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« Mignonnes » : Maïmouna Doucouré dénonce l’hypersexualisation des jeunes filles

« Mignonnes » : Maïmouna Doucouré dénonce l’hypersexualisation des jeunes filles

23 août 2020 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Mignonnes est le premier long-métrage de la réalisatrice Maïmouna Doucouré. Elle y raconte comment, face à l’influence des réseaux sociaux et l’hypersexualisation de la femme, Amy, 11 ans, tente de se construire. Un film important qui repose la question des modèles de féminité. 

Amy, 11 ans, vit en banlieue parisienne dans un climat familial bouleversé par le mariage de son père avec une autre femme. Tentant d’échapper aux tensions, elle se rapproche des « Mignonnes », quatre filles qui se retrouvent pour danser ensemble dans le but de participer à un concours de danse. Elle fait tout pour intégrer la bande et s’initie à des danses lascives afin de gagner leur confiance et de les mener vers la victoire. Elle se force alors à grandir trop vite en se rattachant à une féminité hypersexualisée vendue par les réseaux sociaux. 

Déjà récompensée pour ses courts-métrages, Maïmouna Doucouré témoigne tout d’abord de son histoire. Comme elle l’avait fait dans Maman(s), elle parle à travers le personnage d’Amy de la polygamie vue dans les yeux d’une petite fille noire en France. Portée par la jeune Fathia Youssouf, petite pépite de ce film, la fillette a grandi avec une image de la femme soumise à son mari et à son rôle de mère. Si l’on peut voir Amy partagée entre une éducation religieuse très présente à la maison et ce que ses nouvelles amies vont lui apprendre au collège, ce n’est pour autant pas le sujet du film, qui s’intéresse au passage à l’âge adulte à l’heure des réseaux sociaux et des dictats de la société moderne. 

« Quels outils donnent-on à nos enfants pour se construire ? »

Filmé à hauteur d’enfant, Mignonnes nous glisse dans la peau d’Amy sans aucune distance mais surtout, sans aucun jugement. Elle est à un moment charnière de sa vie, ce moment délicat du passage à l’âge adulte où l’on se raccroche à ce que l’on peut pour se construire. On se cherche, on tente de se comprendre et de s’affirmer. On veut aussi grandir trop vite parce qu’on est convaincu qu’être grand signifie toutes les libertés. Les jeunes filles se tournent alors vers les réseaux sociaux, bourrés d’injonctions à être belle, mince et sexy, et dont on ne maîtrise que trop peu l’influence et la violence. Comment peuvent-elles se construire quand ceux-ci leurs apprennent que plus on est dénudée, plus on va être « aimée » ?

Maïmouna Doucouré utilise très justement la danse pour dénoncer cette emprise nocive qui agit sur l’esprit pour se traduire sur le corps. Prenant comme modèle la féminité hypersexualisée qu’elles voient sur les réseaux sociaux, les « Mignonnes » vont ajouter à leurs chorégraphies des mouvements sensuels et provocants, terriblement en décalage avec leurs onze années d’existence. Le passage du film est dérangeant et tant mieux. On voit leur corps de fillettes se déhancher, glisser sur le sol les jambes écartées et se mordre les lèvres. On a envie qu’elles s’arrêtent, de leur dire que tout va bien aller et de revenir aux blagues et à la naïveté des scènes précédentes. « Ce film est un cri d’alarme, explique la réalisatrice. Quels outils donne-t-on à nos enfants pour se construire ?« . Elle même témoin de ce genre de situation, elle savait la nécessité d’ouvrir les yeux sur ce phénomène. 

Aller au-delà de la polémique

Alors que le film est sorti en salles mercredi 19 août, Netflix annonçait sa disponibilité sur la plateforme dès le 9 septembre prochain. Avec cette information figurait une affiche plutôt dérangeante et très différente de celles que l’on a pu voir au cinéma et ailleurs. Les quatre fillettes y sont représentées en tenue de danse sexy dans des positions pour le moins suggestives, image d’une scène du film tout droit sorti de son contexte. Twitter s’est donc enflammé dénonçant un sérieux malentendu dans la communication, de sorte que Netflix a dû retirer l’image. 

Au delà du fait que cette affiche laissait entendre un film bien différent, elle montre que Netflix n’avait pas compris l’idée de Maïmouna Doucouré. Bien au delà de sexualiser pour dénoncer la sexualisation, celle-ci montre le cheminement subit pour en arriver là. Si Amy commence à s’intéresser au « twerk », ce n’est pas pour fuir la rigidité d’une éducation religieuse stricte comme aurait pu le faire la réalisatrice de manière caricaturale. C’est parce qu’elle est à un moment précieux de l’existence, celui où ce ne sont pas l’arrivée des règles qui définit quand on devient une femme, mais bien sa propre recherche de la féminité et son affirmation personnelle.

Tout cela ne se construit pas en un jour, il faut prendre le temps de grandir et pouvoir être accompagné, et non pas par les divas d’Instagram en maillot de bain qui accumulent les likes et les commentaires flatteurs. C’est bien ça que le film nous demande de retenir : il faut travailler sur ces mécanismes que l’on ne contrôle pas pour que les jeunes filles puissent grandir en cohérence avec elles-mêmes. À regarder le dernier clip de la chanteuse Cardi B ou encore à quel point on peut désormais se déformer le visage grâce aux filtres, il était urgent de réaffirmer la puissance des apparences, en particulier sur les plus jeunes. 

 

 

Mignonnes de Maïmouna Doucouré, avec Fathia Youssouf, Médina El Aidi-Azouni, Maïmouna Gueye. France. 2019. 1h35. Sortie en salles le 19 août. 

 

Visuel : Affiche © BAC Films

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Alice Martinot-Lagarde

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