Théâtre
[Saison 15/16] A l’Odéon, des reprises, des créations et des décalques ?

[Saison 15/16] A l’Odéon, des reprises, des créations et des décalques ?

05 mai 2015 | PAR Christophe Candoni

L’Odéon-Théâtre de l’Europe a dévoilé ce matin sur internet sa saison 2015/2016 au cours de laquelle les chefs-d’œuvre du théâtre antique, classique et contemporain et de la littérature promettent d’être radicalement revisités.

Après Marivaux, Molière, Tchekhov, l’actuel directeur des lieux Luc Bondy continue sa traversée des grands auteurs européens du répertoire avec une reprise d’Ivanov et une nouvelle mise en scène d’Othello de Shakespeare joués par ses fidèles comédiens tels Micha Lescot, Marina Hands et des nouveaux venus comme Philippe Torreton.

Van Hove, Castellucci, Ostermeier…, ils sont tous là et leurs seuls noms sur la brochure d’une saison qui s’annonce comme une fort belle vitrine des grands metteurs en scène européens, sont propres à électriser les amateurs de théâtre les plus exigeants. Mais derrière ces têtes d’affiches prestigieuses : du déjà tout ficelé, du réchauffé, des sortes de décalques de pièces déjà créées avec simple francisation des castings remplaçants. A View from the Bridge d’Arthur Miller mis en scène par Ivo Van Hove ne fait-il pas les beaux soirs du Young Vic à Londres depuis février dernier ? Romeo Castellucci et sa compagnie la Socìetas Raffaello Sanzio n’ont-ils pas monté leur Orestie, une comédie organique il y a une vingtaine d’années en Italie, à Grenoble et Strasbourg ? Thomas Ostermeier n’a-t-il pas lui aussi déjà livré sa lecture de La Mouette de Tchekhov aux Pays-Bas en 2011 ?…

Nul doute que ces spectacles-phares « revus et corrigés » pour le public français passionneront mais cette nouvelle tendance de programmation à importer des spectacles de l’étranger pour y distribuer des acteurs locaux pose question tant elle s’apparente à une industrialisation certes commode de la création artistique qui facilite à l’évidence le travail de grands artistes sur-demandés et celui des directeurs de théâtre en mal d’idées. Mais pour quel résultat artistique ? On jure bien sûr par la recréation et non la reproduction. Le temps fait son travail. Une nouvelle équipe d’acteurs dans un nouveau théâtre sont apparemment la garantie d’une production repensée, revisitée, retravaillée. On jugera sur pièce. Mais la réalité a déjà démenti ce type de procédé. Même défendu par ses signataires et producteurs avec les meilleures intentions, Les revenants d’Ostermeier, pour citer un exemple, créé en 2011 à Amsterdam avec des acteurs néerlandais puis « refait » à Vidy et Nanterre avec des acteurs français (pour beaucoup réengagés dans La Mouette de la saison prochaine : Valérie Dréville, Mélodie Richard…) est apparu comme un simple doublon aux modifications minimes mais dont la perte d’enjeux était bien significative.

Pour assister à de « vraies » nouvelles productions, il faudra donc se rabattre sur Warlikowski. Le metteur en scène polonais retrouvera Isabelle Huppert et Andrzej Chyra avec qui il avait déjà réalisé une adaptation très discutée du Tramway nommé désir de Tennessee Wiliams à l’Odéon. Suivant sa méthode de melting pot textuel, il travaillera autour de la figure tragique et multiple de Phèdre d’après les pièces de Sarah Kane, Sénèque et Euripide. Norah Krief et Tahar Rahim feront aussi partie de la distribution.

Séverine Chavrier proposera deux spectacles : Nous sommes repus mais pas repentis, d’après Thomas Bernhard puis Les Palmiers sauvages d’après Faulkner, déjà présenté à Montreuil cette saison. Le très populaire Thomas Jolly continue sa fresque Shakespearienne. Richard III viendra conclure les 18 heures de Henry VI, un spectacle fleuve acclamé par le public qui en redemande. Cette fois, le metteur en scène jouera aussi le rôle-titre au Théâtre de Bretagne à Rennes puis à l’Odéon.

 

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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