Cannes 2016, jour 4 : la perversion de Park Chan-wook, le surréalisme de Jodorowsky, et d’autres plaisirs sombres

15 mai 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Ce samedi de festival a été très ensoleillé. On a pu vivre une journée entière de beaux films très divers, mais parfois assez noirs, jalonnée de nombreuses pastilles vidéo et d’interviews avec les équipes de l’Eicar. Sans oublier une nuit plutôt rock.

Ce samedi, notre journée a commencé dans la chaleur moite et organisée du film Mademoiselle de Park Chan-wook, en Compétition à Cannes. Le maître coréen qui rafla le Grand Prix du Festival avec Old boy peut peut-être prétendre en 2016 au Prix de la mise en scène, avec cette adaptation léchée, transposée dans la Corée des années 1930, d’un roman de Sarah Waters. Pervers, sexy, sexuel, et regardant pendant 2h30 du côté des manipulations érotiques japonaises, ce film en costumes porté par quatre excellents acteurs a ouvert ce jour sur une note bien sulfureuse. Pour lire notre critique de Mademoiselle, cliquez.

Et voici notre avis en vidéo, sous le soleil et les caméras de l’Après-Séance, notre matinale en duo avec l’Eicar :

Du côté de la Quinzaine, on a commencé la journée dans la joie et la bonne humeur, grâce à Folles de joie. Le duo Valeria Bruni Tedeschi / Micaela Ramazzotti a illuminé la salle pendant près de deux heures, avec cette fugue folle hors de l’institution psychiatrique dont elles dépendent. L’amitié au sens pur, dans laquelle le drame se mêle à l’humour, pour une séance riche en émotions. Pour lire notre critique de Folles de joie, cliquez.

A 11h45, nous avions rendez-vous plage de la Semaine de la Critique pour interviewer face à la mer Davy Chou et l’équipe d’acteurs cambodgien de son film consacré à la jeunesse de son pays : Diamond Island. Un entretien en trois langues – dont le khmer – vif et coloré, à retrouver ici :

Et pour lire notre critique de Diamond Island, cliquez.

A midi, c’est avec Alejandro Jodorowsky que la Quinzaine nous a fixé un rancart, titré Poesia sin fin. Après la magnifique et surréaliste Danza de la realidad, présentée dans la même section il y a deux ans, le maître chilien était de retour avec la suite de son autobiographie mystique. Pour lire notre critique de Poesia sin fin, cliquez. Et pour notre portrait d’Alejandro Jodorowsky, faites de même.

Nos avis en vidéo, dans l’Après-Séance, sur Folles de joie et Poesia sin fin, sont à voir également :

Dès 14h, la section Un certain regard nous a ouvert des bras empoisonnés. Avec, tout d’abord, Harmonium, film japonais signé Koji Fukada. Cette histoire, coupée en deux parties, d’une famille tout à fait ordinaire confrontée à un drame horrible, après l’installation au sein du foyer d’un « vieil ami du père », coupable de meurtre, mérite clairement le titre du Grand Film sans espoir de Cannes, tenu chaque année par un champion – en 2015, il s’agissait de Chronic… Bien fait, mais trop chargé, côté mort.

L’humeur n’a pas été meilleure à la séance suivante du Certain regard, celle de Transfiguration, portrait très lassant d’un jeune garçon noir vivant dans un quartier pauvre de New York, et ayant la particularité… d’être un vampire. Ni crossover entre étude sociologique et film fantastique, ni quête d’apprentissage, cette première réalisation de Michael O’Shea s’est contentée de faire, elle aussi, un constat sans espoir. Charmant après-midi…

A 19h15, la Salle du 60e accueillait l’écrivain Jonathan Littell pour la projection de son premier film, Wrong Elements, portant sur l’Ouganda et les enfants-soldats. Dans la salle : son papa, Robert Littell, la réalisatrice Catherine Corsini et la ministre de la Culture Audrey Azoulay. Reccueillant des témoignages terribles en couleurs surexposées sur fond de musique classique, le film est un document forcément important, mais qui ne présente pas de proposition cinématographique à la hauteur de son sujet.

Enfin, à l’orée de la nuit, on a voulu se faire plaisir avec Train to Busan, projeté également à la Salle du 60e, et présenté la veille en Séance de minuit. Ce film de morts-vivants sud-coréen signé Yeon Sang-oh a su ne pas trop nous décevoir, grâce surtout à ses qualités techniques, et à ses morts peints, dans tous les sens du terme, de façon convaincante, à coups de bon maquillage et de mouvements de caméra nerveux. Loin des créatures façon « Gollum de rechange » de Hollywood. Et loin aussi, du film d’épouvante sud-coréen choisi l’an dernier pour représenter le genre à Cannes : le très laborieux Office

La soirée, quant à elle, a été très riche en émotions. Après un passage à l’élégante réception que donnait la princesse de Thaïlande pour les films de son pays au Carlton, où l’on en a appris plus sur les jeunes productions et vu de magnifiques tenues, le dernier étage du Silencio nous a accueillis dans une sérénité incroyable en temps de folie cannoise, avec une vue sur mer.

Puis, avec les équipes de l’Eicar, nous nous sommes rendus à la Villa Schweppes pour écouter un peu de musique énergique depuis le toit du Palais du Festival. Une grande partie de l’équipe de Toute La Culture était présente, pour tester notamment les grands ballons de cocktail au Schweppes, et leurs délicieuses épices. Vers minuit, Philippe Manoeuvre a annoncé : « Greg Boust, DJ présent tous les soirs à la Villa, cherchait un groupe rock, pour ce samedi, et il l’a trouvé à Perpignan : place aux Liminanas« . On savait qu’on ne serait pas déçus. La suite fut à l’avenant : navigant entre plusieurs langues, l’hypnotique chanteuse Marie Liminana nous a entraîné dans les récits de ses aventures, tandis que son compère Lionel convoquait une sonorité rugueuse et entraînante dans la Villa. Derrière lui, un gang de guitaristes soudés, dont un pourvu d’instruments décorés de gommettes. Rythmes battus pied au plancher, qui ont su rameuter beaucoup de filles sur la piste, très belle variété des compositions, solo final évoquant The Velvet Underground… Ce très beau concert a tout simplement plongé nos têtes dans le rock. Quelques mesures plus tard, 2 Many DJ’s fut okay pour prendre la suite, avec un set, là encore, extrêmement varié, qui nous a notamment enivré de rock vers 2h du matin, lorsque « Rock the casbah » a commencé à résonner sur la piste… A noter, le beau travail des deux messieurs sur l’univers graphique qui défilait derrière leurs platines. Avec une rosace comme symbole récurrent. Plutôt hypnotique, ce mix, encore une fois…

La soirée s’est terminée à la suite de l’élégante équipe du film très désespéré Harmonium, qu’on a suivie après sa descente des marches officielles, jusqu’au Carlton, où une très jolie fête était donnée au Club « Monsieur Madame ». Au programme, cocktails éponymes à la fraise, et vieux standards donnant envie de se déhancher, depuis la terrasse avec vue sur la Croisette.


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