Classique

Hautbois et Violon dialoguent avec l’Orchestre de chambre de Paris au TCE

Hautbois et Violon dialoguent avec l’Orchestre de chambre de Paris au TCE

23 mai 2013 | PAR Bérénice Clerc

EoP-ensemble

L’Orchestre de chambre de Paris a lancé la première académie internationale du « joué-dirigé » pour accompagner de jeunes artistes dans cette vision « chambriste » des concertos. En compagnie de François Leleux et Deborah Nemtanu, le concert du 21 mai au théâtre des Champs Elysées illustre la complicité de l’orchestre de chambre.

Le 21 mai Paris a des allures de mois de novembre, la pluie, le froid, l’envie de printemps rendent les parisiens livides. L’Ochestre de chambre de Paris, avait donné rendez-vous à François Leleux, Déborah Nemtanu et leurs spectateurs au théâtre des Champs Elysées pour Maderna, Mozart, Hummel et Scubert. La salle quasi pleine observe avec attention l’entrée des musiciens et sait qu’elle aura la chance d’entendre l’hautboïste le plus reconnu de sa génération et l’émouvante violoniste.

Joué dirigé, c’est jouer sans chef, les solistes dirigent avec le mouvement de leur corps en jeu ou rapidement d’un coup d’œil ou de main pour donner les mouvements. Difficile d’y trouver un réel intérêt, la vision, la présence d’un chef sont très importantes, elles modèlent la matière sonore proposée par les musiciens, réajuste à la seconde et métamorphose d’infimes variations pour donner à entendre une troisième vision, un plus un égale trois !

Déborah Nemtanu et François Leleux rendent l’exercice ludique et sympathique, ils y mettent toute leur énergie et leur passion, le son  du hautbois et du violon résonnent, l’orchestre est beau, ils seraient surement plus agréables de les avoir toujours de face, en jeu avec l’orchestre accroché à la partition.

Outre ce choix du joué dirigé, dès les premières notes de Maderna, les spectateurs se sentent proches de la musique, pleine d’humour, de fantaisies et de couleurs joyeuses. La rencontre avec le violon et le hautbois fait virevolter les notes.

Deborah Nemtanu (c) Jean-Baptiste Millot

Déborah Nemtanu se retrouve ensuite seule devant l’orchestre pour le concerto pour violon n°5 en la majeur. La sonorité du violon porte tout l’orchestre, les dialogues sont très beaux, ciselés, émouvant sans fausses emphases. La tonalité Mozartzienne est respectée, douceur, profondeur, sérénité, vivacité, humour, les pupitres graves de l’orchestre  frappent leurs cordes du dos de l’archet. La musique et les danses tziganes ne sont pas bien loin, les spectateurs dansent de la tête et les applaudissements sont généreux au point de faire revenir de nombreuses fois Déborah Nemtanu pour saluer jusqu’à l’entracte.

Après entracte L’Orchestre de chambre de Paris et François Leleux jouaient J.N Hummel, rarement interprété sur les scènes, il offre avec cet adagio et variation un tapis rouge au hautbois lumineux de François Leleux.

Francois Leleux (c) JB Millot

Il en fait beaucoup, vit la musique de tout son corps contorsionné parfois presque jusqu’au sol, mais chaque note, chaque mouvement est habité et les prouesses techniques de son hautbois sont exceptionnelles. Toutes les notes sonnent, prennent l’espace, la musique ample est toujours en mouvement, ses doigts dansent sur le bois laqué noir et les touches d’argent ondulent au rythme de la musique. Les spectateurs sont sous le charme comme face à un serpent à sonnette et laisse venir l’orchestre toujours aussi  engagé dans un dialogue unique avec le hautbois de François Leleux. Rire, pleurer, danser, tous serait possible si les spectateurs n’étaient pas dans une salle dites classiques. Le hautbois est peu souvent à l’honneur et ses solistes sont rares, les spectateurs applaudissent à tout rompre François Leleux, son jeu humble, ses performances et sa fantaisie.

A peine le hautbois rangé, François Leleux revient avec la baguette pour diriger la Symphonie N°4 en Ut mineur de Schubert.

Sa direction est très engagée, sans partition il anime les notes et délivre toute la puissance tragique de l’œuvre de Schubert. L’orchestre avec ses quatre cors donne à entendre tout son talent, la densité expressive et la rythmique riches de tensions et de staccato. Douleur, solitude, la musique voyage, danse, se colore et chaque instrument prend toute sa place dans une puissance collégiale, jusqu’au dernier mouvement victorieux.

Une jolie soirée, un son de haut niveau, des musiciens heureux de partager et de s’amuser, que demander de plus ? Les spectateurs ne ménagèrent pas leurs voix pour les bravos et repartirent affronter le froid du printemps, légers et portés par la musique.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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