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Nouvelles réactions face à « Immersion Piss Christ » d’Andres Serrano

Nouvelles réactions face à « Immersion Piss Christ » d’Andres Serrano

20 avril 2011 | PAR Lea Iribarnegaray

Nous vous parlions de la destruction en Avignon, par des chrétiens radicaux, de l’œuvre « Immersion Piss Christ » de l’américain Andres Serrano. Aujourd’hui, les catholiques français condamnent ce saccage dans leur grande majorité, mais sont plus divisés quant à l’œuvre elle-même.

« Immersion Piss Christ », photo grand format d’un crucifix immergé dans un bain d’urine, exposée au sein de la Collection Lambert, a été détruite à coups de marteau il y a quelques jours. Pour le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et Primat des Gaules, cette exposition est « une offense, une blessure profonde pour nous, surtout en cette Semaine Sainte, car elle touche celui qui nous a aimés jusqu’à l’extrême ».

Pour la revue catholique protestataire Golias, « on peut contester le bon goût et même la décence de la photographie dénoncée » mais demander son retrait, comme l’a fait l’archevêque d’Avignon, « semble maladroit ». Ceux qui s’en sont pris à cette photo « ne comprennent rien à l’art », a déclaré à l’AFP son rédacteur en chef Christian Terras.

Le metteur en scène Olivier Py, futur directeur du Festival d’Avignon et chrétien convaincu, ne s’est « pas senti agressé par cette œuvre » qu’il ne juge « pas blasphématoire, pas plus que les œuvres de Serrano en général ». « J’estime que les actes de violence qui ont conduit à la destruction de l’œuvre de Serrano salissent la cause qu’ils prétendent défendre. Ce sont des réactions indignes d’un chrétien. La liberté d’expression d’artiste est fondamentale et certainement pas bornée par des oukases religieux », a-t-il conclu.

Pour le spécialiste des religions Odon Vallet, « la réponse est violente et maladroite, car elle fait de l’artiste une victime (…) Ceux qui ont attaqué l’œuvre sont dans l’illégalité et font une publicité énorme à une exposition qui, jusque-là, n’était connue que dans un contexte régional ».

(c) Andres Serrano devant sa photographie « Immersion Piss Christ » après un autre acte de vandalisme, à la National Gallery of Victoria de Melbourne, en 1997

Sources AFP

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Lea Iribarnegaray

4 thoughts on “Nouvelles réactions face à « Immersion Piss Christ » d’Andres Serrano”

Commentaire(s)

  • Vanhoven

    Quelques imbéciles rendent gifle (physique) pour gifle (conceptuelle)… Et voilà les journalistes certains d’être dans le camp du Bien et des gentils progressistes, en train de brandir comme un symbole de la liberté (liberté de quoi ? à quel prix ? avec quelles conséquences ?), un pauvre flacon de pisse avec un crucifix en plastoc dedans.
    En un peu plus d’un siècle et demi on est passé de la bataille d’Hernani à la bataille pour un flacon de pisse.

    Comme les journalistes sont souvent des ânes enclins à regarder le doigt quand il montre la lune, ils ne portent pas leur regard sur la cote de Serrano (mais enfin, combien ont dénoncé la sordide accointance Pinault-Donnedieu de Vabres et la valorisation des cotes des oeuvres de Pinault – Koons, Murakami… – dans les lieux appartenant à la nation, donc au peuple, français…? Ah oui, faut-il rappeler que Donnedieu avait été directeur des collections de la Fondation Pinault à Venise avant de passer à la tête de l’Etablissement public de Versailles où il a pu ainsi exposer les médiocrités atterrantes du milliardaire Pinault, pour que ce dernier fasse monter leur cote et les revende dans la maison d’enchères qu’il possède aussi, Christie’s ?).
    La cote de Serrano augmente et, se croyant défenseurs de la liberté d’expression, les journalistes ne sont que les dindons de la farce d’un coup financier, ayant aidé à gonfler sa valeur financière, en un temps où en art seul le scandale et l’esbroufe confèrent de la valeur où autrefois l’esthétique seule le pouvait.
    Splendide époque de médiocrité !
    Lire à ce sujet l’excellente Nicole Esterolle : http://www.schtroumpf-emergent.com/blog/
    « Et puis il y a enfin le très scato- bigot- bigorneau -Serrano, dont la photo d’un crucifix trempé dans son urine a été violentée par une bande de jeunes crapauds de bénitier cagoulés, intégristes hitlériens du quartier. Lequel attentat, très bien exploité médiatiquement par Mézil, Ferrari et Cie, a multiplié immédiatement par trois la cote de ce « Piss Christ » sur le marché, au point qu’on se demande si les intégristes n’étaient pas manipulés, comme la jeune hystérique qui peu auparavant avait déposé un baiser rouge baveux sur un tableau de Twombly, ce qui avait triplé aussi sa cote et avait provoqué chez l’artiste de 92 ans une érection carabinée. « 

    août 12, 2012 at 13 h 58 min
  • L'Abbé Résina

    C’est là qu’on voit l’éternelle alliance libérale du fric et du goupillon, car ces sublimes nazes ont bien évidemment aidé à doper la cote de l’insupportable médiocre Serrano. Le savaient-ils en faisant cela ? Savaient-ils, ces enragés du bénitier, qu’ils participaient du spectacle qu’ils prétendent dénoncer au nom de leur foi ?

    L’histrion nihiliste et l’intégriste chrétien sont deux faces d’une même pièce, voilà tout, et je suis bien plus choqué par le niveau phénoménal de nullité artistique que représente ce « piss christ » que par ce blasphème à deux balles d’un pleutre qui a quelques siècles de retard. Quant aux intégristes, je crois que Muray a tout dit en son temps quand il disait aux djihadistes qu’ils ressemblaient bien plus à ceux qu’ils voulaient détruire qu’ils ne le pensaient. Ce vulgaire personnage qu’est Serrano serait resté minablement dans sa sordide cave avec ses fabrications monstrueuses, isolé du siècle (pour le plus grand bonheur de ce dernier), si quelques fous furieux n’avaient pas eu le génie de provoquer un tel scandale.

    Et bien sûr, tout ce ramdam médiatique a été fort utile dans l’occultation des véritables questions que posent ce genre d’énormités, à savoir pouvons-nous qualifier comme art ce néant conceptuel, ce ramassis de pisse abject fardé de considérations pseudo-intellos et aidé dans son entreprise par une pauvre croix christique (dont le potentiel artistique, lui, surpasse de loin l’oeuvre de Serrano) ? Et qu’est-ce que cela dit de l’état de notre société lorsque l’art ne se résume plus qu’à des esclandres médiatiques et des cotes financières, lorsqu’il s’agit de faire du scandale uniquement pour viser le scandale ?

    V. l’excellent Dany Robert-Dufour http://www.youtube.com/watch?v=i7vf5YDTWco

    août 13, 2012 at 12 h 37 min

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