Actu
L’ex-président du CRIF, Théo Klein est mort.

L’ex-président du CRIF, Théo Klein est mort.

29 janvier 2020 | PAR Hortense Milléquant

Âgé de 99 ans, ancien résistant et avocat au barreau de Paris, Théo Klein est décédé ce mardi 28 janvier 2020. Figure du judaïsme libéral, il s’était notamment illustré par ses propos critiques envers Israël.

 

Ancien Résistant

Fils de médecin, Théodore Klein, né le 25 juin 1920 à Paris, est issu d’une famille juive alsacienne : son arrière-grand-père était grand rabbin de Colmar. Scout chez les Éclaireurs israélites avant la Seconde Guerre mondiale, il devient l’un des responsables de la Résistance juive en France sous l’Occupation, de 1942 à 1944. À la Libération, il participe à la reconstruction du judaïsme français. Ainsi, de 1945 à 1950, il préside l’UEJF, l’Union des étudiants juifs de France.

D’abord diplômé de Sciences-Po, il devient ensuite avocat à la cour d’appel de Paris en 1945 puis au barreau de Jérusalem à partir de 1970. Il fonde, par la suite, l’un des grands cabinets d’affaires parisien sur les Champs-Élysées, Klein & Associés.

Se rendant pour la première fois en Israël au début des années 50, il déclare : « J‘ai eu le sentiment de rentrer chez moi. Cela peut paraître stupide. C’est comme ça. J’ai une double nationalité, que j’assume et qui me donne un équilibre parfait ». Ce franco-israélien explique que « le lieu de ma culture est la France, le lieu de ma spiritualité est Israël ».

 

Théo Klein et le CRIF

Surnommé « un sioniste à part », il occupe le poste de vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) de 1970 à 1973, avant d’en être le président, dix ans plus tard.

À la tête de l’institution de 1983 à 1989, il a par la suite rompu avec le CRIF en 2012 à la suite de l’affaire Al Dura.
En 2000, au début de la deuxième Intifada, France 2 diffuse le reportage de Charles Enderlin sur la mort d’un enfant palestinien, Mohamed Al Dura, à Gaza, touché selon le journaliste par tirs israéliens. Soupçonné d’infox, la thèse de la mise en scène s’impose au point d’être relayée par le CRIF, présidé à l’époque par Richard Prasquier, malgré des démentis judiciaires successifs et les explications du journaliste. Théo Klein s’insurge alors contre l’engagement de l’un de ses successeurs.

Et libre-penseur, il a souvent choqué notamment quant à ses soutiens inconditionnels et en particulier celui pour le philosophe Alain Finkielkraut, celui-là même qui a pourtant critiqué les fameux dîners annuels, tradition dont Théo Klein, alors président du CRIF, est à l’origine.

 

Critique vis-à-vis d’Israël

Proche de l’ancien président israélien Shimon Peres, Théo Klein a souvent tenu des propos critiques sur la politique extérieure d’Israël : « Je me bats pour que la reconnaissance de la Palestine vienne du gouvernement d’Israël et ne soit pas imposée à son peuple par une pression extérieure », estime-t-il en 2002.
La même année, Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères a estimé que « son autorité morale incontestable lui permettait de contredire tranquillement beaucoup d’assertions martelées par la droite israélienne ».
Auparavant, en 1988, il co-écrit avec Hamadi Essid, chef de la mission de la Ligue arabe de Paris, Deux vérités en face, ouvrage présentant les deux visions du conflit israélo-arabe.

Par la suite retraité, Théo Klein consacre son temps à diverses interventions dans les médias ou les colloques, notamment concernant la relation entre Israël et la Palestine. Sur cette question israélo-palestinienne, il affirme par ailleurs, appartenir au « camp de la paix », bien qu’ils ne soient pas nombreux à partager cette position.

 

Intellectuel français

Pourtant passionné par les textes hébraïques, Théo Klein est agnostique, il explique que : « Dieu ne m’a jamais tourmenté, il faisait partie du paysage, à la fois omniprésent et absent ». Et, même s’il revendique son libre arbitre, il n’y a rien d’antinomique dans sa position car pour lui « on peut lire la Torah sans être croyant ». Entretenant de fait des rapports compliqués avec les rabbins, certains le traitent de « gauchiste ».

Figure du judaïsme libéral, évoquant en 2001 les violences commises en France contre des membres de la communauté juive, Théo Klein estime que « le phénomène de violence dans les banlieues ne concerne pas seulement les juifs. Toutes les frustrations se traduisent par des violences ». À cette occasion, il rappelle qu’ « avant d’employer le mot antisémitisme, il faut y réfléchir à deux fois ».
Assumant des positions marginales voire marginalisées, il sait que ses opinions divisent les Juifs de France : « Certains tournent la tête quand ils me voient. Mais il y en a d’autres qui me disent merci (pas toujours à haute voix) ».

Décédé ce mardi, le CRIF lui rend hommage le jour-même sur Twitter : « C’est avec une grande tristesse que le CRIF vient d’apprendre le décès de Théo Klein, ancien Président du CRIF. Nous adressons nos pensées sincères et émues à sa famille. ».

 

Visuel : © Flickr – Miguel Discart (CC BY-SA 2.0)

Le vivant au cœur de la cinquième édition de la Nuit des idées
Un conte de Noël : huis clos vénéneux à l’Odéon
Hortense Milléquant

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *