Danse
Julie Botet & Mélanie Favre : « PUCIE commence à table car c’est là que tout commence »

Julie Botet & Mélanie Favre : « PUCIE commence à table car c’est là que tout commence »

24 août 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Initialement programmée en avril 2020, PUCIE, la création de la compagnie des Sapharides verra bien le jour ! Et ce sera le 11 septembre au Vivat, à  Armentières.  Julie Botet et Mélanie Favre ont accepté de nous parler de ce projet très organique. Rencontre. 

 

Comment les choses ont-elles repris depuis la fin du confinement, comment se passe votre travail en ce moment ?

Plutôt bien, cette saison a été très mouvementée mais nous avons eu la chance d’obtenir de belles réponses pendant et après le confinement. L’obtention des subventions attendues et le report de nos dates en septembre prochain nous laissent plus de temps pour terminer sereinement la création de PUCIE. Nous démarrons la prochaine création, sous l’aile du dispositif Happynest- Superamas qui sera également soutenue par le Vivat d’Armentières pour la première en 2022. Nous danserons également notre deuxième création Dolores à l’occasion les journées du Matrimoine en septembre également à la salle des Fêtes de Fives, avec le Théâtre Massenet. Quelques ateliers Fleshdance (en lien direct avec PUCIE) sont prévus pour l’été et la rentrée ! Nous sommes ravies de ces nouvelles.

Quelle est la place, le rôle, de votre compagnie au Vivat ?

Cette année nous avons bénéficié du dispositif Résidence Tremplin 2019 (anciennement nommé Pas-à-Pas), proposé par la DRAC Hauts-de-France . Le Vivat a donc été pour nous une maison, un refuge, un endroit ressource et un cocon… Nous y avons passé beaucoup de temps et connaissons bien maintenant les membres de l’équipe, qui sont des personnes formidables ! Pendant ces six mois de résidence tremplin, nous avons été en résidence à la maison des artistes et avons bénéficié des connaissances et du soutien du Vivat, dans tous les domaines quand nous en avions besoin. Aujourd’hui nous nous sentons profondément liées au Vivat et ça va continuer puisque, en plus d’être partenaire d’Happynest, le Vivat nous soutiendra pour notre prochaine création !

Pucie, votre création, met réellement des femmes à table, parlez moi de cette symbolique, qui étonnamment résonne en ce moment avec l’importance de la cuisine dans nos vies recluses.

PUCIE commence à table car c’est là que tout commence. « Nous mangeons, nous faisons l’amour et nous accouchons sur une table, tout commence là », dit le Conseil des Treize Grands-Mères. La table est l’élément scénographique central de la pièce. Tout a été créé et pensé avec et autour de cette table, qu’elle soit visible ou non elle est en permanence présente, comme un lieu on l’on reviendrait perpétuellement. Le moment autour de la table est un clin d’œil aux tâches culinaires imposées à nos grands-mères et mères mais malgré tout un moment commun de femmes, longtemps resté exclusivement féminin. Ce moment nous unit, nous réunit, nous élève. Le rapport à la nourriture et l’espace de la cuisine nous inspire beaucoup, et bien avant que le Covid pointe le bout de son nez. Nous aimons travailler avec les fruits et légumes, la matière juteuse et colorée nous permet de connecter avec la chair, l’eau, le sang, les viscères et de penser un érotisme brut et animal. Quant à l’espace de la cuisine en lui-même, il est vrai que nous nous retrouvons souvent toutes les deux dans nos cuisines respectives. C’est là que nous prenons des décisions, c’est là que nous échangeons sur nos idées, nos journées. L’imaginaire de la cuisine a aussi été un point de départ pour notre seconde pièce Dolores. En effet, l’une des consignes que nous nous sommes donné, pour créer, a été de nous imaginer en train de danser dans notre cuisine.

Votre danse est quasi tribale, terriblement organique. Racontez moi vos origines chorégraphiques.

