Théâtre

LUCIA ANNA LIVIA JOYCE – EN MOUVEMENT(S)

LUCIA ANNA LIVIA JOYCE – EN MOUVEMENT(S)

11 mai 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Eugene Durif continue son travail d’investigation sur le rapport du corps et du théâtre. Il a écrit LUCIA ANNA LIVIA JOYCE – EN MOUVEMENT(S), un texte prêté à la fille de James Joyce incarné par Karelle Prugnaud dans un corps à corps admirable, mis en scène par Éric Lacascade au Théâtre de la Reine Blanche.

Après des études de philosophie et une carrière de journaliste, Eugène Durif déploie un travail inestimable sur l’art de la dramaturgie pour le théâtre, la radio, la télévision et le cinéma. Il portait en lui depuis longtemps cette pièce sur la relation étrange et fusionnelle de James Joyce avec sa fille Lucia. James Joyce, écrivain considérable et énigmatique développa un lien jaloux avec sa fille… et avec la schizophrénie de celle-ci. Ce couple père-fille contient le poison de la fusion et par analogie des enseignements précieux pour nous tous.

Eugène Durif est un auteur de l’anti-arrogance. Il s’affaire à son sujet. Avec authenticité et avec coeur, il ose l’impossible en offrant une adaptation théâtrale à son roman en cours d’écriture. Le roman raconte la vie de Lucia Anna Livia Joyce et sa survie parfois en institution psychiatrique ou parfois auprès de son père. Karelle Prugnaud magnifique comédienne et danseuse sera Lucia dans une mise en scène de Eric Lacascade. Par son engagement physique radical et son rapport intime avec le mouvement elle donne à voir ce qui intéresse Eugene Durif et qui pourrait se résumer à cette question fondamentale: comment les mots traversent le corps et comment ces mêmes mots réclament à être restitués sur un plateau de théâtre ? Nous assistons à un corps à corps brutal entre le texte et le corps de l’actrice, un corps à corps violent, transgressif. Seul le motif théâtral, emprunté à James Joyce de work in progress, d’une construction qui se songe finie en même temps qu’infinie nous offre une respiration salvatrice en même temps, parce qu’il y a cette coupure, une brèche pour une pensée différenciée.

La pièce est inattendue, physique, charnelle et érotique. Karelle Prugnaud incarne tout du long le bouleversement et l’instabilité tandis que, car boiter n’est pas pécher, le texte soutient tout.  C’est remarquable.

 

Texte : Eugène Durif
Mise en scène : Éric LACASCADE
Distribution : Karelle PRUGNAUD

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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