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Mona Ozouf est élevée à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur

Mona Ozouf est élevée à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur

12 janvier 2021 | PAR Lise Ripoche

Chaque année, et depuis sa création en 1802, la Légion d’Honneur récompense celles et ceux ayant rendu à la France des « mérites éminents ». Mona Ozouf, en sa qualité d’historienne et de directrice de recherche émérite au Centre National de la Recherche Scientifique, s’est vue décorée du quatrième grade de Grand Officier. 

 

Selon la Grande chancellerie de la Légion d’Honneur, les critères d’attribution d’une telle distinction repose sur une « notion abstraite, hautement subjective et toujours fédératrice: les mérites éminents ». Récompensant autant le corps civil que le corps militaire, et depuis 2008, autant d’hommes que de femmes, la Légion d’Honneur entend faire valoir, par cette notion vague de « mérite imminente », la singularité de chacun. Osons donc la question, avec un peu de facétie et afin de la mieux la présenter: qu’est-ce qui fait le mérite singulier de Mona Ozouf ? 

Aujourd’hui âgée de 89 ans, Mona Ozouf est née en 1931 dans le Finistère. Élevée dans une famille d’instituteurs militants de la cause bretonne, c’est en se laissant « submerger » par les livres que Mona Ozouf rencontrera ses premières passions. A l’issue d’un parcours universitaire brillant, elle ressort agrégée de philosophie en 1955. Elle qui dit aimer « les méandres et les digressions » a su faire naître des hasards de la vie et des rencontres « une vocation et une nécessité intérieure ». 

C’est en 1962 qu’elle publie l’ouvrage L’École, l’Église et la République 1871–1914. Il est le premier d’une longue série d’écrits et contient déjà les thèmes d’une recherche qui sera dès lors l’oeuvre d’une vie: la Révolution et l’éducation. A travers ces thèmes Mona Ozouf réfléchit aux conditions de possibilités concrètes de l’histoire, notamment en ne laissant jamais réduire celle-ci à un récit univoque mais en cherchant toujours à replacer les grands événements politique dans ses dimensions les plus intimes, les plus domestiques. Elle est donc une auteure emblématique d’une nouvelle génération d’historiens, travaillant l’histoire comme un texte pluriel, dont la signification réside toujours dans la complexité spécifique à un temps donné. Avec la liberté propre aux esprits désireux de repenser les fondements de notre présent, Mona Ozouf revisite le passé, et en déploie les dimensions comme on déferait un origami. Elle observe les pliures, les lignes saillantes de l’histoire et réinvente les formes de la discipline. 

Amoureuse de la langue et des mots, son travail d’historienne s’entremêle parfois à l’histoire littéraire, notamment par l’exercice de la galerie de portraits écrits Les mots des femmes: une singularité française, mais aussi s’étend jusqu’à l’interrogation sur les affects du logos portée par Le langage blessé: reparler après un accident cérébral. Elle fait aussi paraître quelques monographies ou études génériques telles que La Muse démocratique, Henry James ou les pouvoirs du roman, et Les Aveux du roman. Le xixe siècle entre Ancien Régime et Révolution.

L’oeuvre prolifique de Mona Ozouf a le mérite de dessiner les contours d’une histoire commune renouvelée par la pluralité de ses intérêts, qu’elle entrelace avec élégance, ne cessant de tisser des liens entre les arts et l’histoire, l’intime et le politique, l’éducation et le langage.  

 

 

crédit visuel:©Laetitia Larralde

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