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L’Orchestre national de Lille joue Bernstein et Gershwin à La Philharmonie

L’Orchestre national de Lille joue Bernstein et Gershwin à La Philharmonie

12 janvier 2022 | PAR Victoria Okada

Invité au week-end Leonard Bernstein à la Philharmonie de Paris, L’Orchestre national de Lille a proposé, le 8 janvier dernier, après Lille et Calais, le programme « Jeremiah ». La première partie est placée sous le signe de jazz, alors que la deuxième montre la spiritualité du compositeur, avec la Symphonie n° 1 « Jeremiah » dont est tiré le nom du concert.

Depuis sa prise de fonction en 2016, Alexandre Bloch apporte constamment un souffle nouveau par son dynamisme et par ses programmes à la fois mûris et originaux. Le concert de ce début de l’année en est un exemple : il associe deux œuvres fortement inspirées de jazz, exaltantes et sympathiques, et une symphonie pour montrer que la musique pourrait permettre « de ressentir l’intensité des supplications du prophète envers son peuple » à travers la Lamentation de Jérémie.

Bon danseur sur le podium, Alexandre Bloch est à l’aise en dirigeant les Three danses episodes de Leonard Bernstein, tirées du ballet On the Town. Son énergie communicative se diffuse chez tous les musiciens, notamment dans le pupitre de cuivres qui brillent indéniablement. Les cordes sont épaisses, on dirait par moments des passages de Mahler, mais c’est aussi la marque de fabrique du chef qui excelle dans le répertoire germanique.

Dans la Rhapsody in Blue de George Gershwin, le piano de Whilhem Latchoumia est assez percussif et marque bien les rythmes. Dans les tutti de l’orchestre, le piano passe parfois difficilement, mais il affirme et impose sans peine sa musicalité dans un orchestre toujours épais et large. Le parti pris romantique d’Alexandre Bloch transparaît dans la cadence du piano délibérément lisztienne, ce qui montre la filiation de Gershwin avec l’Histoire de la musique, notamment en matière de la virtuosité.

Au début de la deuxième partie, Bloch prend le micro — comme il l’a fait pour la première partie et comme il le fait souvent à Lille, y compris lors du « Bord de scène » après chaque concert —, pour parler de Bernstein dans sa quête de la foi, mais aussi pour introduire l’œuvre qui n’est pas tellement jouée en concert. Sa direction privilégie une fois de plus une densité, avec un tissu sonore comme une lame de fond. Mais les traitements attachés à chaque pupitre sont bien clairs pour avoir une grande intelligibilité, en plus de caractère de chaque mouvement, notamment les éléments traditionnels. La mezzo soprano Rinat Shaham, en remplaçant Michelle DeYoung juste avant la tournée, s’imprègne totalement dans la partition pour la rendre plus que poignante. Elle vit la musique non seulement par sa voix, mais dans tout le corps, ce qui plonge l’auditoire dans la contemplation musicale profonde.

Photos © Ugo Ponte/ONL

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