Nous puisons dans ce que nous aimons et ce qui nous anime personnellement. Le travail à deux permet de démultiplier les inspirations et références. Nous n’avons pas forcément toutes les deux les mêmes inspirations mais nous savons les unir. Nous avons reçu toutes les deux des formations en danse contemporaine et classique dans des centres de formations professionnels entre Roubaix, Berlin, Barcelone et Bruxelles. Nous avons alors choisi de déconstruire ces modes d’apprentissage traditionnels pour revenir à des danses plus instinctives, libres et cathartiques. Cela passe par des danses africaines, extatiques, soufi, d’Amérique centrale, d’Europe ou encore du Japon. Tout y passe car tout cela nous inspire, l’essentiel étant l’authenticité et la sincérité dans le mouvement. C’est ce qui fait que cela vous paraît organique ou tribal, c’est parce que cela sort de nos ventres, des entrailles. Nous cherchons une danse qui connecte avec le biologique et le métabolique.

Et d’ailleurs, êtes vous d’accord avec cette idée quasi animale ? Est-ce que vous voulez montrer le corps dans son aspect premier : par ce qui en sort?

Nous sommes à notre manière des animaux, eux aussi nous inspirent dans cette idée de quête de l’origine, du primaire. En tout cas nous aimons que nos corps soient les plus naturels possibles, qu’ils dansent avec leurs forces et leur faiblesses, qu’ils véhiculent un bout d’histoire, qu’ils témoignent. En exposant et en partageant nos corps en trans, en sueur, en salive etc., nous apprenons à connaître, à accepter nos corps, que ce soit le nôtre ou celui de notre voisin-e. C’est d’ailleurs ce qui nous a poussé à créer les Fleshdance, qui signifie danse de la chair. Au sein de ces ateliers nous poussons les gens à se dépasser par les vibrations, à transcender leurs chairs. Nous avons aussi un exercice directement inspiré de PUCIE, qui est de trouver notre « Lucy » (en lien avec l’autralopithèque femme retrouvée en 1974 en Ethiopie). Elle est cette créature mi- femme, mi-primate dont le corps n’est pas encore soumis à des codes sociétaux de « bonne conduite », son corps est de courbes et de chair.

Comment travaillez vous la nudité ?

On ne la travaille pas vraiment car elle arrive de manière tout à fait naturelle, les corps sont chauds, transpirants, salis et se dévêtissent.
Au risque de paraître cliché, la nudité est l’habit de notre âme et un corps nu n’est pas toujours le moyen de se dévoiler. Pour ce qui est de PUCIE, sans trop vous en dire pour garder un peu de mystère, la nudité en ce qu’elle est chair est constante mais jamais totale.

Et, c’est un sujet qui me fascine, comment écrivez vous la danse ?

Le plus souvent nous partons d’improvisations avec une consigne bien précise. En fonction de ce qui en sort, on garde, on creuse, on jette. Sur le plateau il nous arrive d’avoir des passages totalement improvisés mais il y a toujours une contrainte ou un fil rouge.
On aime aussi faire des partitions très écrites, où tout est précis au millimètre près. Ces casses têtes sont stimulants et font pleinement partie de notre écriture.

Dans votre rapport aux fluides, qui est le grand axe de Pucie, quelles sont vos icônes, littéraires et plastiques ? J’ai beaucoup pensé en voyant vos répétitions à l’oeuvre de Marina Abramovic, que j’adore.

Pour cette pièce, mais aussi de manière générale Marina Abramovic est effectivement l’une de nos grandes sources d’inspirations. Tout comme Maguy Marin, Phia Ménard, Tsi Ming-Liang, Frida Kahlo, Virginie Despentes, Clarissa Pinkola Estès, Audrey Lorde et bien d’autres encore.

Visuel : ©Bertrand Rey

Informations pratiques

LE VIVAT
Scène conventionnée d’intérêt national
art et création

Place Saint Vaast 59280 Armentières

 

Infos pratiques

Compagnie Carnets de voyages
Espace culturel Georges Brassens
le_vivat

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