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[Critique] « Qui vive » Reda Kateb magnétique dans une chronique sur la lente usure de la banlieue

[Critique] « Qui vive » Reda Kateb magnétique dans une chronique sur la lente usure de la banlieue

14 novembre 2014 | PAR Gilles Herail

Qui vive est l’exact opposé de Bandes de Filles. Opposant à la stylisation de Céline Sciamma un naturalisme sans effets, Marianne Tardieu souhaite parler de la lente usure, du découragement latent d’un homme qui veut simplement pouvoir tracer sa petite route, interprété par un Reda Kateb toujours aussi magnétique.

[rating=3]

Synopsis officiel: Retourné vivre chez ses parents, Chérif, la trentaine, peine à décrocher le concours d’infirmier. En attendant, il travaille comme vigile. Il réussit malgré tout les écrits de son concours et rencontre une fille qui lui plaît, Jenny… Mais au centre commercial où il travaille, il perd pied face à une bande d’adolescents désœuvrés qui le harcèlent. Pour se débarrasser d’eux, il accepte de rencarder un pote sur les livraisons du magasin. En l’espace d’une nuit, la vie de Chérif bascule…

La rentrée cinéma nous a permis de découvrir le décor de la banlieue sous de nouveaux angles. Le point de vue féminin de la Bande de filles pleine d’attitude et de charisme de Céline Sciamma. L’espoir d’une jeune héroïne qui souhaite quitter les tours de La Courneuve des années 80 dans Papa was not a rolling stone. La passion et l’amour fou, sources de conflits entre communautés gitanes dans l’électrisant Geronimo de Tony Gatlif. Des points de vue et des styles radicalement différents, mais animés par une même énergie, un rythme, une envie. A l’opposé de Qui vive, marqué par son fatalisme un brin déprimant. Chérif, le personnage principal, assume ses petites humiliations quotidiennes comme il le peut. Revenu chez ses parents, il exerce un métier de vigile dans lequel il n’est pas à sa place, poussé à bout tous les jours par une bande d’ados qui l’a pris en grippe, tentant en parallèle d’enfin décrocher son diplôme d’infirmier,

Qui vive est un film sur la résilience, et les dents serrées. Résister à la tentation de l’illégalité, de la violence, de la facilité. Résister aussi à cette mollesse, cette frustration ambiante qui s’installe et pourrit l’ambition. Marianne Tardieu ne force pas le trait en surajoutant des éléments « sociaux ». Son film tient sur un fil très ténu, ne multiplie pas les rebondissements dramatiques, et se focalise entièrement sur l’errance de son personnage principal. Il fallait un comédien de la trempe de Reda Kateb, déjà remarqué dans Hippocrate ou Gare du Nord, pour donner un intérêt au film. L’acteur confirme un jeu à part, à la fois très ancré dans le réel, auquel s’ajoute un soupçon d’étrangeté dans la voix, les traits, la démarche. Qui vive est anti-spectaculaire, frustrera les amateurs de cinéma plus brillant. On sort un peu déprimé de cette chronique assez glaçante sur l’enfermement et la résignation. Qui utilise heureusement pour quelques scènes l’enthousiasme d’Adèle Exarchopoulos et souhaite se conclure sur une note un brin plus optimiste.

Qui vive, un film de Marianne Tardieu avec Reda Kateb, durée 1H23, sortie le 12/11/2014
Visuels et bande-annonce officiels du film.
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Gilles Herail

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