Cherkaoui, Verbruggen, Béjart : Trois chorégraphes autour de Ravel par le Ballet Vlaandern

30 mai 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Du 28 mai au 16 juin, Anvers, Gand et Bruges vivent au rythme du compositeur français. Le Ballet Vlaandern Antwerpen propose un triptyque aux chorégraphies tranchées sur une bande originale composée ou orchestrée par Maurice Ravel. Ce samedi 28 mai 2016, la première à l’Opéra de Anvers avec son Orchestre symphonique dirigé par Yannis Pouspourikas a été une soirée de voyage où l’on est passé par le Kiev de Moussorgski, l’Orient de Cherkaoui, le ring de la séduction du Boléro chez Béjart et la magie d’un conte de la mère l’Oye avec Jeroen Verbruggen.
Note de la rédaction :

La salle était comble à l’opéra d’Anvers pour la première de ce programme de danse autour de Ravel. La musique de la première partie du triptyque n’était… pas de Ravel, mais orchestrée par lui. Il s’agissait du Tableau d’une exposition de Modeste Moussorgski que le directeur artistique du Ballet Vlaandern a investi de son style unique, mêlant l’Orient à l’Ukraine, dans 45 minutes de chorégraphie sensuelle où les danseurs vêtus dans des tenues d’inspiration folklorique et chatoyantes par Tim Van Steenbergen jouaient avec de grands cadres dorés et des chaises en feutre rouge. Avec de grands tableaux sexys entre hommes, élégants entre femmes et des duos sensuels entre hommes et femmes, ainsi que des subtiles transformations de lumière orchestrée par Fabiana Picciolini, la lutte avec le cadre du genre permettait à Cherkaoui de reformuler l’une de ses questions clés sur la musique solennelle de Moussorgski. Un très beau moment de danse où l’on aurait aimé que le dialogue avec la musique soit peut-être plus poussé, mais qui a su nous séduire et nous emmener dans l’univers du chorégraphe.

Après un bel entracte, la deuxième partie de cette soirée Ravel attaquait dans le vif de la musique avec la Pavane et ma Mère l’Oye. Des costumes féeriques toujours signés par Tim Van Steenbergen, un jeu sur le blanc, le noir, le bien, le mal et une sphère à la Dan Garham, qui protège puis expose le couple comme un rayon de lune, sont au cœur d’un dispositif scénique simple. Première proposition à Anvers de Jeroen Verbruggen (un flamand connu pour son travail avec les ballets de Monte-Carlo), la chorégraphie était un petit bijou de jeu sur le ballet classique, laissant flotter les corps pour reprendre de la distance avec la tradition dans des mouvements plus hachés. Le clou du spectacle était un très beau déferlement horizontal des corps dans un clair-obscur qui jouait avec les conventions d’un genre très arrêté. Un chef d’œuvre de maîtrise, magnifiquement interprété et qui a entièrement séduit le public.

Après une deuxième pause, la dernière partie était la plus courte (15 min) et un monument : la fameuse chorégraphie du Boléro de Ravel par Maurice Béjart. Dans la salle, il y avait plusieurs danseurs ayant travaillé avec le maître. Et sur scène, alors que deux étoiles alternent dans le rôle principal, c’est un homme, Wim Vanlessen, qui était posé sur le piédestal rouge de la séduction absolue. Entouré uniquement d’hommes assis et faisant un grand ensemble sculptural de leurs corps, tous étant vêtus simplement d’un pantalon moulant noir, Vanlessen était un faune irrésistible. Élastique, exotique, sensuel, il entraînait – comme le veut a chorégraphie – les autres danseurs à le suivre dans un état d’adoration corporelle total. Un moment d’une intensité rare, d’un érotisme capiteux où l’orientalisme et la puissance de la pièce de Béjart montraient que la danse n’avait pas pris une ride. Le public a applaudi à tout rompre et debout, pendant près de dix minutes, cette incroyable performance.

Visuels : photos officielles.


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