Danse
D’ivoire et chair, Marlene Monteiro Freitas réveille la pierre au Festival d’Automne

D’ivoire et chair, Marlene Monteiro Freitas réveille la pierre au Festival d’Automne

03 novembre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Nouveau Théâtre de Montreuil, Marlene Monteiro Freitas, à qui le Festival d’Automne adresse un magnifique portrait, présente jusqu’au 5 novembre D’ivoire et chair, les statues souffrent aussi. Inouï.

« S’il est ivoire ou chair, ne veut le croire ivoire », Ovide, Métamorphoses, X

Ce travail date de 2014, il a été créé pour le Festival Montpellier Danse et montré alors au si intime Théâtre de la Vignette en sortie de résidence. Huit ans plus tard et après avoir entretemps reçu un Lion d’argent à Venise, Marlene Monteiro Freitas impose sa pantomime freak sur le monde de la danse contemporaine. Il est donc formidable d’avoir accès aux débuts de cette créatrice, et l’on ne peut que remercier le Festival d’Automne encore et encore d’offrir cette vitrine à cette artiste et au public. D’ivoire et chair résonne visuellement et immédiatement avec Guintche, le premier solo de Marlene, où, comme ici, elle était (au départ !) vêtue d’un peignoir de boxe violet. La différence, c’est que dans cette espèce de musée vivant, ils et elles sont nombreux et nombreuses. Un groupe de sept exactement. Il est composé de : Andreas Merk, Betty Tchomanga, Henri « Cookie » Lesguillier, Lander Patrick, Marlene Monteiro Freitas, Miguel Filipe et Tomás Moital, soit deux danseuses, deux danseurs et trois batteurs… sans batterie !

Si les instruments sont absents, le rythme est lui omniprésent. La musique gicle, orientale et électronique en même temps. Puis vient la première image qui, on le sait, est désormais accrochée à nous pour toujours. Marlene devient une statue qui se bouge, mais seulement des mains et du visage. Les bras croisés dans le dos laissent jaillir des mains mobiles qui vont jusqu’à encercler son abdomen. Le visage est un cri qui ne sort pas. Les yeux écarquillés, la bouche ouverte. Ces deux éléments sont permanents à cette pièce qui nous fait passer d’une figure à une autre.

Pantomime burlesque

Telles des statues qui prendraient vie, les autres entourent cette figure centrale dans une danse orientale vidée de ses volutes.
L’écriture de Marlene est la même depuis le départ, c’est un pantomime burlesque qui la rend reconnaissable entre mille.
Les pièces de Marlene sont toujours politiques. Nous l’avons vu, il y a quelque chose avec Idiota qui la représentait en cage, soumise comme une esclave, et il y a quelques semaines, avec ÔSS, elle faisait danser la troupe inclusive Dançando com a diferença en faisant de sa différence une normalité.

D’ivoire et chair ne cherche pas la beauté, elle est brusque, stridente. La musique change, les statues font du playback sur “My body is a cage” d’Arcade Fire et plus tard sur “Feelings” de Chet Baker, comme si les personnages étaient dans un cabaret.

Avec ironie, Marlene Monteiro Freitas utilise autant les codes du clown que de la culture Drag. Ses figures réclament un peu d’humanité, mais leurs pieds restent cloués au sol. Même quand elles avancent, leurs talons ne se lèvent jamais et elles restent des automates à la pupille hurlante.

D’ivoire et chair est une bombe, encore une fois, elle n’a rien de daté. Elle affirme en lignes droites et perpendiculaires que toutes et tous ont besoin d’être regardés très fort.

Du 2 au 5 novembre au Nouveau Théâtre de Montreuil.

Visuel : © Pierre Planchenault

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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