Politique culturelle
Anish Kapoor : réaction émue après le vandalisme de son oeuvre Dirty Corner

Anish Kapoor : réaction émue après le vandalisme de son oeuvre Dirty Corner

18 juin 2015 | PAR Flora Vandenesch

L’œuvre du plasticien britannique originaire de Bombay suscite la polémique depuis son installation, le 9 juin dans le parc du château de Versailles, l’un des sites les plus visités en France. Dirty Corner d‘Anish Kapoor, une trompe d’acier de 60 mètres affublée dans la presse du surnom de « Vagin de la Reine », a été vandalisée par des jets de peinture mercredi matin. 

La direction du domaine de Versailles a annoncé la nouvelle : « Une dégradation de l’œuvre Dirty Corner a été constatée mercredi matin. Il s’agit de jets de peinture superficiels. L’œuvre vient d’être nettoyée ». L’adjoint à la Culture de la mairie de Paris Bruno Julliard a tout de suite réagi : « L’oeuvre d’Anish Kapoor vandalisée à Versailles après celle de Mc Carthy place Vendôme : défendons la liberté de création des artistes! » La ministre de la culture Fleur Pellerin  a également manifesté son soutien sur Twitter : « Dégradation lamentable de l’œuvre d’Anish Kapoor au @CVersailles, atteinte à la liberté de création. Tout mon soutien à l’artiste. »

Anish Kapoor s’est exprimé dans une interview au Figaro : « Si cet acte de vandalisme dit quelque chose, cela parle plus d’une certaine intolérance qui apparaît en France que d’art quel qu’il soit. » Il ajoute : « Le fait de baptiser Dirty Corner d’un vulgaire « Vagin de la Reine » est une façon de rabaisser mon travail, de mettre l’art au niveau des injures, de salir mon œuvre et de l’associer par des mots offensants à un rejet facile et immédiat.(…) Je ne cherche pas la provocation. Je refuse donc catégoriquement que l’on associe Dirty Corner à l’œuvre de l’artiste américain Paul McCarthy, sexuellement explicite et revendiquée comme telle (l’oeuvre Tree, installée Place Vendôme pendant la dernière Fiac, a été vandalisée et démontée aussitôt).

L’artiste s’interroge sur la conduite à suivre : « Je ne sais pas si je dois la démonter ou la laisser en l’état, je vais y réfléchir. Il y a bien longtemps à Documenta, une œuvre de Joseph Beuys,(…) avait été vandalisée, peinte en rose, avec des graffitis de lapins. Beuys a retourné cette agression en utilisant ce graffiti de lapin dans d’autres œuvres postérieures. C’est l’énergie même de l’art que de chercher une solution ».

Invité au Grand Palais pour l’exposition Monumenta, Anish Kapoor avait investi les 13 500 m2 de la Nef en mai 2011, ses installations-sculptures de miroir poli, poudres de pigment, béton brut ou cire grasse, au coeur d’un jeu de formes à la fois organique et minimaliste. Au début des années 1990, Anish Kapoor s’est révélé comme une figure majeure parmi les sculpteurs britanniques adoptant un nouveau style et gagnant une reconnaissance sur la scène internationale. Il a produit un grand nombre d’œuvres gigantesques comme Taratantara, une pièce de 35 mètres de longueur installée dans le Baltic Centre des Arts Contemporaines à Gateshead en Angleterre et Marsyas, une œuvre d’acier et de PVC installée dans la salle des turbines de la Tate Modern en 2002, ou encore Cloud Gate, une sculpture d’acier inoxydable d’environ 100 tonnes, inaugurée au Millennium Park de Chicago en 2004.

Les oeuvres d’art vandalisées ont souvent pour objet le sexe ou la religion, comme la photographie Immersion Piss Christ, photo grand format d’un crucifix immergé dans un bain d’urine, de l’artiste américain Andres Serrano. L’oeuvre a fait plusieurs fois l’objet de vandalismes : en 1997, à la National Gallery of Victoria de Melbourne et en avril 2011, exposée au sein de la Collection Lambert, elle avait été détruite à coups de marteau. On pense aussi à l’installation des trois gigantesques Walkyries de Joana Vasconcelos, suspendues en hauteur dans la galerie des Batailles. Par leur gigantisme et leur texture, les sculptures de Joana Vasconcelos avaient apporté de l’humour et de la dérision au château de Versailles.

Visuel : (c) : Tadzio.

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Flora Vandenesch

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