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Cannes 2018 : « Les Chatouilles », vibrante histoire d’une victime de pédophilie, à Un certain regard

Cannes 2018 : « Les Chatouilles », vibrante histoire d’une victime de pédophilie, à Un certain regard

15 mai 2018 | PAR Geoffrey Nabavian

Adaptant son seul en scène théâtral, la comédienne Andréa Bescond raconte à la première personne comment elle fut violée enfant, à répétition, par un ami de ses parents, et comment elle dut mener une bataille contre l’horreur dont elle fut victime. Un film brillant.

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Odette, innocente jeune fille, est victime de viols à répétition commis par Gilbert, ami de ses parents, et « homme parfait » que tous admirent, en apparence. Adulte, elle plonge gravement dans la drogue, compromet sa carrière de danseuse, n’avoue pas l’horreur dont elle fut victime à ses parents, et finit par échouer chez une psychiatre, à laquelle elle confesse d’une traite sa souffrance.

La comédienne Andréa Bescond a d’abord revécu cette horrible histoire personnelle dans un seul en scène, intitulé Les Chatouilles ou la Danse de la colère. Elle l’adapte aujourd’hui en un film qu’elle écrit, interprète et coréalise, avec Éric Métayer (metteur en scène du spectacle originel, connu également pour des pièces telles que Les 39 marches). Inutile de dire que Les Chatouilles, sélectionné à Cannes 2018 dans la section Un Certain Regard, empoigne un sujet nécessaire au-delà de toute mesure, en s’appuyant de surcroît sur des acteurs suprêmement justes.

Mais le film éblouit, qui plus est, par ses partis-pris de mise en scène : il mélange les temporalités avec une justesse et une aisance folles, en injectant un tout petit peu d’humour dans ses scènes. Odette revisite ses souvenirs, avec l’aide de la psy qu’elle fréquente, et ces moments du passé sont mis en scène avec une imagination et un sens de la prise de risque renversants.

Le rythme n’oublie pas le tragique

Le dernier ingrédient qui vient s’ajouter à ce mélange est l’énergie : celle de Cyrille Mairesse, actrice qui incarne Odette enfant, et celle d’Andréa Bescond elle-même, qui joue son propre rôle, entre euphorie et cynisme, irriguent les images et arrachent les spectateurs de leurs fauteuils, pour les entraîner dans le tourbillon d’une vie cabossée. Tous les acteurs se mettent au diapason de ces partis-pris : Clovis Cornillac devient un père massif et généreux ; Karin Viard, une mère un peu folle et charismatique ; Grégory Montel, un amoureux sensible et un peu dépassé ; le rappeur Gringe, déjà vu dans Carbone, un meilleur copain très crédible. Et puis, on remarque aussi le grand Pierre Deladonchamps – à Cannes 2018 également pour Plaire, aimer et courir vite, et dans le cadre des Talents Adami – qui compose un pédophile terriblement ordinaire.

Du début à la fin, tout semble crédible, et le rythme, qui n’oublie pas le tragique, tient en haleine. Perturbé parfois par quelques petits problèmes de son, qu’on pardonne vite, Les Chatouilles reste un film vivant, habité, triste et fiévreux, qui apporte énormément, autant sur le plan de son art du récit que sur celui de l’horreur qu’il pointe du doigt.

Film présenté à Cannes 2018 dans la section Un certain regard, Les Chatouilles sortira dans les salles françaises le 26 septembre.

Geoffrey Nabavian

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© Orange Studio Cinéma / UGC Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : geoffrey.nabavian@free.fr / https://twitter.com/geoffreynabavia

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