Arts
A l’endroit, à l’envers : petite plongée dans le Kâma-Sûtra

A l’endroit, à l’envers : petite plongée dans le Kâma-Sûtra

01 octobre 2014 | PAR Megane Mahieu

Alors qu’une exposition ouvre demain à la Pinacothèque sur le Kâma-Sûtra et que Jean-Jacques Pauvert l’éditeur des textes les plus beaux et les plus sulfureux de la littérature française (de Sade à Bataille) nous a quittés il y a quelques jours nous donnant envie de replonger dans ces œuvres, l’érotisme retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesses. 

« 1. Lorsque la femme est sur le dos et que l’homme est couché sur elle, c’est la cédille.
2. Lorsque l’homme est sur le dos et que sa maîtresse est couchée sur lui, c’est le c.
3. Lorsque l’homme et sa maîtresse sont couchés sur le flanc et s’observent, c’est le pare-brise.
4. Lorsque l’homme et la femme sont couchés sur le flanc, seul le dos de la femme se laissant observer, c’est la Mare-au-Diable. »

Ces quelques vers sortent de l’imaginaire fantasque de Paul Eluard et André Breton qui dans le poème « L’Amour » donnent à lire un Kâma-Sûtra ludique et audacieux, sublimé par l’insolence de la langue française. Ces drôles aphorismes du désir, Arthur H les a récemment mis en chanson avec Lou Doillon pour partenaire de jeu de langue dans son très bel album  L’Or d’Eros où le chanteur donne corps aux textes de Pierre Louys, Georges Bataille ou encore James Joyce.

Le terme de Kâma-Sutra peut aujourd’hui prêter à rire, engendrant là les interprétations les plus puériles et scabreuses. Bon nombre de jeunes adolescents ont longtemps fantasmé l’ouvrage comme une Bible du sexe pour en finir déroutés par ces corps astucieusement imbriqués. Aujourd’hui, beaucoup semblent se contenter d’un clic sur un site bien ciblé par les critères de leurs choix pour se renseigner sur les pratiques sexuelles …

C’est dans l’Inde médiévale que naît la première version du Kâma-Sûtra, que l’on attribue à Vâtsyâyana. Si on ne retient de l’ouvrage que le déploiement des positions sexuelles, le livre est à la base conçut comme un manuel destiné aux classes aisées sur les pratiques amoureuses en général. Ainsi le Kâma-Sûtra inspire les amants les plus acrobatiques, adeptes de sensations nouvelles, mais offre aussi une vision de la vie privée dans la société de l’Inde ancienne. Sous le prisme de l’amour physique, le livre est aussi une allégorie de l’union au Divin.  Les thèmes développés vont du « choix d’une épouse » aux « courtisanes » et traite de domaines autres que sexuels comme la musique ou la nourriture.  

Le Kâma-Sûtra est exporté bien tard compte tenu de son ancienneté : l’anglais Richard Francis Burton le traduit en anglais en 1876, et il faut attendre 1963 pour que le livre devienne légal au Royaume-Uni. Alors que l’Inde d’aujourd’hui ne cesse de brimer son peuple, les femmes en premier lieu, il est étonnant de voir la liberté décrite dans le Kâma-Sûtra, à une époque si ancienne. L’homosexualité féminine et masculine y est ainsi inscrite.

Quand Eluard et Breton écrivent dans leur poème « l’amour multiplie les problèmes », ce serait pour répondre aux multiples combinaisons des corps que le Kâma-Sûtra propose.  En effet, dans sa version la plus répandue, ce sont 64 positions illustrées qui ornent l’ouvrage, ce qui ne constitue toutefois qu’un chapitre du livre à proprement parler.

Demain s’ouvre à la Pinacothèque l’exposition « Le Kâma Sûtra : spiritualité et érotisme dans l’art indien. », une plongée dans près de  » 350 œuvres exceptionnelles dont celles de la collection de Shriji Arvind Singh Mewar, maharana d’Udaipur et la remarquable collection de Beroze et Michel Sabatier – sculptures, peintures, miniatures, objets de la vie quotidienne, « livres de l’oreiller », ouvrages illustrés que l’on offrait aux jeunes mariés jusqu’au XIXe siècle afin de faire leur éducation érotique -, organisées selon les sept sections du Kâma-Sûtra ». Une exploration historique et esthétique donc sur cet ouvrage si singulier.

Visuels : ©wikipedia

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Megane Mahieu

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