Arts

Anish Kapoor éveille les sens à Versailles

Anish Kapoor éveille les sens à Versailles

08 juin 2015 | PAR Bérénice Clerc

Le Château de Versailles, important lieu historique français, visité par des touristes du monde entier accueille dans ses jardins et dans la salle du Jeux de Paume Anish Kapoor et ses créations. Fidèles à des habitudes de critiques ou polémiques incompréhensibles certaines œuvres contemporaines font déjà scandale avant même l’exposition ouverte au public.

 

Versailles, quelques kilomètres de Paris, un château, combien de pas ont foulé ses pavés depuis le départ de Marie-Antoinette, combien de langues résonnent dans ses murs toute l’année, chaque espace du jardin à la moindre porte est touché des yeux par des milliers de visiteurs souvent extatiques.

La directrice a le courage d’être de son siècle et de proposer à des artistes contemporains de faire dialoguer leurs œuvres avec le patrimoine historique du château. Le 9 juin, les créations d’Anish Kapoor seront visibles par tous les visiteurs. Sur les réseaux sociaux et les sites à tendance intégriste ou à pensée unique et souvent étriquée certaines de ces pièces font déjà polémique et même scandale.

Anish Kapoor s’est installé principalement dans les jardins, les fameux jardins de Le Nôtre, lisse, sous contrôle de l’Homme où la nature a une place géométrique, sculptée, rectiligne, précise, loin de la liberté sauvage des plantes.

Dirty Corner propose le désordre, une immense sculpture de tôle, d’énormes pierres, du marbre rouge de Versailles, de la terre explosée, des cratères, comme des gravats laissés là. Que c’est- il passé ? Est-ce un corps tombé pour l’inhumanité, un orifice ouvert, une oreille, un vagin béant sombre et impénétrable ? Peu importe, le visiteur fera sa propre expérience, son ressenti sera unique face à l’œuvre.

La polémique est inutile, le monde porte en lui la violence, phallus et vagins existent et peuvent être des symboles de pouvoir, rien de choquant ni pour les adultes ni pour les enfants qui pourront s’interroger sur cette sculpture immense sans y projeter des images toutes faites ou perverties par une fausse idée du corps et du monde qu’ils habitent.

Idem pour « Shooting into a corner » disposé dans un coin de la salle du Jeu de Paume. Face au tableau « Le don du corps », un canon de forme phallique comme tous les canons projette de la cire rouge dans un angle blanc. Une éjaculation pour certains, la peinture comme trace des corps laissés là déchirés par la guerre pour d’autres.

Politique, sexualité, pouvoir, sang et violence ne font-ils pas bon ménage depuis des siècles ?  De multiples lectures sont possibles, la violence de l’explosion et du rouge est une expérience pour les sens.

Sur la terrasse à l’entrée du jardin un miroir incurvé invite aux autoportraits, il renvoie une image inversée, la tête vers le sol ou extrêmement grossie sur les cotés. Un peu plus loin un miroir circulaire offre en hauteur un morceau de ciel et le reflet des visiteurs et du soleil, le cercle dans le cercle.

Enfants et adultes vont adorer un tourbillon vortex d’eau circulaire impressionnant à voir et à ressentir car des tremblements donnent la sensation que le monde fuit et se vide en son centre dans un tourment perpétuel.

 Caché dans le bosquet de l’étoile où l’herbe semble plus libre, une immense cube de bois percé d’un tunnel rouge est à regarder à l’intérieur comme à l’extérieur, il est même possible de s’amuser avec le son et de voir le ciel contenu dans un cercle comme un appel à la rêverie.

L’art doit vivre avec son temps, dialoguer avec l’histoire, ne pas avoir peur de la violence, beau, laid, peu importe il interroge, suscite le dialogue, donne l’invisible à voir, fait parler l’indicible et vivre le monde autrement. Laissons la poésie d’hier et d’aujourd’hui infuser et agir. Les visiteurs vivront des moments uniques, il vont aimer, adorer, détester, abhorrer les œuvres mais la polémique ou les tentatives de scandales sont inutiles elles ne servent absolument à rien et ne nourrissent aucune pensée constructive.

Visuels : (c) : Tadzio.

Infos pratiques

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

2 thoughts on “Anish Kapoor éveille les sens à Versailles”

Commentaire(s)

  • Mevanwi

    Quelle honte de souiller avec de soi-disant œuvres des lieux aussi emblématiques que la salle du Jeu de Paume !! La moitié de la salle est tronquée avec cette chose immonde, ce qui gâche totalement la solennité du lieu.
    Mais que se passe t’il dans les têtes des directeurs ou directrices des lieux historiques, censés être les gardiens de notre si riche histoires, pour accepter, voire demander, la mise en place d’horreurs dans ces lieux où des milliers de visiteurs (payants en ce qui concerne le Château de Versailles !) sont obligés de subir ces visions ?
    Arrêtez le massacre, et laissez ces lieux dans leur état originel ! Il existe bien des musées à Paris et en France qui pourraient accueillir ces expositions et laisser le choix aux visiteurs d’aller ou non les voir !

    juin 9, 2015 at 8 h 31 min
  • Didier Chassot

    Peu importe la valeur intrinsèque des oeuvres de Kapoor, là n’est pas la question. C’est leur installation dans les jardins de Versailles qui crée la polémique. Le parc conçu par Le Nôtre et Louis XIV est une oeuvre en soi, avec sa cohérence interne, qui demande à être contemplée dans son intégrité et sa pureté. La présence des oeuvres de Kapoor en rompt l’harmonie et en pollue la vue. Cet artiste se proposait d’installer le chaos à Versailles et il a parfaitement réussi. Mais une telle entreprise est scandaleuse, quasi sacrilège ; personne n’a le droit de disposer ainsi d’un lieu patrimonial et historique aussi important et symbolique, surtout à des fins essentiellement commerciales. Versailles est en effet utilisé comme un gigantesque support publicitaire pour promouvoir encore plus l’oeuvre de Kapooor, pour le plus grand profit de l’artiste, mais aussi et surtout des ploutocrates propriétaires et commanditaires de ses oeuvres.

    juin 15, 2015 at 8 h 59 min

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