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Conclusion de l’année Eldorado à l’Orchestre national de Lille

Conclusion de l’année Eldorado à l’Orchestre national de Lille

09 décembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

En contrepoint du programme Eldorado qui s’est déployé cette année sur la métropole lilloise, l’Orchestre national de Lille présente un programme aux couleurs hispanophiles sous la baguette de Josep Vicent.

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Si les « Alebrijes », ces statues très colorées qui accueillent le voyageur rue Faidherbe, à la sortie de la gare des Flandres à Lille, constitue le premier contact du public avec la programmation pluridisciplinaire Eldorado porté par la métropole du Nord pour cette année 2019, l’investissement de ce creuset artistique n’a pas oublié la musique, avec des partenariats essaimant dans l’ensemble de la grande région septentrionale, à l’exemple de Lille Piano(s) Festival et Saint-Riquier. En clôture de ce millésime festif, l’Orchestre national de Lille propose, sous la baguette avertie de Josep Vicent, un panorama très hispanophile balayant un siècle, depuis Falla jusqu’à aujourd’hui.

Pour ne pas être la plus contemporaine, Sensemaya de Silvestre Revueltas, créée en 1938, n’est pas la pièce la moins moderne de la soirée. Progressant à partir des premières mesures confiées à la clarinette basse et au basson, relayées par les cordes, la page développe un saisissant crescendo rituel, rythmé par une écriture percussive aussi suggestive qu’inspirée, qui se nourrit du patrimoine culturel aztèque. Loin de se confondre dans le pittoresque, la source ethnographique, à la fois évidente et accessoire pour s’immerger dans l’irrésistible énergie de ces sept minutes absolument maîtrisées, nourrit une vitalité, sinon une violence, expressive, que les musiciens lilloise restituent avec un engagement appréciable.

Après cette fascinante entrée en matière, le Concierto de otoño d’Arturo Márquez, compositeur mexicain rendu célèbre par son Danzon n°2, est donné ici en première française, un an après la création mondiale à Mexico, en septembre 2018. L’ouvrage s’appuie sur un langage moins brut, à la séduction mélodique plus immédiate, et dont l’éclat des quatre trompettes de Pacho Flores, dédicataire du concerto, se fait l’écho lumineux et enthousiaste, dès les premières notes de Son de luz, où la pâte orchestrale sert d’abord d’écrin à la générosité du soliste. Après la trompette en do du premier mouvement, le bugle donne corps à la méditation mélancolique de la Balada de Floripondios, avant que le cornet à pistons n’éclaircisse les couleurs, comme dans un cheminement vers une consolation rassérénée. Le finale, Conga de flores, à la trompette en ré, déborde de virtuosité jubilatoire. Les mélomanes ne s’y trompent pas, et réservent un accueil chaleureux à cette veine latino que l’on retrouve, de manière apparentée, dans un bis de Piazzolla.

Après l’entracte, les oreilles se rapatrient sur le Vieux Continent, avec l’Amour sorcier de Falla, placé sous le signe du flamenco. La fluidité dans l’enchaînement narratif du cycle est habité par les raucités idiomatiques de Marina Heredia, qui décline les souffrances amoureuses de la gitane, avec des accents de conjuration idéalement nichés aux confins d’une sorte de sorcellerie. Pour refermer ce programme croisant les séductions et les magies hispaniques, les couleurs et les saveurs de la phalange lilloise se mettent au service d’un autre versant de l’entêtant pouvoir des sons, l’ostinato du Boléro de Ravel, avec une efficace constance dans la dynamique, depuis les premiers battements de la caisse claire, placé juste en face du chef, jusqu’à un tutti qui ne cède jamais à la facilité sentimentale. Une belle clôture d’Eldorado !

Gilles Charlassier

Revueltas, Marquez, Falla, Ravel, Orchestre national de Lille, direction musicale : Josep Vincent, Auditorium Nouveau Siècle, Lille 5 décembre 2019

©Orchestre national de Lille

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