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[Carnet de Voyage] A la découverte de l’avant-garde du design à vélo dans le nord d’Amsterdam

[Carnet de Voyage] A la découverte de l’avant-garde du design à vélo dans le nord d’Amsterdam

08 octobre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’a Rotterdam, la reine Maxima célébrait ce mercredi 1ier octobre l’ouverture du Markthal la Halle rénovée avec originalité par l’agence MVRDV, à Amsterdam, l’architecture et le design sont des cartes d’entrées originales. Non loin des canaux éternels de la Venise du Nord, de ses Vermeer et ses Van Gogh, de l’autre côté de gare d’où partent régulièrement des bacs qui font la navette, l’île de l’EJ où vient de s’installer le magnifique Eye Museum (voir notre article), toutes les conditions sont réunies pour que la créativité explose. Alors que le Ferry est le seul lien entre la vieille ville et ces anciennes friches industrielles et que les bus se font encore très rares de ce côté de la rive, c’est en vélo qu’il faut se lancer à l’assaut des pépinières et studios de créateurs. Artistes, designers, graphistes et novateurs s’y activent depuis une dizaine d’années, dans des conditions idéales. C’est parti pour  un parcours qui mêle subtilement avant-garde et plus haut degré de raffinement.
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NoordAmsterdam, un nouveau territoire de vie et d’art
Fidèle à sa tradition de lutte acharnée pour gagner de l’espace sur les flots, Amsterdam repousse toujours les limites de ses digues. L’union naturelle de ses habitants pour préserver et étendre leur espace de vie s’accompagne d’une politique locale efficace pour encourager les initiatives et la créativité allant dans cette direction. Il n’est donc pas étonnant que la ville soit un modèle de gentrification à l’Européenne. Le développement des quartiers autour de la gare centrale en témoigne. A l’est, où les docks du port d’Amsterdam se transforment peu à peu en quartier  très branché, les projets immobiliers se développement également très vite.

Au cœur de ce dernier quartier, c’est un hôtel qui se fait le meilleur ambassadeur culturel de ce nouveau souffle. Depuis dix ans, le Lloyd hôtel est un lieu  de rencontre et une force de proposition. Avec 117 chambres aménagées par 50 designers différents et aux styles tous originaux, le Lloyd propose des chambre de 1… à 5 étoiles ! On peut donc se payer le luxe une nuit dans un grand hôtel où chaque chambre a été refaite par un grand designer, à partir de 80 euros. Quitte à aller prendre sa douche dans une salle de bain sur le palier, quand on a de plus petits moyens. Car ce n’est pas l’attention donnée à la déco, ni la qualité du service, mais la taille de la chambre qui explique le nombre d’étoiles. Certaines comme la salle de musique classique ont plusieurs étages et des lits pour plus de 5 ! Et d’autres, même nichées dans le grenier, peuvent avoir un confort 5 étoiles de souvenirs d’enfance, malle aux déguisements et balançoire compris. « J’aime l’idée que chez nous puissent se croiser un ministre déposé par son chauffeur et un routard avec son sac à dos », explique la directrice artistique et fondatrice de ce lieu hors du commun Suzanne Oxenaar, dans un esprit très démocratique où les citoyens des Pays-Bas se reconnaissent volontiers. A Amsterdam, le design est pour tous et le luxe jamais démonstratif. « Ce n’est pas un hôtel design mais plutôt un hôtel plein de design », ajoute Madame Oxenaar, passionnée de composer et recomposer pièce par pièce, une œuvre d’art et un lieu de vie toujours en mouvement.

Alors que le bâtiment a servi de compagnie maritime, puis de point de rencontre de tous les immigrants européens, d’abri pour les réfugiés juifs des années 1930 et puis enfin de prison, c’est en tenant compte de cette histoire habitée que l’énergique directrice est allée chercher la célèbre agence MVRDV pour créer un lieu unique. Alors que les lieux où l’on peut s’installer pour lire et converser sont nombreux avec le restaurant, les couloirs décorés d’œuvres, la bibliothèque et divers lieux d’exposition, l’espace commun interpelle enfants comme adultes et se rappelle sciemment à pratiquement toutes les chambres, à travers une vitre ou une porte.

Enfin, conscient de son rôle pionnier dans l’espace qu’il a investi, le Lloyd hôtel offre plus que le gîte et le couvert. C’est une véritable « ambassade culturelle » qui organise expositions, conférences, ateliers et même performances de théâtre. C’est qui est en charge de ces activités culturelles, et sur place, nous avons pu voir une très belle exposition de miniatures de jardins imaginés par les plus grands designers et présentés en 3D.

