Danse
Marlene Monteiro Freitas dans les secousses de la tragédie grecque

Marlene Monteiro Freitas dans les secousses de la tragédie grecque

14 December 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dernière ligne droite pour le Festival d’Automne qui hier a réchauffé l’hiver précoce avec le tonitruant Bacchantes, Prélude pour une purge de la chorégraphe cap-verdienne Marlene Monteiro Freitas, présenté à Beaubourg en première française ( du 13 au 16) avant de continuer sa route saccadée au Nouveau Théâtre de Montreuil ( du 18 au 21)

Tout commence par une agression, un genre de chaos, tout à fait tragique mais sans cri. Un personnage est assis sur la scène sur-élevée, elle a les yeux entravés par des ronds blancs. Derrière elle une forêt de métal, faites de lutrins et de tabourets en ferraille. Un grand panneau de lumière vient barrer l’horizon et tout mettre en sur-impression. Des trompettistes descendent les marches, ralentissant les derniers spectateurs dans leur quête de siège. Il y a ici un inconfort immédiat, qui semble être le fil conducteur de cette adaptation très lointaine de la pièce d’Euripide.

La chorégraphe assume d’ailleurs en confiant dans l’entretien servant de bible à la pièce : «Nous avons travaillé avec et à partir de la pièce d’Euripide, à la jonction d’états, de tension, sur un plan d’avantage émotionnel ou sensuel que dans une perspective de sens ».

Euripide raconte le le retour du dieu Dionysos à Thèbes, en plein désir de vengeance. Son identité divine fait débat et les bacchantes lui vouent un culte très sexy, ce qui pose questions aux grecs. On se doutait bien que Marlene Monteiro Freitas n’allait pas donner une lecture littérale du texte, mais alors, qu’allait-elle en faire ?

Et bien, une tragédie musicale, sans paroles ( ou presque) mais avec de la danse, de la musique et des images. C’est une longue traversée, totalement épique qui s’offre à nous. Sa troupe est démente, entendez-le à tous les sens du terme : ils sont possédés.

Cookie, Flora Détraz, Miguel Filipe, Guillaume Gardey de Soos, Johannes Krieger, Gonçalo Marques, Andreas Merk, Tomás Moital, Marlene Monteiro Freitas, Lander Patrick, Cláudio Silva, Betty Tchomanga et Yaw Tembe campent de façon ultra-allégorique Dieux, Pythie, Bacchantes aux cheveux-casques dorés et tuniques blanches ou grises. Euripide a fait un bond dans le temps, mais pas dans notre futur. Les références, pour le public français sont immédiates. On pense Jean-Paul Goude et Rita Mitsouko. L’esthétique est celle des années 1980. Comme chez eux, le geste n’est que saccade. Il n’y a jamais une fluidité, les danseurs avancent comme des automates. Cela donne une transe fantastique, enivrante et psychotrope.

Il y a des idées folles, comme ces images qui font naviguer les danseurs, assis sur leurs tabourets frêles, battant des jambes ou des bras en fonction de l’agitation de la mer. Il y a ces marches militaires, désaxées qui semblent toutes droites sorties d’un dessin animé. Il y a un accouchement, là encore, la référence aux Bacchantes nous amène à penser qu’il s’agit de la naissance de Dyonisos en personne, sorti de la cuisse de Jupiter. Une vidéo étrange, que l’on ne vous racontera pas mais qui dans son essence vient remettre l’humanité dans son animalité.

La transe de Bacchantes reste malheureusement distante. Pourtant tout est là pour être une immense déflagration. Les danseurs sont parfaits, la lumière de Yannick Fouassier est eblouissante, la tragédie palpable. Mais nous restons en dehors de cette agitation qui semble être confinée sur le Mont Olympe. Au niveau des mortels, la surprise alterne avec des temps de lassitude. Nous sommes des caricatures de nous mêmes, les dieux nous pardonneront et nous garderont les images dingues de cette danse fractionnée époustouflante qui malheureusement se noie dans le trop-plein. C’est tragique.

Bacchantes – prélude pour une purge © Filipe Ferreira

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