Cinema

Jean-Luc Godard investit le théâtre des Amandiers avec le parcours « Le Livre d’image »

Jean-Luc Godard investit le théâtre des Amandiers avec le parcours « Le Livre d’image »

08 octobre 2019 | PAR Anne Verdaguer

C’est un parcours en forme de genèse que propose le théâtre des Amandiers autour de l’oeuvre de Jean-Luc Godard « Le Livre d’image » primée à Cannes en 2018. Une expérience à la fois sonore, visuelle et sensorielle, qui envahit l’ensemble du lieu, coulisses compris et qui permet une immersion totale dans l’univers du grand cinéaste.

Jean-Luc Godard filmé de dos face à un écran blanc se pose la question de l’image. Première rencontre fantomatique avec le maître au détour d’une salle du Théâtre des Amandiers transformée en sas noir. Muni de son itinéraire à la main, le visiteur s’aventure dans les entrailles et les sous sols du bâtiment, où tous les espaces semblent avoir été utilisés, y compris la cuisine, l’atelier couture et bien sûr les loges, pour déployer cet opus en forme d’hommage au cinéaste. Aussi prolifique et singulier qu’est son oeuvre, ce parcours présente à la fois des courts métrages ou films signés Godard ou de ses proches collaborateurs (Fabrice Aragno, Anne-Marie Miéville, ou Paul Grivas donc certains ont aidé à la conception des lieux) mais aussi des installations comme ces suite(s) lacustre(s), un triptyque d’images, signées Fabrice Aragno, chef opérateur de Godard, qui invite à la contemplation et à la rêverie, et qui rappelle peut-être l’idée finalement abandonnée de faire du « Livre d’image » un film-sculpture pour trois écrans.

Au delà du plaisir de découvrir l’envers du décor du théâtre, l’impression de pénétrer dans l’oeuvre de Godard est assez saisissante… par la présence d’une voix, d’une musique, d’un lino bleu, d’une image de Piccoli sur un vieux téléviseur au détour d’une loge, ou d’un Jean-Luc Godard en sérigraphie sur quatre écrans, à la façon de Warhol… c’est l’impression d’un temps figé, oublié, voir même d’une certaine solitude. C’est aussi celle d’une absence, celle du cinéaste, pourtant bien présente… Un ensemble qui peut donner aussi une sensation de désordre mais qui résonne assez bien avec la façon de faire du cinéaste qui a opéré pour son dernier opus une sorte de « découpage » et de « décalage » de l’image, d’apparence anarchique.

Sur l’origine du projet, le directeur des Amandiers explique dans un entretien aux Cahiers du cinéma que lorsque Jean-Luc Godard a annoncé lors de sa conférence de presse surréaliste à Cannes qu’il souhaitait sortir des salles de projection et investir des lieux inhabituels pour son film, il a pensé que le Théâtre des Amandiers pourrait l’intéresser. Sachant aussi que le bâtiment, datant de 1976, sera rénové prochainement, Philippe Quesne, lui même sur le départ, s’est demandé pourquoi ne pas « finir l’histoire de ce lieu par cette traversée incroyable du 20ième et du 21ième siècle »?

Le directeur des Amandiers, qui dit avoir voulu « restituer le trouble »,  préfère parler d’ « arborescence » pour décrire ce parcours, ou encore de « rapports de films » et d’une volonté de rester fidèle au type de dispositif sonore ainsi que de format d’images dont rêve Godard (une image « qu’on peut tenir dans la main »). Jean Luc Godard que l’on voit d’ailleurs au travail dans plusieurs making off, où il parle de ses techniques dans l’un de ces aphorismes dont il a le secret : « la culture c’est la règle, l’art c’est l’exception ». 

Le film « Le Livre d’image » en 6 parties, est lui présenté en point d’orgue de ce parcours, sur le grand plateau, mais avec une jauge très réduite dans les conditions que Godard aurait sans doute jugé les plus appropriées … celui ci n’ayant apparemment pas été directement mis à contribution sur ce projet… mais on connait le côté imprévisible et secret du personnage, qui fait toute sa légende. 

Jean-Luc Godard, parcours Livre d’image, présenté au Théâtre Nanterre-Amandiers centre dramatique national du 4 au 20 Octobre 2019.

 

Crédit photos

© Martin Argyroglo

 

 

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Anne Verdaguer

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