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Kimhekim : le cœur comme fil conducteur

Kimhekim : le cœur comme fil conducteur

09 mars 2020 | PAR Cloe Assire

En septembre dernier, la marque coréenne Kimhekim présentait une collection au paroxysme du Maximalism : « Me ». Kiminte, fondateur de la maison, poursuit sa démarche en revenant pour la ligne automne-hiver 2020- 2021 avec « You ».

Alors qu’il s’adressait auparavant à tous ceux en manque d’attention, le designer s’inspire désormais de sa première écoute de la chanson « Amoureux Solitaires » par Nouvelle Vague, développant chez lui l’image d’une femme rêveuse dans une ville romantique dont il nous fait part. En résulte une collection où le minimalisme reprend du terrain tout en élégance. Et c’est au sein du garage désaffecté du 22 rue de Lübeck que s’est tenu le défilé de Kimhekim au cours du premier jour de la Paris Fashion Week. Pavés au sol, fumée ambiante, lumière jaune aveuglante contre une obscurité extérieure intense martelée par une pluie battante : le décor est planté, dans le même lieu que pour la collection « Me ». Celle-ci s’était d’ailleurs ouverte sur une silhouette captant directement notre attention. La première mannequin défilait en effet en jeans, t-shirt-blanc, escarpins noirs mais surtout perfusion ! Cette fois, il tape un grand coup avec un miroir en forme de cœur tenu devant la poitrine, comme s’il venait juste d’être décroché du mur. Littéralement, il faut comprendre « Je te donne mon cœur » expliquait Kiminte à la caméra de Loïc Prigent pour 5 min de mode sur TMC.

Cœur que nous allons retrouver comme un leitmotiv pour l’ensemble de cette collection. Déjà présent au dos de l’invitation, il se décline essentiellement en organza noir sur des cuissardes, une chemise, ou encore sous la forme d’une brassière légère. On le trouve également estampé sur des jeans ou encore collé sur les joues des mannequins pour un maquillage au détail miroitant. Le make up retint d’ailleurs notre attention, les visages semblant tartinés de crème solaire mal étalée. Certaines silhouettes ont également des faux-cils blancs déposés au niveau des pommettes. Concernant les coiffures, les franges se révèlent plus longues qu’au dernier défilé, à tel point qu’elles couvrent les yeux des modèles, souvent dissimulés derrière de grosses lunettes noires de femmes mystérieuses. La cadence de la démarche est quant à elle rapide, suivant le rythme d’un remix de I’m that Guy de Agar Agar.

Par le biais de cette allure féminine quelque peu androgyne, Kimhekim – désignant l’ancienne famille royale de Corée – réaffirme ses codes,  les grave dans notre esprit pour que nous ne puissions les oublier. Ainsi, en plus des cœurs, Kiminte n’oublie pas de présenter un nœud démesuré ou encore des étiquettes appliquées à la manière d’une broderie désordonnée. On trouve aussi beaucoup de noir, de blanc, de jeans et évidemment d’organza égayé par sa gamme de couleurs pastels. Le vestiaire masculin est de nouveau très présent, exagéré : les pantalons montent jusqu’aux épaules tandis que les manches des vestes de costume touchent le sol. Globalement, cette collection se montre moins expérimentale que la précédente (en un sens plus commerciale) mais cela ne l’empêche pas de gagner en élégance et de continuer à faire preuve d’une grande créativité.

L’idée d’une élégance minimale transparaît notamment au travers de grosses perles autour desquelles le tissu se voit drapé, donnant l’impression que l’on puisse boutonner lundi avec mardi. Cette recherche d’une collection en un sens plus raffinée a conduit Kiminte à dévoiler sa passion pour les techniques artisanales mais aussi et surtout à montrer qu’il est capable de puiser dans l’héritage du style coréen qu’il vient ici sublimer. Il prend notamment plaisir à faire revivre le style du Hanbok – costume traditionnel coréen – ou encore à créer un nouveau Dopo, désignant un manteau typique de son pays natal. D’autre part, il n’hésite pas à ré-harmoniser le Jokori et le Chima (veste et jupe traditionnelles) en les mettant au goût du jour, mixées avec des pièces davantage décontractées. Les accessoires ne sont pas non plus délaissés comme on peut rapidement le constater avec les Busun, ces grosses chaussettes gagnant en modernité en mêlant cuir, fourrure et velours côtelé. Vous  n’êtes toujours pas convaincus ? Alors tournez votre regard vers la maroquinerie et les bijoux, exploitant de nouveau l’idée du miroir, un matériau précieux et exécutoire aux yeux du créateur. Boucles d’oreilles, bagues et pendentifs investissent donc ce matériau tandis que les pochettes triangulaires furent conçues dans l’idée de transporter son petit univers avec soi.

Kimhekim surprend donc cette saison en laissant le minimalisme regagner du terrain au sein d’une marque conceptuelle. Les adeptes de son travail ne seront pas pour autant en reste, charmés par les matériaux choisis mais aussi et surtout par les techniques traditionnelles mises en place par le biais d’un style vintage coréen modernisé. Le motif coeur est récurrent et s’inscrit dans une tendance plus globale, constatée sur d’autres défilés de cette Fashion Week. Loin de tomber dans le kitsch, Kiminte signe une collection tout en élégance avec des détails raffinés, montrant que ses codes peuvent s’exploiter au travers de styles divers. 

Visuels : Autrement PR pour Kimhekim

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Cloe Assire

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