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Robert Morris, le corps, l’esprit, l’objet et l’espace

Robert Morris, le corps, l’esprit, l’objet et l’espace

06 juillet 2020 | PAR Laetitia Larralde

Le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Etienne rouvre ses portes cet été avec une exposition consacrée à Robert Morris, figure emblématique de l’art minimal. Une expérience à vivre tant par le corps que par l’esprit.

Robert Morris et le MAMC+ ont entretenu des liens étroits depuis son exposition de 1974, la première en France, créée par le musée de Saint-Etienne. Treize œuvres de l’artiste font aujourd’hui partie des collections, constituant ainsi l’un des ensembles les plus importants de France. L’exposition actuelle, fruit d’une étroite collaboration entre Jeffrey Weiss et Robert Morris, avant la disparition de celui-ci en décembre 2018, s’inscrit donc dans la lignée d’une longue histoire commune.

L’exposition se focalise sur les œuvres des années 1960-1970, période centrée sur la sculpture. Toutes les œuvres présentées sont très photogéniques, dans la pureté de leurs formes, leurs ombres nettes et leur perfection formelle. Symétrie et géométrie sont omniprésentes, en dialogue avec la simplicité des matériaux industriels issus du bâtiment. Ces formes massives et les plus neutres possible ont une dimension intemporelle tant elles touchent à l’essentiel.

Le corps, l’objet, l’espace

Mais il ne faudrait pas penser que ces sculptures soient coupées de tout lien à leur environnement, n’existant que pour la forme. Au contraire, elles prennent vie par le contact avec le lieu qui les accueille et par l’expérience du public. Dans les salles du MAMC+, aux proportions généreuses, les œuvres de Robert Morris prennent possession de l’espace. Elles le modifient en devenant des obstacles à contourner, des directions à prendre. Comme ces trois L gris de Untitled (3Ls), rigoureusement identiques mais provoquant des impressions différentes de par leur disposition dans la pièce.

La scénographie est minimaliste, en accord avec son contenu. Les salles sont réduites à l’essentiel, couleurs neutres et éclairage juste, parfois proche d’une certaine théâtralité permettant des ombres tranchées particulièrement belles. Rien ne vient s’interposer entre l’œuvre et le corps du visiteur, qui peut alors faire l’expérience physique directe des principes de Robert Morris. Car pour lui qui est passé par la danse et la performance, le rapport au corps est essentiel. Les proportions sont à l’échelle du corps de l’artiste, et le mouvement autour de l’œuvre pour trouver le bon point de vue ou capter sa totalité permet son activation.

Savoir et perception

La perception du visiteur est mise à l’épreuve dans les œuvres comme Untitled (Mirrored Cubes) ou Untitled (Portland Mirrors). Par des dispositifs simples de reflets, l’artiste joue sur le lien entre ce que nous voyons et ce que nous savons.

En effet, les miroirs ne reflètent pas nécessairement ce qu’on s’attendrait à voir, déforment les lignes malgré une géométrie parfaite, et nous entraînent dans un monde d’illusions. Ses cubes de miroir reflètent tout leur environnement, parfois à l’infini, et remettent nos sens en cause quand le reflet devant nous n’est pas celui que l’on attendait.

L’idée et la matière

Nombre d’œuvres ont été détruites après avoir été exposées et reconstruites pour un évènement ultérieur. D’autres doivent être composées en fonction de l’espace qui va les recevoir, comme Untitled (Scatter piece). Cette œuvre est constituée de 200 pièces indépendantes et leur disposition s’appuie sur un ensemble de règles telles que : deux pièces d’un même matériau ne peuvent pas se toucher. Le rendu final dépend ensuite de celui qui installe la pièce, l’artiste laissant le hasard porter la dernière touche à son œuvre, hors de son contrôle.

On peut en déduire alors que le concept qui régit l’œuvre est plus important que sa réalisation elle-même, que l’idée domine la matière, plaçant la réalité de l’œuvre dans une dimension immatérielle. Le processus est aussi important que le résultat, qui pousse à un rapport intuitif et physique avec la forme, sans porter de sens caché ou de métaphore. On distingue donc deux phases d’existence de l’œuvre : sa phase de conception en lien avec l’esprit, et sa phase d’objet fini, en lien avec le corps.

Dans le contexte de la pandémie actuelle, les évènements liés à l’exposition sont repoussés à l’automne prochain. On attend notamment la performance de Linda Hayford, danseuse et chorégraphe. Au cœur de l’œuvre Untitled (Portland Mirrors), elle présentera Shapeshifting, une chorégraphie en résonance avec le travail de Robert Morris qui se répétera à l’infini dans les quatre miroirs de l’œuvre. En attendant, le musée promet une médiation créative, comme par exemple une visite de l’exposition avec un miroir.

Après avoir vécu l’expérience du confinement, notre rapport au corps et à l’espace s’est trouvé modifié. Cette exposition de l’œuvre de Robert Morris est l’occasion idéale de revenir à l’essence de cette relation et de repartir sur des bases plus conscientes de notre corps et de notre environnement.

 

Robert Morris, the perceiving body
1er juillet – 1er novembre 2020
MAMC+ Saint-Etienne Métropole

Visuels : Vues de l’exposition « Robert Morris. The Perceiving Body – Le corps perceptif » au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole, 1er juillet – 1er novembre 2020. Crédit photo : Aurélien Mole / MAMC+

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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