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Le Château de Versailles en 100 chefs-d’œuvre, à Arras

Le Château de Versailles en 100 chefs-d’œuvre, à Arras

08 octobre 2014 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Après le très beau succès de l’exposition « Roulez Carrosses ! », qui ouvrait le bal de la collaboration Arras-Versailles, voici « Le Château de Versailles en 100 chefs-d’œuvre ». Se voulant démocratique, la nouvelles exposition du musée des Beaux-Arts d’Arras propose de décentraliser la culture et de faire bouger l’immobile, en apportant un peu du château et de son immense domaine dans le Nord-Pas de Calais. L’intention est plutôt charmante et on espère y voir affluer les groupes scolaires et les familles. On ne saurait le cacher, « Le Château de Versailles en 100 chefs-d’œuvre » a un petit côté simplet qui peut irriter ; mais, l’exposition ne manque pas de moyens et laisse un joli souvenir, à qui ne sera pas trop exigeant.

[rating=3]

arrasCertes, Didier Rykner, de la Tribune de l’Art, n’a pas tort. L’exposition des cent chefs-d’œuvre de Versailles à Arras n’est pas la plus justifiée, ni la plus intelligente que l’on pourrait faire sur le thème. Très grandiloquente, elle a été extrêmement coûteuse, et a même mis, dit-il, certaines œuvres en danger. Mais… nous ne serons pas aussi sévères que lui ; au contraire, jouons le jeu.

Le jeu oui, car ce que propose cette exposition est un divertissement, avec une dimension historique et artistique. On ne saurait vouloir y venir chercher des informations nouvelles sur Versailles, ou quelque forme de réflexion un peu poussée. Qu’à cela ne tienne, on y viendra avec les enfants, avec les amis, vous savez ceux qui ne sont « pas branchés art », mais à qui Versailles évoque des fantasmes de luxe et de débauches dorées. Le parcours proposé est une balade du dimanche, une flânerie dans une reconstitution théâtrale et moderne de Versailles… On y pense peu, on y regarde beaucoup, et on s’émerveille devant certains objets, évidemment.
La scénographie est très importante dans l’exposition : il s’agissait pour le muséographe Frédéric Beauclair de mettre en scène l’un des projets architecturaux et jardiniers les plus ambitieux de toute l’humanité, dans une simple galerie du musée des Beaux-Arts d’Arras. L’exposition est divisée en 6 parties, 6 matériaux (l’or, le bois, l’eau, les jardins, les fleurs, les feux), ce qui en fait un parcours sensuel, où le regard longe les objets à défaut de pouvoir les palper. Frédéric Beauclair a donc mis en scène de manière théâtrale cet aspect sensuel, où le plaisir est tout aussi important que l’esthétique. Avec un jeu d’ouvertures, de profondeur, de transparence et de chemins tortueux, il parvient à créer une balade où l’on tourne, on voit plus loin, on devine, on fait demi-tour. Le moment le plus impressionnant est celui du jardin en labyrinthe, certes dénué de véritables verdures, mais mettant en valeur une série de sculptures illustrant les fables d’Ésope, remises au goût du jour par La Fontaine : ainsi, au milieu d’un bosquet, on trouve un paon (dont la pie s’irrite : « est-il sûr qu’on soit bon parce que l’on est beau ? »), un coq, un renard, un singe… C’est amusant et bucolique.

On aime aussi la partie consacrée aux fleurs (quoiqu’on serait en droit de se questionner sur la pertinence de l’association des œuvres) : on reste sans voix devant une cage à oiseau magnifiquement ornée, ou encore une harpe sur laquelle grimpe des fleurs sculptées. Le regard s’arrête sur la vaisselle délicate, les portraits où les joues roses résonnent avec les compositions florales, les accessoires de théâtre… On imagine déjà les fins d’après-midi entre copines de la haute, à chuchoter des secrets d’amoureuses, en caressant la douce soie d’une robe brodée.

Donc, du fantasme, du théâtral, du patatras : les grandes stars de l’exposition sont deux groupes sculptés (Latone et ses enfants de Gaspard et Balthazar Marsy et Apollon servi par les nymphes de François Girardon et Thomas Regnaudin), dont le premier est exposé dans une salle ronde, entouré de vidéos en slow-motion de fontaine… Flirtant parfois avec le mauvais goût, l’exposition a un petit côté kitsch qui résonne étrangement avec les dorures versaillaises. Certes, on peut critiquer son manque de sérieux et de cohérence, mais l’expérience est excitante et on s’y amuse bien : après tout, pour un hommage à un temple de plaisir, c’est déjà bien !

Musée des Beaux-Arts, 22 rue Paul Doumer, Arras.

Infos pratiques

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Maïlys Celeux-Lanval

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