Théâtre
Ronce-Rose au théâtre 14 pour le Paris Off Estival: un voyage en enfance

Ronce-Rose au théâtre 14 pour le Paris Off Estival: un voyage en enfance

13 juillet 2020 | PAR Chloé Hubert

Avec l’adaptation du roman d’Éric Chevillard, Lucie Gougat, dirige Jean-Louis Baille seul en scène qui nous fait voyager en enfance. Sur les pas de Ronce-Rose, fillette au regard aiguisé sur le monde qu’elle parcourt à la recherche de son gangster de père. 

La compagnie des indiscrets propose, pour le Paris Off Estival du théâtre 14, une adaptation du roman d’Éric Chevillard avec pour seul comédien Jean-Louis Baille. Mis en scène par Lucie Gougat, ce dernier interprète le monologue de la narratrice du roman, Ronce-Rose, une jeune fille qui écrit dans son journal intime les péripéties qu’elle traverse à la recherche de son père, gangster disparu.

C’est sur une vision assez effrayante – avouons le – que s’ouvre le rideau du théâtre 14. Voilà Jean-Louis Baille, qui n’est pas connu pour son physique de fillette, engoncé dans une robe et posé sur une chaise démesurément grande pour lui. Ses jambes sur lesquelles courent des chaussettes d’un blanc immaculé flottent dans le vide. On suppose qu’elles se tacheront au cours de la pièce et des pérégrinations de la jeune héroïne qu’il incarne. Il s’agit de Rose, que son père – tuteur légal ? oncle ? les choses se compliquent déjà  – surnomme Ronce. Son nom sera donc Ronce-Rose, et ça lui va bien, piquante et tendre à la fois. Elle sera notre interlocutrice, ou plutôt nous serons les siens, elle nous vouvoie mais ne nous y méprenons pas: elle espère que jamais son journal intime ne sera lu. Elle écrit surtout pour se vider de ses souvenirs, de peur de rester paralysée, comme les vieux, par un trop plein de souvenirs prisonniers et jamais évacués. Elle écrit pour défricher les ronces et les roses qui l’encombrent et y laisse des pétales sur sa route. 

Ainsi, elle nous parle et nous raconte son périple avec sa langue d’enfant et ses mots d’adultes. Ou bien l’inverse. C’est peut être finalement les deux; une naïveté d’enfant qui n’est pas singée par des babillages, une maturité poétisée par des images enfantines. Les images, voilà ce qui peuple ce texte. Une sorcière, une sirène, un château avec ses ducs et comtesses, un petit poisson d’or miraculeux; autant de mots magiques qui nous transportent en enfance. Toutefois, la magie opère surtout dans le détail et c’est là que qu’Éric Chevillard touche juste. L’enfance se retrouve dans des précisions nécessaires, des détails qui sont loins d’en être quand on a 8 ans. Dans cette robe bleue qui est bleue, et ce sac orange qui est orange, des couleurs qui sont comme des formes, constitutives de leur existence; l’enfance se retrouve aussi dans des phrases légères qui font sourire : « j’ai été mangé une tranche de jambon et boire un verre d’eau puis je me suis couché sans me brosser les dents »; et dans des questions naïvement justes: « un oiseau sous la terre, qu’est ce que ça va devenir ? ». C’est un texte qui fait sourire et qui rend surtout hommage à l’acuité du regard et à l’observation obsessionnelle des enfants : cette homme qui as les cheveux long attaché en arrière comme une fille, cet unijambiste dont la jambe manquante change de côté en fonction de si on le croise ou le suit, bref, un ensemble de merveilleuses petites banalités. 

Si, on vous l’a dit, on est surpris par la première image et on fronce les sourcils au premiers mots de Jean-Louis Baille – qui définitivement fait ses 55 ans, ou peut être un peu moins – et aux intonations enfantines qu’il se donne, on est rapidement comblé. Le comédien s’efface petit à petit pour donner corps à la fillette. Le ton est un peu haché, comme ces enfants qui nous racontent des histoires qui ne sont souvent pas si décousues qu’elles en ont l’air. Les décors simplismes et la mise en scène minimale – très peu de lumière et de musique – donnent les pleins pouvoirs au texte. Le comédien nous emporte sur le chemin de ce petit poucet qui trace des flèches à la craie, non pas pour retrouver son chemin mais pour qu’on le suive, ce que l’on fait, avec délectation et un sourire jamais bien loin des lèvres. 

Visuel : @autorisation d’utilisation par le service de presse – compagnie des indiscrets

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