Opéra
Matsukaze à l’Opéra de Lille, un conte japonais onirique orchestré par Sasha Waltz

Matsukaze à l’Opéra de Lille, un conte japonais onirique orchestré par Sasha Waltz

01 octobre 2014 | PAR Audrey Chaix

L’Opéra de Lille fête sa rentrée avec une toute nouvelle charte graphique, dont les à-plats de couleur et les courbes tout en douceur rappellent l’univers de l’aquarelle, et surtout avec Matsukaze, une pièce mêlant opéra et danse créée en 2011 à La Monnaie de Bruxelles. Cet opéra japonais, écrit par l’auteur contemporain Toshio Hosokawa d’après une pièce du 14e siècle, est mis en scène par Sasha Waltz. Elle a assez peu tourné en France, et c’est une véritable chance pour le public lillois que de voir cette petite merveille sur le plateau de leur opéra. 

Inspiré du nô japonais, Matsukaze conte l’histoire de deux sœurs éprises du même homme : même après leur mort, leur âme continue de le convoiter dans une errance perpétuelle, sous le regard d’un moine à qui leur histoire est narrée par un pécheur. Entre présence prégnante du rêve et évocation onirique d’une nature qui façonne les âmes humaines, Hosokawa propose un opéra atemporel, qui repose avant tout sur les passions animant les êtres humains ainsi que sur leur impuissance face aux forces naturelles – thème qui trouve un dramatique écho dans le souvenir de la catastrophe de Fukushima, où l’homme a pris conscience de son arrogance face à la nature.

De cet opéra japonais méconnu en Europe, Sasha Waltz tire une chorégraphie somptueuse, magnifiée par une scénographie inventive et magique. Cinq tableaux, sobrement intitulés Mer, Sel, Nuit, Danse et Aurore, se succèdent sur un plateau dénudé, qui sert de toile de fond aux différents éléments de décor amovibles. Tout commence avec le bruit des vagues, qui semble animer les danseurs pour faire naître l’univers de Matsukaze alors que huit personnages restent assis en rond à jardin, imperturbables – jusqu’à ce que l’on comprenne qu’ils forment le chœur de ce conte tragique.

Sur la partition que lui offre Hosokawa, Sasha Waltz tisse une poésie de l’épure, dont le langage serait fait de couleurs froides magnifiées par les jeux de lumière, des fils de toile d’araignée figurant une immense dentelle noire, et des corps des danseurs, en totale harmonie avec les trois voix – celles du moine et des deux sœurs. Ainsi Sasha Waltz invente-t-elle un univers où les corps expriment la fragilité de l’humain tout autant que la force de la nature, qui perdure pour recueillir les âmes de ceux qui ont quitté le monde matériel.

Avec ce conte onirique dansé, Sasha Waltz offre un très beau moment au public lillois, qui était largement au rendez-vous pour la première de la saison. Rendez-vous dès le 17 octobre pour la suite des réjouissances, avec le Castor & Pollux de Rameau, dans une mise en scène de Barrie Kosky.

Photos : © Bernd Uhlig

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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