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Mathieu Touzé et Edouard Chapot : « C’est une chance qu’il n’y ait pas de programmation dans le Off d’Avignon »

Mathieu Touzé et Edouard Chapot : « C’est une chance qu’il n’y ait pas de programmation dans le Off d’Avignon »

07 juillet 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

En juillet, le monde du théâtre gesticule normalement sous la canicule avignonaise. Et c’est comme ça depuis 1947. Il y a des exceptions. 2003, et…2020. Mais le Théâtre 14 a décidé de prendre le tournant positif des choses en organisant un Off d’Avignon à Paris, avec un Paris Off Festival. Rencontre.

Alors que les États généraux du Off viennent de s’ouvrir vous réalisez ce que cette association n’a jamais réussie à faire : une programmation. N’est-ce pas un tour de force incroyable ?

Pour un théâtre faire une programmation est quelque chose d’accessible, la plupart des lieux d’Avignon proposent d’ailleurs des programmations. Faire un festival permet de programmer avec beaucoup moins de contraintes que lorsque nous construisons une saison. Nous avons essayé d’être éclectiques et d’organiser une diversité de propositions qui fait la force et la joie du OFF d’Avignon. C’est une chance qu’il n’y ait pas de programmation dans le Off d’Avignon. Cela permet que tous les types de Théâtre soient représentés. La grande anarchie du festival d’Avignon permet aux nouveaux entrants d’être vus et entendus, qu’ils aient leur chance. Cette chance là existe de moins en moins en dehors du festival.

Le Tour de force, s’il doit en avoir un, est de réussir à organiser ce festival dans un laps de temps très court. Même si ce n’est qu’une petite goutte d’eau (nous n’accueillons que 15 spectacles sur les 1500 propositions) du festival d’Avignon. Nous avons reçu beaucoup de soutien, ce qui montre qu’il y a un vrai besoin de lieu de rencontre entre les artistes et les programmateurs. C’est peut-être à ce type d’espaces qu’il nous faut réfléchir.

Là où nous agissons en revanche c’est sur les conditions. Bien que le coût du festival soit très important pour nous, nous avons tenu à donner aux compagnies un minimum garanti, un temps long de montage et de démontage, nous avons pris en charge la communication, les frais sanitaires, etc. Je pense que ce qui manque le plus à Avignon ce n’est pas une ou des programmations, c’est que les Théâtres s’engagent solidairement avec les artistes.

Et justement qu’elle est la ligne programmatique de ce festival à Paris ?

Nous avons essayé d’être le plus éclectique possible pour entraîner les habitants de la Porte de Vanves dans la magie des journées du festival: des spectacles pour enfants, du théâtre subventionné, du théâtre non subventionné, des personnalités reconnues, des nouveaux entrants. Nous allons du spectacle à partir de 3 ans le matin au cabaret transformiste le soir.

Vous avez été les premiers à réagir après le confinement. Avec un peu de recul comment percevez-vous vos nouvelles pratiques ?

Nous n’avons pas vraiment de nouvelles pratiques. Nous sommes encore vert dans la profession, alors nous continuons à être en réactivité sur le monde dans lequel nous vivons. Le Théâtre 14 est une toute petite équipe (et beaucoup d’amis), les décisions se prennent très simplement. Nous appelons ensuite notre Présidente et la Mairie de Paris qui sont toujours très enthousiastes et les choses se mettent en place. Après, ce n’est qu’une question d’intendance. Nous avons eu beaucoup de joie à mettre en place le spectacle post-confinement avec Johanny Bert, là nous avons beaucoup d’excitation à mettre en place le Festival.

J’espère que nous continuerons à être en connexion avec le réel qui nous permet de faire naître des idées.

Et puis tant le festival que le spectacle pour les familles, ce ne sont pas des choses très compliquées à faire. Il n’y a pas vraiment de nouveauté, beaucoup de metteurs en scène ont déjà questionné la place du spectateur, beaucoup de Théâtre organise des festivals. D’ailleurs, nos initiatives sont déjà reprises.

D’ailleurs pardon pour ce retour en arrière mais vous avez ouvert avec un jeune public et lors du festival il y a pas mal de spectacles qui sont dédiés aux enfants et aux adolescents. Avez-vous envie que le théâtre 14 soit une scène privilégiée pour la jeunesse?

Nous avons des partenaires qui font des spectacles pour enfants et qui le font très bien comme le TPV, le Dunois, etc. Le théâtre pour la jeunesse n’est ni notre ligne, ni notre projet mais nous n’aimons pas non plus les limites ou les cases. Nous avons proposé le spectacle pour les familles parce que nous avons senti que c’était ce qu’il fallait faire à ce moment là. Nous avons à cette occasion compris qu’il y avait un demande de spectacles à voir en famille. En conséquence, nous avons gardé une place dans le festival pour les spectacles destinés aux enfants et adolescents (qui se remplissent très vite). Nous avons aussi programmé un spectacle pour les familles dans notre saison de la rentrée BLA BLA BLA d’Emmanuelle Lafon en partenariat avec le Festival d’Automne. Quand nous avons constaté la demande qu’il y a eu sur Elle pas princesse, lui pas héros, on s’est dit que nous reprendrons ce spectacle pendant les vacances scolaires à destination des enfants qui ne peuvent pas partir en vacances, c’est notre mission de théâtre publique et ça nous fait plaisir.

Nous n’avons pas vocation à devenir un théâtre pour la jeunesse mais nous avons très envie de proposer des actions à destination de la jeunesse. Il y aura deux projets co-construit avec des adolescents la saison prochaine, des cours de théâtre à destination de toutes les classes d’âge, etc.

Comment on percevez-vous la rentrée au 14 ? Avez-vous déjà précisé les choses ou attendez-vous d’y voir plus clair?

Nous avons renoncé à y voir clair. Depuis que nous avons été nommés il y a eu les grèves, les gilets jaunes, un espace de deux mois où nous avons ouvert puis le COVID. Nous sommes dans l’accueil du présent et nous avançons avec les moyens qui sont les nôtres. Nous envisageons tous les scénarios possibles, nous restons très flexibles, à l’écoute des signaux faibles, de l’air du temps, de l’actualité. Nous avançons pas à pas. Nous avons beaucoup discuté avec nos partenaires sur le fait que les initiatives pourraient très bien ne pas voir le jour, et tout le monde à accepter ce paramètre. Nous sommes là pour travailler, tenter, essayer, faire et défaire et c’est ce que nous faisons.

Du 13 au 18, Au Théâtre 14 et au Gymnase. Et tout le programme est ici !

Visuel : Affiche

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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