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« Été 85 » : la promesse d’une love-story poignante et subtilement incandescente

« Été 85 » : la promesse d’une love-story poignante et subtilement incandescente

17 juillet 2020 | PAR Loïs Rekiba

Le long-métrage fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020. Alexis (Félix Lefebvre) a 16 ans, lors d’une sortie en mer son bateau fait naufrage et c’est David (Benjamin Voisin), 18 ans, qui vient lui porter secours.  Et là, pour Alexis, c’est « le début de la fin », comme il dit. David est l’ami dont il a toujours rêvé. Ne reste plus pour les deux garçons qu’à prolonger le rêve de ce poignant et juvénile été 85.

Pour son nouveau film, Ozon nous fait découvrir un livre qui lui tient à coeur, une découverte d’adolescent. Il s’agit du roman d’Aidan Chambers, « La Danse du coucou » (« Dance on my grave » 1982). Le film est une adaptation de l’oeuvre de l’écrivain britannique, délocalisée en France, au Tréport. Nous sommes sur un double montage qui alterne le présent de la détention d’Alexis avec en même temps l’événement des souvenirs qui ont conduit à son arrestation. Dès lors, c’est Alexis qui nous guide dans la progression du scénario qui se veut subjective : Alexis mène la barque d’un récit centré autour de la mort, de l’amour et…d’un assassinat.

Nous sommes à l’été 1985, donc. C’est une histoire d’amour entre deux jeunes garçons, Alexis – fils de prolétaires – et Benjamin, fils de la propriétaire veuve d’une boutique d’articles de pêche en centre ville (magistralement interprétée par Valéria Bruni-Tedeschi). Le début donne le ton. Le film sera grave, tragique, fort. Alexis professe une déclaration d’amour à la mort. Cette dernière le fascine, de manière presque morbide. Le sort aura fait que c’est sur le jeune David qu’Alexis choisira de jeter son dévolu, non pas un simple dévolu estival, mais un dévolu de toute une vie, presque métaphysique, obsessionnel et confinant à l’idéel. David est bien « l’ami qu’il a toujours rêvé d’avoir » – comme il ne cesse de l’affirmer durant tout le film. Romain a un intérêt vif pour la mort, et son rapport avec cette dernière va trouver son expression à travers le goût du jeune homme pour la prose qui, elle, trouve sa source dans l’impérieuse nécessité de nous conter ce qui s’est (réellement) passé durant cet été 85.

L’été 85 est une sorte de théâtre jonché de succession d’ « entrées en scène »de chaque personnages ayant leur importance dans le tissu narratif du film et marquant d’une manière ou d’une autre une étape de plus vers le tragique. On aime la qualité de l’interprétation des deux jeunes garçons, Félix Lefebvre et Benjamin Voisin, qui offrent une présence à la fois charnelle et discrète aux personnages de David et de Romain. On retrouve les thèmes obsessionnels du cinéma de François Ozon : le secret de famille autour de la nature d’une idylle estivale; le travestissement – de la vérité et des êtres; le trio (avec l’entrée en scène de la pétillante Kate, dont l’arrivée marque un revirement important du récit). 

Avouons qu’Ozon mélange subtilement les genres. Des scènes oniriques (dansées, la plupart du temps), sensuelles, tragiques, réalistes (la peinture sociale des moeurs de l’époque est d’une exactitude certaine – « on s’y croirait » – murmurait-on dans la salle) mais aussi des scènes comiques.

C’est à travers des plans extrêmement colorés et vintages que François Ozon parvient subtilement à nous faire saisir l’écrin si précieux et plein de vie de la joie estivale, de son insouciance, et de l’urgence à vivre les défis et les aventures qu’elle a à offrir. Même si le début nous met en garde à propos de l’issue impossible sur laquelle débouchera, de manière implacable, cette histoire d’amour, on se laisse très aisément entraîner par l’ambiance douce et intense qui émane, parfois, de ce film qui, pour cette même raison, résonne comme une généreuse incitation à s’engager sur le terrain de l’âge adulte. Au passage, le spectateur nostalgique est bombardé par des tubes phares des 80’s (« In between days », de The Cure, très belle utilisation récurrente de « Sailing », de Rod Stewart…). Mais le plus remarquable c’est que Ozon parvient à nous retranscrire l’idée selon laquelle la figure de l’ami/amant (jamais mot n’est d’ailleurs dit sur la nature de cette relation!) – même la plus sensuelle et romantique qu’il soit – n’est pas forcément celle qu’on se prend parfois à imaginer, à fantasmer. 

Avec Été 85, Ozon nous offre une adaptation cinématographique très particulière, venant du coeur, et remplissant le contrat estival de l’imaginaire convoqué par le titre. Le tout sur le fond d’une idylle adolescente marquée du sceau de l’amour, de la mort et d’une entraînante et extrême fureur de vivre portée à l’incandescence.

 

 

 

©Via Diaphana

 

 

 

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