Théâtre
Une femme en pièces : Mundruczó en 16/9 au Festival d’Avignon

Une femme en pièces : Mundruczó en 16/9 au Festival d’Avignon

17 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Soir de clôture à Cannes et soir de première à Avignon : Kornél Mundruczó et Kata Wéber (au texte) sont partout ! Ils signent la bombe de la deuxième partie du Festival, la première ayant été lâchée bien sûr par madame Angélica Liddell. Une femme en pièces est un drame dont on sort en chantant (véridique).

Il y a là-dedans la sensation ressentie quand Ostermeier est rentré dans le jeu avec sa Nora (maison de poupée). Cette qualité de jeu-là, cette direction d’acteurs et d’actrices-là, cette notion de mise en scène, on n’avait pas ressenti ça depuis longtemps. 

Kornél Mundruczó, que le public parisien connait grâce au travail d’Hortense Archambault à la MC93, vient d’entrer dans la cour des très grands. Et tout commence comme un film d’horreur. Il y a un décor que nous voyons uniquement en cinéma, et ça tourne en direct, au plateau comme dans Kingdom, et comme dans Kingdom aussi, il est question de malaise dans la famille.

On ne vous dira rien de la scène d’angoisse filmée en close-up, en entrant dans la tête de l’héroïne (Justyna Wasilewska) vivant le drame de sa vie. La pièce qui se déroule en deux actes, l’un 100 % cinéma et l’autre en théâtre, offre des points de vues inédits sur la scène.

Dans le premier acte, le zoom rend ce qui nous est raconté et ce qui est montré supportable, et dans le second il ouvre le décor en 16/9, vraiment, dans un élargissement de la scène infini qui nous fait entrer dans la diversité des tensions familiales. Il y a du Festen ici, sauf que personne n’est à table en même temps dans ce dîner, et que tout le monde picore dans les plats avec les doigts, comme si l’éducation et le savoir-vivre les avaient quittés.

Dobromir Dymecki, Monika Frajczyk, Magdalena Kuta, Sebastian Pawlak, Marta Scislowicz, Justyna Wasilewska et Agnieszka Zulewska sont des brutes de scène. Dans un jeu ultra-collectif, ils se partagent l’espace, parfois en disparaissant. Le texte d’Une femme en pièces, écrit par  Kata Wéber, charrie un nombre de sujets intimes fascinants. Le premier est celui de confronter son deuil personnel au reste du clan et le second et de voir la démence s’immiscer chez les anciens, pas si anciens. 

C’est finalement un huis-clos qui se déroule dans un appartement, un appartement très chargé, où les animaux empaillés peuvent se réveiller. Car, et c’est un classique dans son cinéma, il utilise le ressort du fantastique. Ce qui est fou, c’est que tout ce qui se déroule est très dur. Il y a un donc un mort, une sœur qui vire intégriste, une mère qui déraille, une cousine qui veut en être et deux mecs tellement insignifiants dans cette pièce où les femmes arrivent à recoller les morceaux ensemble en chantant, en italien, « Felicita »

Jusqu’au 25 juillet à 18 heures, durée 2h30, au gymnase Aubanel

Visuel :  © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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