A l'affiche
« Crash » de David Cronenberg sort restauré en 4k ce 8 juillet

« Crash » de David Cronenberg sort restauré en 4k ce 8 juillet

07 juillet 2020 | PAR Yaël Hirsch

C’est peut-être le film le plus dérangeant de David Cronenberg. Prix du Jury ayant défrayé la chronique et divisé le fameux jury présidé par Coppola en 1996 à Cannes, Crash revient sur nos écrans grâce à Carlotta dans une restauration qui met en valeur son classicisme hitchcockien.

Adapté du roman de 1973 signé J.G. Ballard, Crash dresse un parallèle troublant entre circulation & accidents de la route et la sexualité du couple Ballard. Le mari, James (James Spader) est producteur de films publicitaires et sa femme Catherine (Deborah Kara Unger) s’offre à d’autres pour mieux l’exciter du haut de leur balcon où ils surveillent le trafic autoroutier. James a finalement un gros accident qui lui écrabouille une jambe et où il voit mourir le conducteur du véhicule avec lequel il est entré en collision. Après s’être racheté exactement la même voiture, il commence une relation sexuelle compulsive avec la veuve de l’accidenté, le docteur Helen Remington (Holly Hunter). La rencontre du trio avec le sale et fascinant Vaughan (Elias Koteas), photographe qui remet en scène des accidents mythiques de la route (James Dean, Jane Mansfield…) donne une autre envergure à leur perversion éclectique où l’accident de la route violent vaut rencontre sexuelle bouleversante…

À la fois très années 1990 dans son genre de thriller érotique, Crash, 25 ans après, va plus loin. Les portes-jarretelles et les bas résilles sur membres sanguinolents ou tranchés demeurent à la fois terriblement dérangeants, d’autant plus que la mise en scène est tragique, classique et les héroïnes hitchcockiennes. La mécanique enserre la chair comme la nature même – folle et perverse – de notre futur. On retrouve cet air rétro avec les accidents du grand Hollywood, la mécanique quand le web arrive, les classiques trios sexuels et amoureux où les amants semblent se passer leurs partenaires en une ronde très calibrée sans réel débordement de plaisir. Mais si tout dans ce film regarde vers le passé, à travers la musique, les regards-machines des protagonistes et la froideur du ballet de chair et de fer, c’est comme si un présent transhumaniste était déjà en marche. En 4 K, l’image de Peter Suschitzky et la mise en scène semblent atteindre la perfection et la musique de Howard Shore renforcent encore l’inquiétante étrangeté. À voir ou revoir en salles dès le 8 juillet.

Crash, de David Cornenberg, avec James Spader, Deborah Kara Unger, Holly Hunter, Elias Koteas, Rosanna Arquette, Canada, 1996, 100 min, Carlotta Films, Int. – 16 ans, restauration 4K.

visuel : affiche du film ©

Mathieu Touzé et Edouard Chapot : « C’est une chance qu’il n’y ait pas de programmation dans le Off d’Avignon »
Yaron Shani, réalisateur de Chained et Beloved : « Pris au sérieux, le cinéma est un outil qui donne du sens à la vie »
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *