Théâtre
« Liebestod », Angélica Liddell à vif au Festival d’Avignon

« Liebestod », Angélica Liddell à vif au Festival d’Avignon

10 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Angélica Liddell est de retour au Festival d’Avignon pour le meilleur : Liebestod, el olor a sangre no se me quita de los ojos, Juan Belmonte (Histoire(s) du Théâtre III) – oui c’est le titre ! – est un cri d’amour à la beauté violente. Un choc.

Poser des images

Tout commence comme dans les premiers Castellucci. Elle pose des « objets », et ferme le rideau. Un homme torse nu en jupe, barbe et cheveux longs, entouré d’une dizaine de chats en laisse. Le même homme essayant de pousser un immense panneau… Ces images interviennent dans une arène, celle d’une corrida, toute orange. C’est ce qui s’appelle savoir commencer un spectacle !

Mais nous sommes déjà trop loin, revenons au projet : Milo Rau est directeur  artistique du NTGent, et chaque année il demande à un artiste de mettre en scène son « Histoire du théâtre ». Et donc l’artiste espagnole connue pour ses pièces hurlantes en signe la troisième, après La Reprise, de Milo Rau donc et Faustin Linyekula. 

Juste violence

Aller voir un spectacle de Liddell, c’est un peu maso. C’est avoir envie d’en prendre plein la gueule. Et des fois, son travail ne dépasse pas la violence, mais souvent, la beauté, le calme, viennent faire entrer le cri comme une parole puissante. Et on y revient parce qu’elle sait faire des images qui transpercent et restent. 

Et côté parole, ici, on est servi. Elle mixe les mots de Juan Belmonte, matador inventeur du « Toreo spirituel », ceux de Rimbaud, ceux de Cioran sur la souffrance.

Tout le spectacle s’avère être un faux seule en scène, Angélica se campe elle-même et ne se ménage en aucun cas. Faux, car il y a du monde pour cette corrida des âmes sanguinolentes. Des chats, des bébés, un faux taureau, un homme avec un bras et une jambe… L’implication au plateau est démesurée. Et c’est génial de la voir, elle, s’offrir comme ça, à nous.

Portrait acide

Son Liebestod, et on le comprend au fur et à mesure, est un portrait acide d’elle, « pour parler à Dieu d’homme à homme ». Elle convoque les figures du flamenco, les chansons mélo et l’opéra. Tous ont en lien une vision noire de la vie. « Tu vis au milieu des autopsies et des fantômes » dit-elle. Elle dit aussi « le public en a marre de toi (…) tu peux toujours hurler ».

Sa vision du théâtre est viscérale. Elle est là pour en découdre, pour faire surgir l’extra-ordinaire, le merveilleux, et l' »irregardable ». Et à ce jeu, elle comprend que seuls les matadors et particulièrement Belmonte ont le même projet. Le monde actuel la rend encore plus hystérique, le manque de transcendance apparaît comme un drame irréparable.

Liebestod, el olor a sangre no se me quita de los ojos Juan Belmonte (Histoire(s) du Théâtre III) est donc autant un portrait qu’une fiction. C’est un choc esthétique comme Avignon n’en avait pas vu depuis longtemps. 

Avec Angélica Liddell, Borja López, Gumersindo Puche, Palestina de los Reyes, Patrice Le Rouzic et la participation de figurants.

Jusqu’au 14/07, Opera d’Avignon (Confluence)/ à 17h. Durée 1H45. 

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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