Si l’on revient vers la gare et passe de l’autre côté du canal, tout au nord, où les usines Shell ont quitté l’île d’EJ, c’est un autre espace nouveau qui se déploie pour les Amstellodamois. Habité par moins de 5000 personnes, il y a quelques dizaines d’années, ce quartier Nord  est de plus en plus vivant et se trouve désormais très bien desservi par des bacs qui partent toutes les 3 minutes.  Les vélos sont bien sûr bienvenus sur les bateaux. Après l’ouverture de la nouvelle Cinémathèque, The Eye, devenue lieu de vie au plein sens du mot (aux rétrospectives de films s’ajoutent un restaurant toujours plein et des expositions), des lieux de cultures ouvrent chaque vendredi dans NoordAmsterdam : les projets nouveaux affluent : anciennes usines et docks se transforment en pépinières. On y trouve par exemple un bâtiment entier dédié à l’un des domaines d’avenir les plus intrigants: l’impression 3D. Canal House réunit des chercheurs et des architectes de l’imprimante 3D et expose leurs créations aux visiteurs.

Des pépites et des pépinières d’Art et Design
Si les trams sont absents et les bus se font encore rares dans les nouveaux quartiers du Nord et de l’est de la gare, les pistes cyclables sont, comme partout dans le pays, parfaitement calibrées. C’est le moyen le plus agréable et le plus facile pour aller prendre le pouls de la créativité qui anime ces nouveaux territoires.

A l’est, à la place des anciens docks, des bureaux créatifs s’aménagent. Le Designer néerlandais Frank Tjekema, alias Tjep., actif depuis le début des années 2000 y a par exemple établi son studio très épuré où il travaille à ses projets de design à la fois conceptuels et plein d’humour. Alors que ses vases spécialement cassables mais utilisables une fois cassés grâce à une résine spéciale, les  humoristiques « Do Break » ont séduit une clientèle internationale, c’est là qu’il travaille avec son équipe. Et en ce moment, il nous explique qu’il est en train d’imaginer un Age de Bronze. Et qu’il poursuit ainsi son projet de « Recession chairs« ,  où il transforme les chaises fonctionnelles Ikéa à la fois en essence de chaises, en matière impérissable et en œuvres d’art inutilisables « J’aime bien penser que dans le bronze de ces chaises, il y a peut-être des restes d’épées du 16ème siècle. On ne jette jamais le bronze, on le refond », explique-t-il.

Quand on revient de ce Noordamstredam vers les docks et que l’on marche un peu vers la gare, l’on découvre que  le recyclage et le système D, cela connaît aussi François Dumas, l’un des quatre fondateurs du collectif Krux, où depuis deux ans, 25 studios de jeunes designers graphistes, artisans, artistes, et spécialistes de lettrage se sont installés, dans des anciennes usines rendues fonctionnelles pour abriter leurs bureaux. Aidé par la localité, le projet Krux est avant tout une manière pour de jeunes talents de se structurer en entreprises viables. Mais si chacun suit son chemin comme par exemple le Design pour le studio François Dumas qui connaît un grand succès avec son travail sur les matières et qui travaille notamment avec la marque Camper, la crise a ressuscité des vieux réflexes d’union pour faire la force. Les membres de Krux mettent leurs outils en commun et travaillent souvent ensemble. Notamment les designers qui se connaissent bien souvent depuis l’école, la fameuse université de Design d’Eindhoven. Bleu azur, l’entrepôt amélioré des jeunes talents de Krux est une formidable et énergique expérience. Leurs portes sont ouvertes, allez les voir.

Dans l’île de l’EJ, l’énergie a aussi son mot à dire et l’artisanat se transforme volontiers en art. Le QG du Wunderkammer, entreprise fondée par les fleuristes Ueli Signer et Florian sSyd est un havre de beauté et d’imagination. Poussant l’art de la composition florale au sommet du design et de l’art, ces orfèvres de la plante travaillent aussi bien pour des particuliers que pour des entreprises ; véritables décorateurs d’intérieur, ils créent également des ambiances pour les musées. Et deux fois par an, depuis 2008, l’équipe d’artistes-fleuristes organise une pop-up store dans une maison traditionnelle d’Amsterdam, où le public se précipite (2000 visiteurs en 10 jours !) pour découvrir et acquérir leurs œuvres et leurs compostions florales. La 13ème et prochaine opération « Shop for a week » s’organise autour du thème « Dans les bois » et dure du 10 au 19 octobre. Des artistes comme le berlinois Klaus Dupont ou la suissesse Béatrice John incluront des œuvres dans ce pop up store qui regarde résolument du coté de l’art, puisqu’elle sera transformée en un cabinet de curiosité visible jusqu’au 11 janvier à la Cromhouthuizen. Herrengracht 366, 1016 Amsterdam, ouverture de 10h à 17h.

