Cinema
Cannes, jour 9 : Le noir et blanc de Nebraska, la foi de Tore Tantz, un irrésistible Jerry Lewis et les travaux d’Hercule de Jodorowsky

Cannes, jour 9 : Le noir et blanc de Nebraska, la foi de Tore Tantz, un irrésistible Jerry Lewis et les travaux d’Hercule de Jodorowsky

24 mai 2013 | PAR Yaël Hirsch

Projeté en séance du matin, le road-movie en noir et blanc d’Alexander Paine, « Nebraska » n’était pas sans quelques rayons de chaleur familiale, mais, malgré un face à face père-fils touchant, une photo remarquable notamment dans certains paysages ou intérieurs devant la télévision criants de vérité, et une jolie manière de clore le film, les dialogues assez précieux et le comique de répétition ne permettent pas à Bruce Dern et Will Forte de donner le meilleur de leurs talents de comédiens.

Nous ne sommes donc pas restés pour suivre la conférence de presse du film Nebraska, nous contentant d’apercevoir l’élégant Alexander Paine et ses acteurs (photo : Dern signant des autographes) en sortant du Palais. Le Temps estival ce jeudi 23 mai sur la Croisette, nous a permis de poursuivre la journée dans un éclatant rayon de soleil et de nous allonger sous un soleil de vacances sur l’agréable terrasse de la Terrazza Martini où nous serons restés jusqu’au coup de soleil si le press junket de l’excellente « Vie d’Adèle » n’était venu nous déloger.

Le temps de déjeuner et nous étions repartis pour un des films de la sélection « Un certain regard », qui était en fait le seul film allemand de toutes les sections de ce 66ème festival : « Tore tanzt » de Katrin Gebbe. Le ministre de la Culture allemand était dans la salle, et toute l’équipe du film s’était déplacée pour le présenter à Thomas Vinterberg et à son jury. Avec une fraîcheur et une énergie irrésistible, la réalisatrice Katrin Gebbe a exprimé combien elle appréciait le travail du réalisateur de « Festen » et « La chasse » et combien elle était fière de lui montrer son film. Le transfert d’énergie de la réalisatrice à son œuvre a bien eu lieu et « Tore tantz » est l’histoire d’un jeune-homme de Hambourg au chômage et un peu perdu qui a trouvé sa voie dans un christianisme expansif, postmoderne et mystique, avec le groupe des « Jesus Freaks ». Chaque geste de son quotidien est réglé par une prière. Un jour, il fait repartir le moteur d’une famille par la prière. Il retombe sur le père, Benno, qui lui vient en aide et lui propose d’emménager avec sa compagne et les deux enfants de celle-ci. Loin d’être l’ange gardien qu’il paraît au début, Benno va mettre la foi du jeune Torre à rude épreuve… Un beau film, qui parvient à transmuer ses maladresses en force de vie et d’art.

Changement de tenue pour passer en mode « soirée cannoise » et nous avons pu voir un autre film de la compétition : « Michael Kohlhaas » d’Arnaud des Pallières. Malgré la jolie performance de Mads Mikkelsen toujours aussi charismatique et maniant avec aise la langue française et malgré des costumes et une image d’une beauté caravagienne, le film empèse le texte nerveux et dense de Kleist, d’autant plus que le scénario ajoute maintes références sur le désir et l’éveil de sens qui éloignent de l’idée abrupte défendue par le personnage : celle de justice.

A 20h, le tapis rouge attendait avec impatience l’immense Jerry Lewis, venu présenter la projection de son nouveau film : « Max Rose » de Daniel Noah. Dans la salle : Daniel Auteuil, Agnès Varda (photo), Régis Wargnier, mais aussi Laurent Gerra. Parler de « présentation » du film est peut-être un bien grand mot puisque le pétillant comédien, après avoir envoyé paître un parterre de journalistes à la conférence de presse, a déboulé comme une bombe dans la salle du soixantième. Resté coincé quelques temps dans l’ascenseur, Lewis a voulu absolument s’asseoir tout de suite et quand Thierry Fremaux lui a demandé s’il souhaitait dire un mot du film l’acteur a répondu un « NO » qui a sonné comme un cri ! (Lewis est donc « filant » sur notre photo!) Histoire d’un veuf qui ne se remet pas du décès de sa compagne de 65 ans, « Max Rose » est un drame touchant qui fonctionne sur le mode de l’enquête sur le passé. Un film truffé de références et de musique mais dont ni les dialogues, ni les images, n’étaient à la hauteur du comédien que la salle a salué en standing ovation.

Tandis que la semaine de la critique annonçait son palmarès, nous avons traversé la Croisette bercée par la musique du concert d’Eric Serra (le compositeur du « Grand bleu », comme l’identifiaient les passants) sur la plage (photo). Et nous avons rejoint la Quinzaine des réalisateurs pour voir un ovni absolument génial qui a été le plus beau film de notre jeudi à Cannes : « Jodorowsky’s Dune » de Frank Pavich (à droite sur la photo). Alors que le mythique réalisateur argentin était de retour après 23 ans de silence caméra avec « La Danza de la realidad » en sélection de la Quinzaine, le documentaire de Pavich revient avec brio sur le plus grand projet de « Jodo » : l’adaptation du livre « Dune » de Frank Herbert. Le film avait pour objectif clair et fou de transformer l’humain par sa philosophie futuriste. Racontée par Jodorowsky lui-même, cette formidable aventure où il avait réussi à convaincre de le rejoindre les artistes Moebius, Chris Foss et HR Giger, les « acteurs » Dali, Mick Jagger et Orson Welles, et les Pink Floyd et les Magma pour la BO, a fini par avorter. Un échec dont ni le réalisateur, ni son fils ne se sont jamais tout à fait remis mais un rêve qui est demeuré pharaonique, fou et merveilleux, toujours très présent dans le franc-parler radieux du réalisateur. Rythme, humour, beauté formelle, mise en valeur des dessins existants, « Jodorowsky’s Dune » est un film absolument extraordinaire sur un mythe.

La soirée s’est terminée par une très sympathique soirée ukrainienne, le long de la Croisette, où nous avons continué à parler et vivre au rythme du 7ème art et commencé à danser sur une BO signe d’un mariage dans l’arrière-pays de Kiev.

Rendez-vous ce vendredi 24 mai pour une dernière journée de compétition pleine, avec notamment la projection de « The Immigrant » de James Gray. Au programme également : le palmarès de la Quinzaine et, avant même d’avoir vu la « Vénus à la fourrure » de Polanski, nos pronostics.

Hautbois et Violon dialoguent avec l’Orchestre de chambre de Paris au TCE
Cannes, compétition : The Immigrant, un mélodrame à la sortie d’Ellis Island signé James Gray
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture