Danse
ÔSS, Marlene Monteiro Freitas glisse son geste dans les corps des autres

ÔSS, Marlene Monteiro Freitas glisse son geste dans les corps des autres

07 octobre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Vous le savez, le Festival d’Automne dresse le portrait de la chorégraphe cap-verdienne. Après le solo musclé Guintche où elle boxait presque seule, elle disparaît pour Ôss, un projet pour la compagnie inclusive Dançando com a diferencia. Étrange, fascinant, troublant… un spectacle de Marlene Monteiro Freitas donc !

Le spectacle s’ouvre en avant-scène, par un DJ set qui balance sévère. Nous sommes de nouveau face à la figure du boxeur qui fascine tant la chorégraphe. En effet, la danse de Marlene est hybride, elle cogne de toute part sur toutes les définitions possibles du mot « mouvement ». ÔSS ne ment pas à ce propos. L’écriture est totalement celle de Marlene, portée par d’autres. Restons un peu là, posés sur ce mot « autres ». Une autre des caractéristiques du travail de cet artiste est de montrer des groupes très éclectiques. Dans le monde de Marlene, on peut être grand, petit, vieux, jeune, handicapé, valide, afro-descendant, asiatique, européen…

La collaboration avec Dançando com a diferencia apparaît dans ce sens évidente. Sur scène, les interprètes de cette compagnie se mélangent sans distinction avec ceux qui travaillent d’habitude avec la chorégraphe. Quand le rideau s’ouvre, le décor nous place dans un monde étrange, et encore une fois, hybride. Paulo Sérgio BElu, Joana Caetano, Telmo Ferreira, Bernardo Graça rique Rui João Costa, Maria João Pereira, Bárbara Matos, Sara Rebolo et Mariana Tembe sont toutes et tous sur scène, pour le moment figés. Ils et elles sont des automates qui vont être mis en mouvement. On y voit deux capitaines de bateau, un moine shaolin, un toréador, quelqu’un dans une grande jarre, une personne qui fume, un autre derrière une table. Le décor nous fait penser à celui de Bacchantes où des pupitres pliés formaient une forêt. Ici les arbres sont des micros et la terre est en métal ponctuée de promontoires.

La vie se met en place sans queue ni tête. C’est le monde entier que Marlene Monteiro Freitas rassemble et fait déambuler à petits pas rapides. Comme dans Jaguar, on joue au tennis, et comme dans toute son œuvre, les mains sont des actes, les doigts toujours surexposés et super écartés, comme des plumes d’oiseaux.

La danse est selon la grammaire Freitas vide de courbes. Les lignes horizontales et verticales, jamais diagonales. Ces pantomimes nous étourdissent. Nous ne savons pas où regarder. Une policière nous hurle dessus dans une langue qui n’existe pas. Les malades quittent leur lit. Une danseuse qui tremble malgré elle s’allonge et chante désespérément « The man I love », comme dans Nelken de Pina. Cette danseuse a un corps manifeste, qui ne lui obéit pas et qui dans son allure vient exactement s’entrechoquer avec toutes les recherches de la chorégraphe sur d’autres structures possibles, d’autres ossatures. Car Ôss veut dire os en créole. Cette pièce qui démonte tous les murs entre les humains n’en manque pas, d’ossature.

C’est dans son étrangeté justement que l’unité se forme dans cet univers qui nous fait tant penser aux scènes de Inland Empire de David Lynch. Dans Ôss également, nous sommes plongés dans l’énigme d’un monde au cœur des mondes.

Du 5 au 8 octobre, au Théâtre National de la danse-Chaillot.

Visuel : © J£slio Silva Castro

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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