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Héritages : heurs et malheurs d’une famille palestinienne ( En salles le 12 décembre)

Héritages : heurs et malheurs d’une famille palestinienne ( En salles le 12 décembre)

05 décembre 2012 | PAR Ainhoa Jean Calmettes

Pour son premier long métrage, Hiam Abbass pose ses caméras au nord de la Galilée. Alors qu’Israël et le Liban entrent en guerre, Samira (Hiam Abbass) et Majd (Khalifa Natour) s’apprêtent à marier leur fille Alya. Au cours des célébrations, le patriarche Abu Madj tombe dans le coma. Avec la disparition de cette figure tutélaire, les apparences se fissurent et les langues se délient. Les dissensions familiales apparaissent et la vérité sur chacun de ses membres éclate au grand jour. Un film choral sur une famille palestinienne contemporaine.

Le bruit des drones israéliens nous perce les tympans. C’est de leur altitude que surgissent les premières images du film. Quelques explosions égrèneront la progression de l’intrigue. Rien de plus. « La guerre ne nous a jamais empêché de vivre », elle est simplement là, comme une toile de fond, une composante du quotidien, un risque qui plane vaguement sans jamais atteindre réellement la conscience des personnages. Sans doute ne peut-on pas faire l’économie de cette guerre lorsque l’on évoque cette région du monde. Il en va d’un gage de réalisme. Mais cette guerre ne dit rien encore du quotidien de ces hommes, ou pas assez. Et c’est à ces hommes et à ces femmes qu’Héritage s’intéresse, à l’histoire privée d’une famille, non à la grande Histoire.

Tourné au plus près – et abusant par moment des plans trop resserrés – Héritage suit donc les choix et les doutes des cinq enfants d’Abu Majd. Il y a Majd, le fils aîné, empêtré dans des histoires d’argent pour avoir vu trop grand pour son petit village, celui à qui incombent toutes les responsabilités à la disparition du père et qui se passerait bien de ce rôle. Il y a Ahmad, lancé dans la course à la mairie et devant dans ses velléités politiques composer avec les israéliens, au risque d’être stigmatisé comme un collabo. Il y a Marwan, l’humble médecin, marié à une chrétienne. Zeinab, grande sœur devenue mère, douce et protectrice. Et puis bien sûr Hajar. Interprétée avec charisme par Hafsia Herzi, elle est la lumineuse héroïne. Esprit libre et femme indépendante, elle traverse le film avec une hauteur qui pourrait ressembler à du dédain s’il ne s’accompagnait pas d’un cœur empli d’amour pour cette famille qui tente pourtant de la faire rentrer dans le rang. Les grands yeux cernés de l’actrice et la moue de sa bouche disent tout des contradictions que son personnage doit porter.

L’intrigue dure tout au plus trois jours. Des problèmes soulevés, seul celui d’Hajar sera finalement résolu. Mais à travers l’esquisse de ces destins, c’est un large panel de questions sociales qui est proposé. Des questions bourgeoises sans doute, mais non moins cruciales : celle des apparences, de la réussite sociale, de la vie en commun avec les israéliens, de la religion, des mariages extra-communautaires…Le titre héritage renvoie finalement moins aux considérations de succession qu’à cette oscillation entre tradition et modernité qui traverse chacun des choix faits par les membres de cette famille. La place de la femme dans la société reste la problématique la plus centrale. Hajar, obligée de choisir entre sa famille et l’anglais dont elle est tombée amoureuse, sur fond de mariage traditionnel personnifie le mieux ce sujet mais certains personnages secondaires l’interrogent tout aussi bien, quoi que moins directement. Réfléchir à la place de la femme, c’est questionner également celle de l’homme, et à ce titre, le drame de Marwan est tout autant symbolique. Il n’y a pas d’opposition manichéenne entre les hommes, garants des traditions et les femmes appelant à une évolution des mœurs dans ce film, et le personnage de Samira est là pour le rappeler. Il n’est pas désagréable de voir Hiam Abbass loin de son registre habituel, campant cette fois la garante des bonnes mœurs, des apparences sociales et de la féminité soumise. Le sérieux des questions soulevées n’empêche pas pour autant le film de ménager quelques moments de légèreté et de rire, notamment grâce à la joie de vivre des cousins Ali et Lena.

Malgré quelques maladresses, notamment dans le montage, Héritage est un premier film réussi qui doit beaucoup à son casting. C’est avec une grande justesse que les acteurs donnent vie à ces personnages, tous plus attachants les uns que les autres. Une direction talentueuse sans doute largement tributaire de la longue expérience de comédienne d’Hiam Abbass.

 

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Ainhoa Jean Calmettes

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