Cinema

[Arras, Avant-première] « Loin des hommes », il y a Viggo. Seul avec sa guerre intérieure

[Arras, Avant-première] « Loin des hommes », il y a Viggo. Seul avec sa guerre intérieure

14 janvier 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans les montagnes d’Algérie, Viggo Mortensen enseigne le français à des enfants d’éleveurs. Et se retrouve un jour à devoir accompagner un meurtrier jusqu’à une ville. Tout ceci se passant en 1953, à l’aube de la guerre d’Algérie… Après Jauja (pas encore sorti en France), nouveau chapitre de l’odyssée introspective de Viggo, interprète mais aussi co-producteur. Profond et maîtrisé, avec un climat et un rythme originaux.

[rating=4]

Loin des hommes 2Son casting est tellement original qu’on croit tout d’abord à un buddy movie, un film de duo. En fin de compte, c’est Viggo le véritable personnage principal de ce parcours initiatique. Dans Loin des hommes, il parle français. Instituteur d’origine espagnole né en Algérie, il se trouve un jour obligé de quitter son école située à l’écart de tout. Fusil à la main. Pour accompagner un meurtrier (Reda Kateb, fébrile et habité), à la ville où il sera jugé. Ils empruntent la piste, puis finalement, les montagnes. C’est que des Algériens les poursuivent. Plus tard, ils redescendront. Lorsque des militaires français les assureront qu’ils ont « nettoyé » la piste… Ce professeur était un soldat, auparavant. Il pensait en avoir fini après la Seconde Guerre mondiale. Les conflits vont le poursuivre.

Ce film se situe à un moment-charnière, en 1953. Notre voyageur évolue sur un terrain friable, croisant d’anciens camarades avec lesquels il s’est battu. Qui pourraient bien être amenés, aujourd’hui, à le tuer. Calme la plupart du temps, Loin des hommes fait ainsi surgir des scènes d’affrontements armés qui viennent rompre son rythme paisible. Et ne s’étendent pas. David Oelhoffen maîtrise son outil de façon à produire des sensations, et à nous emmener au cœur du voyage. Une violence sèche se met à embraser le pays décrit. Elle s’empare également peu à peu de notre professeur, contraint de tuer pour se défendre. Et on découvre avec lui qu’il est trop tard. Qu’il ne peut échapper à la guerre. Son compagnon, plus jeune, peut, lui : il faut donc le sauver…

Ce film à la puissance discrète continue le processus entamé avec une œuvre tout aussi envoûtante, Jauja (lisez notre critique de ce film, vu au dernier Festival de Cannes). Homme aux intérêts artistiques et aux origines multiples, Viggo Mortensen se chercherait-il, en tant qu’être humain ? userait-il du cinéma avec ce dessein ? Impossible de savoir. Il faut juste attendre la suite de cette odyssée où on le voit évoluer, en solitaire, dans la montagne. Un parcours qu’on est en droit de trouver stimulant, et universel, donc pas mégalomane. Qui lui permet par ailleurs de composer, à l’aide de ses habituelles expressions subtiles, une figure marquante.

Loin des hommes, un film de David Oelhoffen. Avec Viggo Mortensen, Reda Kateb, Vincent Martin, Djemel Barek, Nicolas Giraud, Yann Goven. Drame franco-algérien. Durée : 1h41. Sortie le 14 janvier 2015.

Visuel : © Michaël Crotto

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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