Théâtre

Tout mon amour, la formidable pièce de Laurent Mauvinier entre rires et angoisse vraie à la Colline

Tout mon amour, la formidable pièce de Laurent Mauvinier entre rires et angoisse vraie à la Colline

05 décembre 2012 | PAR Yaël Hirsch

Dans le cadre du Festival d’Automne, la Colline reprend une création de Rodolphe Dana et de la Cie Les Possédées dont la première a eu lieu le 23 octobre dernier à Toulouse. Après « Loin d’eux » (2009-2011) c’est un deuxième travail sur un texte de Laurent Mauvignier. Et il s’agit d’une mise en scène et non d’une adaptation puisque »Tout mon amour » est la première pièce de théâtre publiée par le jeune talent des éditions de Minuit. Le résultat est un spectacle immédiat, d’une finesse psychologique et d’une vivacité infinie, qui fait passer le spectateur du rire à la gravité à chaque minute sans jamais épuiser ses réserves d’empathie. Très belle performance et grand moment de théâtre.

Un homme (David Clavel) revient dans la maison de campagne de son père après la mort de ce dernier. Quand la pièce démarre, l’enterrement a eu lieu et il est en train de ranger les effets de son père (Simon Bakhouche) dans des cartons avec l’aide de sa femme (Marie-Hélène Roig), afin de vendre la maison. Leur fils (Julien Chavrial) a préféré rester à Paris plutôt que  venir à l’enterrement de son grand-père afin de réviser des examens. On comprend doucement que l’endroit rappelle des souvenirs terribles au couple qui sort de sa normalité avec l’apparition d’une jeune-femme (Émilie Lafarge) qui tend à l’homme une boite remplie de souvenirs et de fantômes…

Pièce extrêmement vivante sur un sujet aussi grave que la disparition et le retour d’une enfant, dix ans après, « Tout mon amour » narre dans une langue époustouflante les affres de la famille de la disparue. Le temps s’arrête aux six ans de l’enfant sacrifiée et l’amour qui reste tourne parfois au soupçon et se mâtine de dégoût pour ceux qui restent. Pour équilibrer cette gravité sans nom et sans visage, Laurent Mauvignier use du langage du quotidien, et joue la petite musique de tous les jours. La crise d’ado d’un garçon qui a perdu sa sœur reste malgré tout une crise d’ado. Et c’est peut-être aussi un peu parce que son père est encore un peu là (formidable Simon Bakhouche) que le père ne fait pas encore vraiment son deuil. Sobre dans le décor de cuisine de campagne comme dans la manière d’asseoir les comédiens sur des chaises de côté pour signifier le hors-scène, Rodolphe Dana dirige les excellents comédiens des Possédés au service d’un texte qu’il interprète avec autant de psychologie que d’humanité : « L’amour n’exclut rien, ose tout, parfois jusqu’à jusqu’à devenir atroce. Mais jamais par méchanceté, toujours par nécessité ». Un des plus beaux spectacles de ce festival d’automne et parfaitement tout public de 17 à 97 ans.

« Tout mon amour », de Laurent Mauvignier, création du collectif Les Possédés, dirigée par Rodolphe Dana avec Simon Bakhouche, David Clavel, Julien Chavrial, Émilie Lafarge, Marie-Hélène Roig. Durée : 1h10 sans entracte.

Photo © Jean-Louis Fernandez

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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