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[Critique] « 21 nuits avec Pattie » : Karin Viard et les Larrieu célèbrent le sexe, les mots et la nature

[Critique] « 21 nuits avec Pattie » : Karin Viard et les Larrieu célèbrent le sexe, les mots et la nature

28 novembre 2015 | PAR Gilles Herail

Les frères Larrieu sont au sommet de leur art dans un nouvel hymne au plaisir et à la libération sexuelle. Peu de surprises mais une vraie jubilation à célébrer une nouvelle fois le sexe, les mots et la nature dans un conte initiatique réjouissant, plus accessible que leurs précédents films. Qui pourrait bien offrir un César du meilleur second rôle à Karin Viard pour sa géniale performance.

[rating=3]

Extrait du synopsis officiel : Au cœur de l’été, Caroline, parisienne et mère de famille d’une quarantaine d’années, débarque dans un petit village du sud de la France. Elle doit organiser dans l’urgence les funérailles de sa mère, avocate volage, qu’elle ne voyait plus guère.

Les frères Larrieu font partie de ces cinéastes d’ambiance, immédiatement reconnaissables, qui retravaillent les mêmes thématiques dans chacun de leurs films. Un cinéma de la libération sexuelle, du plaisir, de la volupté, du vin, de la nature, parfaitement représenté par ce 21 nuits avec Pattie qui fait partie de leurs œuvres les plus accessibles. La trame, très classique, suit l’éveil sexuel d’une femme timorée (incarnée par Isabelle Carré) qui va apprendre à s’ouvrir et à retrouver le plaisir. Le conte initiatique ronronne mais les cinéastes parviennent à le sublimer grâce à leur science des mots et de l’image. La mise en scène des frères Larrieu n’a jamais été aussi belle, magnifiant les paysages de campagne et de forêt, tantôt grandioses, tantôt inquiétants. La photographie et la musique s’amusent à passer de la comédie bucolique solaire au conte horrifique, avec la même élégance. Des décors splendides au sein desquels gravite une incroyable galerie de personnages secondaires qui jubilent à déclamer des dialogues parfaitement écrits, servis sur un plateau.  Denis Lavant hérite d’un personnage surréaliste, bête alcoolique hideuse, s’exprimant par grommellements et pourtant doté d’une aura sexuelle totale. Laurent Poitreneaux surprend avec un personnage de flic mystérieux, lettré, étonnamment charismatique. André Dussolier cabotine avec jubilation, en écrivain nécrophile aux sautes d’humeur imprévisibles.

La fameuse Pattie n’est pas l’héroïne du film mais symbolise parfaitement l’univers des Larrieu. Un personnage de femme libérée, racontant avec gourmandise et passion chaque instant de ses aventures sexuelles, qu’elle vit avec la même intensité. Utilisant des mots crus pour illustrer et non pour choquer. Célébrant l’ivresse, le vin, la rencontre éphémère, et les fabuleux paysages de sa région. Karin Viard n’a jamais été aussi à l’aise, s’embarquant dans des récits sexués magnifiquement écrits, incroyablement jubilatoires. Où l’on sent l’amour des mots et le plaisir de jouer qui fonde le cinéma des Larrieu. 21 nuits avec Pattie se déguste avec délectation, fêtant comme personne l’hédonisme et le plaisir. On regrette alors peut-être que l’esprit libertaire ne s’exprime pas autant au sein d’un scénario beaucoup plus classique. Qui met du temps à rendre intéressant le personnage d’Isabelle Carré, déjà vue de nombreuses fois dans ce type de rôles. Et qui passe trop de temps à envelopper son récit d’une ambiance surréaliste héritière des contes freudiens, ses symboliques de petit chaperon rouge, de loup et de forêt. Quelques réserves qui n’entachent pas notre plaisir de spectateur devant un spectacle incroyablement beau, souvent très drôle. Une porte d’entrée idéale pour découvrir l’étrange univers de ses auteurs qui ont su imposer leur style au sein du cinéma français.

Gilles Hérail

21 nuits avec Pattie, une comédie française des frères Larrieu avec Karin Viard, Isabelle Carré et André Dussolier, durée 1h55, sortie le 25 novembre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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Gilles Herail

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