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Cannes 2018 ACID Trip Portugal : « Colo » de Teresa Villaverde, la détresse silencieuse d’une famille portugaise précaire

Cannes 2018 ACID Trip Portugal : « Colo » de Teresa Villaverde, la détresse silencieuse d’une famille portugaise précaire

11 mai 2018 | PAR Claudia Lebon

Inaugurée l’année dernière, la programmation cannoise de l’ACID Trip met à l’honneur les cinéastes indépendants étrangers. Cette nouvelle édition, placée sous le signe du Portugal, nous permet d’apprécier une nouvelle fois le talent de Teresa Villaverde qui filme l’angoisse d’un trio familial taiseux dans un Portugal miné par la pauvreté.

Après Os Mutantes présenté par Un certain regard en 1998 et Transe, sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs en 2006, Teresa Villaverde est de retour à Cannes avec un film_ en compétition pour l’Ours d’or de la Berlinale en 2017 _ qui ne vous laissera pas de marbre.

Comment vivre avec ses peurs et ses douleurs si l’on ne peut les sublimer par les mots ? Comment porter en soi cette agitation constante sans jamais frémir sous le regard d’autrui ? Dans cette famille portugaise démunie qui peine à mener une vie normale, il est question de non-dits. Père, mère et fille vivent_ ou survivent _dans un petit appartement que la lumière du soleil n’atteint pas. Ici, tout est sombre et voilé, rien ne se révèle. Alors que la situation économique du ménage empire, chacun vit ses souffrances dans l’ombre et l’isolement, et ces individus, qui cohabitent sous le même toit mais n’échangent jamais réellement, semblent étrangement seuls.

Dans ce climat aride, une jeunesse tente de fleurir. La fragilité et la douceur déconcertante de cette adolescente, prodigieusement incarnée par Alice Albergaria Borges, nous bouleversent. Elle apparaît dès la première scène, tâchée de terre et de larmes, l’image d’une innocence ternie par une vie impitoyable et injuste. « Je suis qui je veux » affirme-t-elle devant le miroir qui lui renvoie l’image d’une fille qu’elle voudrait autre et qu’elle blesse dans sa chair. Comme son petit oiseau en cage qu’elle câline avec amour, elle est enfermée dans une vie trop étroite pour ses rêves d’adolescente.

Un mélange perturbant de tendresse et de froideur habite ce foyer. La mère aimante et laborieuse prend soin de sa fille et de son mari au chômage qui vit une lente descente aux enfers. Rongé par un sentiment d’inutilité, il s’efface progressivement pour ne plus être qu’un fantôme. L’abandon de la lutte est illustrée par cette image sublime et déchirante de l’homme nu face à la mer qui l’emporte dans ses vagues. L’image de l’individu infime, démuni dans un système économique qui le dépasse et le noie.

Face à la crise que traverse son pays, Teresa Villaverde signe un film politique qui place ses espoirs dans la jeunesse.

A ne pas manquer. Avec João Pedro Vaz, Beatriz Batarda et Alice Albergaria Borges qui réalisent une très belle performance.

Retrouvez tous les articles de Toute La Culture sur le Festival de Cannes dans notre dossier Cannes 2018

Visuels © 2017 – ACID

 

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