Théâtre

Isabelle Huppert, divine amoureuse chez Marivaux

Isabelle Huppert, divine amoureuse chez Marivaux

30 janvier 2014 | PAR Christophe Candoni

Une de nos plus grandes comédiennes revient sur les planches. Isabelle Huppert joue  Les Fausses confidences de Marivaux. A l’Odéon – Théâtre de l’Europe et sous la direction du patron des lieux Luc Bondy qui signe une mise en scène assez peu captivante mais se fait un directeur d’acteurs inspiré, elle irradie et domine une distribution par ailleurs excellente.

Chez Marivaux, les êtres brûlent et se consument d’amour souvent contrarié. Au mépris d’un certain ordre social et sentimental, ils se laissent aller au plaisir dangereux mais palpitant du désir irrépressible.

C’est bien sûr le cas dans son ultime pièce où, amoureux fou d’Araminte, Dorante se fait introduire dans sa maison en qualité de nouvel intendant, et cherche à se faire aimer d’elle par l’entremise de son valet Dubois. Elle est veuve et riche alors qu’il n’a d’autres biens que sa fine taille et sa belle gueule d’ingénu roturier. Le coup de foudre est réciproque. L’attirance est bien là, immédiatement irrésistible, mais ses personnages se cherchent et s’épuisent à contourner le dévoilement de leurs sentiments contradictoires et inavouables jusqu’à l’implosion.

S’ensuivent les errances des cœurs sans repères n’évitant aucun piège pourtant évident, les stratagèmes peu scrupuleux qui font tout le sel des ressorts éminemment théâtraux, aussi drôles que cruels, de l’intrigue de Marivaux.

Tout l’humour, la malignité mais aussi la mélancolie crépusculaire, et surtout la passion électrisante dont regorge le texte s’entendent et parviennent merveilleusement dans la version dépouillée et d’une lumineuse clarté qu’en propose Luc Bondy, bien loin d’un simple marivaudage. Sa mise en scène, pas trop classique mais certainement pas révolutionnaire, est certes juste et non dénuée de qualités mais elle convainc peu voire indiffère tant elle paraît pauvre en idées fortes et novatrices tout comme sa scénographie mouvante (signée Johannes Schütz) qui, comme dans Le Retour de Pinter la saison dernière, mange en pointe les premiers rangs d’orchestre.

Bondy se montre bien meilleur dans une direction d’acteurs au cordeau et finement attentive à la langue sublime restituée avec un naturel confondant. C’est donc du très grand jeu qu’offre une distribution éclatante, où chaque membre est à la fois formidablement soudé et peut aisément tirer son épingle du jeu. Manon Combes est délicieuse en Marton qu’elle joue avec tempérament et une belle sensibilité, Bulle Ogier est une formidable mère fouettard, effroyable et caustique, quoiqu’un peu surjouée, les Dubois et Arlequin, respectivement tenus par Yves Jacques et Jean-Damien Barbin,sont des intrigants finauds et désabusés. Louis Garrel campe en finesse un sombre Dorante tout en troubles charmants et émouvants. Face à lui, Isabelle Huppert se fait vive tourterelle, mutine, cinglante, drôle et déchirante, merveilleusement libre et enjouée, avec quelque chose d’enfantin et d’insoumis – elle envoie valser les conventions bourgeoises – toute virevoltante au point de vaciller sur ses hauts talons. Son amour tient littéralement du vertige.

Avant même que la représentation ne commence, elle apparaît sur scène dans un élégant pyjama blanc satiné qu’elle troquera par la suite pour une collection de robes chics signées Dior. Appliquée à s’adonner à quelques exercices de Tai-chi et l’air un peu ailleurs, elle est déjà mystérieuse, magnétique. Jusqu’au bout de la pièce, elle subjugue des contrastes et couleurs continuellement changeantes dont elle teinte son rôle, faisant preuve d’une audace et d’une inventivité constantes sur chacune de ses répliques qu’on croirait inventées sur l’instant. Elle éblouit, étourdit pour notre plus grand bonheur.

Photo © Pascal Victor

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