Danse

Andreas Merk, Marlene Monteiro Freitas et le sacre du Jaguar aux Hivernales

Andreas Merk, Marlene Monteiro Freitas et le sacre du Jaguar aux Hivernales

27 février 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

 

La chorégraphe cap-verdienne Marlene Monteiro Freitas était hier sur la scène du Tinel de la Chartreuse à Villeneuve-lez-Avignon dans le cadre des 40 ans des Hivernales. Elle y a fait rugir Jaguar, une pièce démente, qui aura pendant deux heures, anéanti le froid glacial.

Ils sont deux plus un cheval. Un faux, en polystyrène. Précisons, car avec la démente Marlene Monteiro Freitas, tout est possible. Celle qui, à Paris, en décembre (et déjà par un temps polaire) présentait le tonitruant Bacchantes, Prélude pour une purgen’a rien perdu de son énergie. Si Bacchantes s’épuisait, Jaguar est tout le contraire.

Quel est le rapport entre le titre du spectacle et sa réalité ? Sûrement le fait que l’animal est une bête sauvage indomptable. Ils sont deux donc, vêtus en joueurs de tennis, sans les raquettes. Et nous voilà sur le court, au spa, à la piscine. Ils dansent comme des automates sous acide. C’est speed, ultra speed, trop speed. Robotique. Les corps sont peints en doré et l’illusion de faux est entière. Le son est ultra fort et nous délivre des tambours de samba. Les hanches sont ultra mobiles et le corps ultra rigide. Ultra. Extrême. Voici deux mots qui résument bien le féroce Jaguar.

Le duo fait taire l’idée qu’un spectacle de danse dure une heure, question de résistance physique. Ici tout n’est que collage sans fil apparent. Où veulent-ils aller ? Jusqu’au sacrifice en fait. Alors ils le font, comme tous les chorégraphes, ils se paient l’exercice. Avec Pina et Bejart en tête, ils y vont et nous offrent… Un Sacre. Le leur. Foutraque et en rythme avec des serviettes de bain comme seuls accessoires. Tout y est, les faunes comme la promise. Fou et drôle. On entend Bowie et Igor Stravinsky, entre autres.

Ils imposent au public une écoute assidue, et s’amusent autant des références à l’opérette qu’à la danse contemporaine.

Théâtre sans parole, et pantomime sans histoire, Jaguar laisse toutes les questions sans réponse. Tout semble impossible ici, à commencer par l’écriture chorégraphique qui semble tout droit sorti d’un rêve ou d’un cauchemar. C’est fou, totalement fou. C’est dément, entendez, génial.

Visuel :© Uupi Tirronen Zodiak Center For New Dance

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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