Théâtre

« Cuckoo », le riz amer de Jaha Koo

« Cuckoo », le riz amer de Jaha Koo

09 décembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Théâtre de la Bastille, dans le cadre du Festival d’Automne, l’artiste coréen, exilé en Europe, présente le second volet de sa trilogie.

« Je vois la rue comme un lieu de conflit et de violence »

21 novembre 1997, le FMI sauve la Corée du Sud du naufrage économique. Cela est perçu comme « une humiliation nationale ». Depuis plus de vingt ans la Corée manifeste, s’étrangle et meurt. C’est ce suicide symbolique et réel que Jaha Koo veut transmettre. Pour ce faire, il n’est pas vraiment seul en scène, il n’est pas vraiment acteur non plus. Un grand écran vidéo et trois cuiseurs de riz ( dont deux très bavards) prennent tous leurs places. Tout le monde est une preuve ici, nous, lui, les objets. Cette pièce est une accumulation d’images et de faits qui croisent les histoires intimes et grandes.

Donc, depuis 2014 le compositeur de musique et performeur s’est attaqué à une trilogie de conférences-spectacles (pour résumer). Lolling and Rolling interrogeait le colonialisme. Cuckoo apparaît plus comme une quête très profonde et mélancolique. Le lien est dans la dénonciation d' »une société sous pression ».

Tout hurle l’abandon et la déshumanisation face à une robotisation trop émotive.

Alors voir ce spectacle à Paris, en ce moment où seules deux lignes de métro fonctionnent suite à une grève sans précédent depuis 1995 a une certaine saveur. Comparer la vie sociale à ce qui se passe dans un Cuckoo ne manque pas de sel :  ça commence à cuire, ça continue de cuire, ça fume et pour finir… c’est cuit au point de tout pouvoir malaxer.

C’est un homme à bout qui est sur scène, en deuil, coupable. Coupable d’avoir manqué d’écoute, coupable d’avoir fui. La pièce apparaît comme une thérapie pour lui. Pour nous, elle est l’occasion de nous pencher sur un cas de géopolitique et sur les racines des crises économiques du XXIe siècle.

On sort de là choqués par la violence des images d’archives récentes. On voit la mort, en face et « notre monde » semble lui aussi bien trop cuit pour pouvoir le sauver de la poubelle.

Visuel : ©Wolf Silveri

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