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[Critique] « Le grand partage» : comédie politique criarde et outrancière

[Critique] « Le grand partage» : comédie politique criarde et outrancière

25 décembre 2015 | PAR Gilles Herail

Le nouveau film d’Alexandra Leclère pouvait compter sur un pitch prometteur et un casting impressionnant réunissant Karin Viard, Didier Bourdon, Valérie Bonneton et Josiane Balasko. Le sujet était passionnant mais le traitement outrancier et criard tue dans l’œuf l’ambition louable de proposer une satire politique grinçante. Une vraie déception.

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Extrait du synopsis officiel : Un hiver pire que jamais. Le gouvernement publie un décret obligeant les citoyens français les mieux logés à accueillir chez eux pendant la vague de froid leurs concitoyens en situation précaire. A l’heure du Grand Partage, un vent de panique s’installe à tous les étages dans un immeuble très chic de la capitale.

Le nom d’Alexandra Leclère est peu connu du grand public mais la réalisatrice fait partie des valeurs montantes de la comédie hexagonale avec deux larges succès à son actif (Les sœurs fâchées et Le prix à payer). Son dernier film, Maman n’avait pas rencontré le succès escompté et illustrait bien les faiblesses d’une cinéaste qui a du mal à tenir sur la longueur d’excellentes intuitions. Après l’opposition Paris/Province, la place de l’argent dans la société et les relations mères/filles, Le grand partage s’attaque à une nouvelle thématique sociale et politique. Le pitch est ambitieux, se proposant de réunir la veine sociologique de Chatillez et le politiquement incorrect farceur de Qu’est-ce-qu’on-a-fait-au-bon-Dieu. Le casting s’offre des stars incontestées de la comédie française, réunissant Didier Bourdon, Karin Viard, Valérie Bonneton, Josiane Balasko et Anémone. Mais le produit final échoue pourtant à nous faire rire, handicapé par une écriture inconstante et une direction d’acteurs à la ramasse.

L’idée de départ du Grand Partage est passionnante, imaginant un grand soir socialiste qui remet en cause le sacro-saint principe de la propriété privée. Sans expropriation mais en imposant la réquisition de tous les grands logements pour accueillir les travailleurs précaires et assurer leur hébergement pendant la période hivernale. Les scènes d’exposition présentent efficacement le bouleversement provoqué par cette mesure, rappelant les mouvements de panique consécutifs à l’élection de François Mitterrand en 1981. Les postures de chacun, qu’ils soient de gauche ou de droite, laissent place à un sauve-qui-peut individualiste qui fait tomber les étiquettes politiques. Tout le monde en prend pour son grade, des bobos de gauche aux bourgeois de droite en passant par les concierges front national. Le ton se veut incisif, méchant, cynique mais la sauce ne prend jamais. Les personnages archétypaux sont interprétés par des acteurs en roue libre qui surjouent en permanence. Le concours de cris et de grimaces tourne en rond, emmenant le film vers du bruyant vaudeville. Le grand partage confond rythme et hystérie, grand guignol et satire, dans un vacarme lourdingue peinant à faire sourire.

Les intentions étaient pourtant là et on sent parfois la volonté de nuancer le propos et de complexifier le discours. L’idée d’une véritable comédie politique, mettant à jour l’hypocrisie des uns et les petites lâchetés des autres était séduisante. La volonté de représenter la grande précarité, de parler de mal-logement et de marginalité était plus que louable. Mais les maladresses s’accumulent, les ruptures de ton passent mal et les personnages évoluent sans aucune cohérence.  Alexandra Leclère avait dans les mains beaucoup de potentiel mais semble vouloir se réfugier dans les mauvaises habitudes de la comédie familiale hexagonale. N’arrivant pas à la cheville des Invités de mon père d’Anne le Ny (avec Karin Viard et Fabrice Luchini) qui reste le dernier exemple de comédie politique fine et incisive à la française. Aux familles qui cherchent un divertissement pour les fêtes, rabattez vous plutôt sur le premier film très réussi de Rudi Rosenberg, Le nouveau, qui mérite un succès plus large que ce Grand Partage ambitieux mais finalement très décevant.

Gilles Hérail

Le grand partage, une comédie française d’Alexandra Leclère avec Karin Viard et Valérie Bonneton, durée 1H43, sortie le 23 décembre 2015

Visuels : © photos officielles et affiches officielles des films
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Gilles Herail

2 thoughts on “[Critique] « Le grand partage» : comédie politique criarde et outrancière”

Commentaire(s)

  • Fandor

    Votre critique vise juste et japprouve :)
    Si les acteurs sont plutôt bons (Viard/Bourdon) et surtout la jeune sdf au talent prometteur Sandra Zidani, dautres rôles sont ridicules (Bonneton) voire inutiles car mal écrits (Chesnais).
    Le mixage est vraiment mauvais et la musique lourdingue.
    Quant au sujet, si la caricature aurait pu être tres drôle et le traitement plus fin, ici quelle déception : on dirait un film amateur où la real et les scenaristes ont fait un gloubiboulga navrant, sans queue ni tête et où les mal logés sont que des noirs, des sdf ou des roumains voleurs. La réalité est autre (et je sais de quoi je parle en tant qu’urgentiste du mal logement) et ce film veut donner de la FRance une image bien fausse et dégradante.
    « Une heure de tranquillité » avec Clavier etait presque plus subtil sur un sujet pas si éloigné. Bref, cest loupé et les chaînes télé qui invitent avec force les acteurs en promo, feraient mieux de voir les films avant d’en parler car cela sappelle tout simplement de l’escroquerie comme l’est ce « Grand partage ».

    décembre 28, 2015 at 10 h 17 min
  • Rubec

    Une idée originale illustrée par d’excellents acteurs, vous trouverez là, une comédie géniale pendant laquelle on rit de bon cœur sans voir passer le temps !
    En cette période difficile ce film surfe sur une actualité brûlante. De nombreux clichés, certes, mais pas si éloignés de la réalité, leur présence permet de mieux dénoncer les travers de la société.
    Une fin géniale qui bouleverse les aprioris habituels, les méchants ne sont pas toujours les mêmes et c’est pour cela que les critiques « moralisatrices » sont sévères, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire …
    Aller voir ce film et vous comprendrez pourquoi …

    janvier 1, 2016 at 18 h 23 min

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