lecture.

Grégory Marouzé

Synopsis : Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d’un véhicule militaire piloté par l’Imperator Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s’est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…

Mad Max Fury Road – Black and Chrome de George Miller

Durée 120 mn

Nationalité : australo-américain

Avec Tom Hardy (Max Rockatansky), Charlize Theron (Impératrice Furiosa), Hugh Keays-Byrne  (Immortan Joe), Nicholas Hoult (Nux), …

Musique: Junkie XL

Visuels: © Warner Bros

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Gregory Marouze
Cinéphile acharné ouvert à tous les cinémas, genres, nationalités et époques. Journaliste et critique de cinéma (émission TV Ci Né Ma - L'Agence Ciné, Revus et Corrigés, Lille La Nuit.Com, ...), programmation et animation de ciné-clubs à Lille et Arras (Mes Films de Chevet, La Class' Ciné) avec l'association Plan Séquence, Animateur de débats et masterclass (Arras Film Festival, Poitiers Film Festival, divers cinémas), formateur. Membre du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, juré du Prix du Premier Long-Métrage français et étranger des Prix de la Critique 2019, réalisateur du documentaire "Alain Corneau, du noir au bleu" (production Les Films du Cyclope, Studio Canal, Ciné +)

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