Fleuris aux pissenlits et oscillant entre artisanat et art, tous deux sortis d’Eindhoven les designers du Studio Drift, Lonneke Gordijn et Ralph Nauta, ont également leur studio dans cet Amsterdam Noord foisonnant. Vous aviez peut-être remarqué une de leurs créations majeures à l’entrée du pavillon des arts et du Design de Paris, il y a deux ans. Alliant un goût pour la technologie et une fascination pour les fleurs, le duo de designers prônent le fait main, même et surtout s’il s’agit de recoller à la main tous les pistils d’un pissenlit autour d’un Led. « L’exécution compte au moins autant que le concept », expliquent-ils. A la fois très fragiles et très travaillés, leurs luminaires ont quelque chose de vivant, et s’inspirent de la nature, comme par exemple leurs dernières créations qui se calent sur la trajectoire de vol des oiseaux. Leur minutieux et poétique travail autour de la lumière commence à avoir une renommée internationale : leurs lampes « Shylight » doivent investir de Rijksmuseum dans les prochaines semaines et un grand projet les attend à Lucerne. Et pourtant Lonneke Gordijn et Ralph Nauta demeurent modestes, très travailleurs, et en recherche : en ce moment ils enquêtent sur un matériau aussi étrange que visionnaire: une obsidienne artificielle qui ressemble au verre tout en pesant comme l’acier et qui résulte de recyclage (sans aucune émission de pollution) de matériaux jetés. Un projet de développement responsable et très enthousiasmant. En attendant d’aller à Amsterdam, vous pouvez acheter subtiles les lampes du studio Drift en ligne.

Le Design dans l’assiette et au pied du lit

Où dormir ?
Si vous voulez rayonner entre l’ouest, le nord et le cœur d’Amsterdam, la gare est le bon quartier pour vous installer. Si vous souhaitez un luxe marin d’époque, l’hôtel Amrâth est un excellent choix. Sorte de grand paquebot art déco posé le long d’un canal en face de la gare, cet hôtel spa au restaurant gastronomique et au service impeccable est imprégné de son passé. Il propose des chambres qui vont de grandes à immenses. Le hall et le plafond de verre de cet ancien quartier général de compagnies maritimes est aujourd’hui un palace 5 étoiles luxueux et hors du temps. Prins Hendrikkade 108, 1011 AK Amsterdam.

Si vous préférez le  design, vous aurez compris que le Lloyd Hotel est fait pour vous, quelle que soit la taille de votre bourse. Oostelijke Handelskade 34 ·1019 BN. Mais si vous voulez du design en centre-ville, bienvenue sur le catwalk du petit frère du Lloyd, l’hôtel The exchange, très épuré, très urbain et qui fonctionne selon le même principe d’étoiles et donc de prix variables. Damrak 50, 1012 LL, Amsterdam

Où manger ?
Jacques Jour – Café Moderne : Dans une petite maison ouvrière en brique vous trouverez un hôtel de quelques chambres et deux restaurants. A midi, le Café moderne fait des bons plats simples et branchés ou des brunchs copieux. Le soir, Jacques Jour est plus gastronomique. Lumineux et habité d’un bric à brac coloré de design. meidoornweg 2, Amsterdam-Noord.

De Goudfaizant : Cet hôtel est aussi un immense restaurant qui ne désemplit pas. Désign léché, ambiance cantine et bons petits plats. La cuisine est à l’intérieur même de cette immense usine revue et corrigée, où l’on peut aussi jouer au ping pong au billard et admirer des voitures de collection. Aambeeldstraat 10 H, 1021 K.
Restaurant de The Eye : Dans la nef immense et lumineuse du musée, dans la chaleur d’un parquet boisé, le restaurant de The Eye est l’un des spots les plus prisés d’Amsterdam. Il vaut mieux réserver! IJpromenade 1
1031 KT Amsterdam.

Où boire un verre ?
Café Pllek : Pile à la sortie du Ferry en arrivant à Amsterdam Noord, le café Pllek, c’est un peu Kreuzberg qui rencontre Paris Plages. Spacieux, lumineux et parfait pour s’installer avec l’ordinateur. TT Neveritaweg 59, 1033 WB Amsterdam.

Le Skylounge du Double Tree Hotel (Hilton) : Terrasse à 360 degrés avec vue incomparable sur la ville, cocktails élégants et raffinés, le skylounge est le hotspot près de la gare où businessmen et hit girls se retrouvent après le travail. Posh et néanmoins très funky. Oosterdoksstraat 4, Amsterdam, 1011 DK.

Où louer des vélos pour faire le tour du Nord d’Amsterdam ?

Sans chichis, mais avec des tulipes, les Orange Bikes peuvent vous êtres livrés à l’hôtel. Parfait pour sillonner sur le sol plat d’Amsterdam. Informations sur le site d’Orange Bikes.

Quand partir ?

Enfin, n’attendez pas le printemps. Entre l’exposition de la photographe sud-africaine Marlene Dumas au Stedelijk Museum (jusqu’au 15 janvier), une grande expo de photo qui se profile au Rijksmuseum dans un petit mois, et surtout le Célèbre Festival des Lumières qui illumine tous les canaux de la ville la nuit du 27 novembre au 18 janvier, c’est plutôt autour de Noël qu’il faut penser à réserver ses billets de Thalys!

visuels : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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