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Cannes 2018, en Compétition : « Plaire, aimer et courir vite », les amours singuliers trop écrits de Christophe Honoré

Cannes 2018, en Compétition : « Plaire, aimer et courir vite », les amours singuliers trop écrits de Christophe Honoré

11 mai 2018 | PAR Yaël Hirsch

« Plaire, aimer et courir vite », le nouveau long-métrage de Christophe Honoré revient sur les années sida avec une histoire d’amour forte, mais trop écrite pour émouvoir, malgré ses excellents acteurs. Un film tendre et sombre en compétition au 71e festival de Cannes.

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Été 1990, Jacques (Pierre Deladonchamps) est un écrivain trentenaire, qui s’est fait sa place à Paris, et qui vit ouvertement son homosexualité, entre un amant régulier capricieux, un ex ultime pas plus doux au seuil de la mort, un voisin journaliste (Denis Podalydès) et un fils de dix ans qu’il élève avec une amie proche. Jacques est malade du sida. Il sait qu’il n’en a plus pour très longtemps à vivre. C’est à ce moment-là qu’il rencontre, dans un cinéma de Rennes, le jeune Arthur (Vincent Lacoste). Un amour commence, condamné par la maladie…

Beau dans les corps de ses acteurs, comme dans ses décors parisiens et bretons qui reconstituent les années 1990, Plaire, aimer et courir vite saisit un sujet forcément émouvant, d’autant plus qu’on sent à chaque plan que Christophe Honoré est nostalgique de sa jeunesse. Néanmoins, malgré la minutie, l’amour contre la mort, et l’excellent jeu des acteurs, le spectateur est régulièrement sorti brutalement de son empathie : des monologues trop écrits, des gestes trop attendus, une musique trop appuyée (dix minutes de Lamento de Haendel pour nous montrer les errances du héros qui se sait condamné).

Tout ceci pèse et l’on a l’impression s’ouvrir un livre d’images que d’autres – Chéreau, Collard, Techiné -, ont déjà tressé avec force et gravité. Plombant le badinage existentiel qu’on aime chez lui de scènes lourdes et de phrases qui se veulent décisives, Honoré n’arrive à faire ni une comédie, ni une tragédie. On reconnaît à peine sa patte dans ce film qui semble plus un collage de vues d’époque qu’une création, pour nous parler encore de l’hécatombe des années 1980-1990 ici et maintenant, où ceux qui restent témoignent. À voir pour la nostalgie, les décors et les acteurs… moins pour Honoré.

Plaire, aimer et courir vite, film français de Christophe Honoré, avec Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste, Denis Podalydès et Adèle Wismes, présenté au festival de Cannes, en compétition officielle. Durée : 2h12. Sortie française au cinéma : le 10 mai 2018.

photo :

Photo du film : © FDC / ad vitam

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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